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L'industrie musicale française s'attaque à Google

Stéphane Moussie | | 14:25 |  28

Rassemblés le week-end dernier à Cannes à l'occasion du Midem, les acteurs de l'industrie musicale française ont annoncé vouloir être rémunérés par Google, à l'instar d'une partie de la presse qui est toujours en négociation avec l'entreprise américaine (lire : Google : fuite des résultats, des actionnaires... et des journaux ?).

Photo kesos s CC BY

Dans une interview à L'Expansion, David El Sayegh, directeur général du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), explique cette démarche. « On constate un transfert de valeur au profit des intermédiaires techniques et au détriment des industries culturelles. Ces intermédiaires, comme les moteurs de recherche, font travailler les deux bouts de la chaîne, les internautes et les producteurs de contenus, et profitent des richesses des deux », introduit David El Sayegh qui mentionne la rémunération pour copie privée, une taxe sur les supports d'enregistrement, comme dispositif qui contribue au financement de l'industrie musicale.

Le directeur général du SNEP, qui écarte la licence globale (une rétribution forfaitaire qui permettrait les échanges non commerciaux), se défend d'être suiviste par rapport à la presse qui cherche à soutirer des sous à Google : « la réflexion de fond était menée avant que la presse ne s'empare du dossier. »

L'Expansion fait alors remarquer que Google ne référence que des liens pour accéder à la musique, contrairement aux articles de presse où les premières lignes sont reprises par le moteur. Une différence qui n'en serait pas une pour David El Sayegh : « C'est exactement le même concept qui est à l'oeuvre : il s'agit d'utiliser une source d'audience très importante pour des contenus dans le but de devenir une porte d'entrée incontournable sur internet. »

- Si l'on suit votre raisonnement, Google ne devrait-il pas rémunérer tous les secteurs qu'il référence ?, note L'Expansion
- Sauf que tous les secteurs ne s'appauvrissent pas. Et Google est beaucoup consulté pour la musique, réplique le directeur général du SNEP

Pour l'heure, les contours du dispositif sont assez flous. Il s'agirait de « créer une rémunération compensatoire, un peu dans l'esprit de la rémunération pour copie privée. » L'industrie musicale peut compter sur le soutien de la Ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti. « Aujourd'hui, les grands acteurs de l'internet doivent participer au financement de la création, comme dans les années 80 on a mis à contribution les chaînes de télés pour préfinancer le cinéma », a-t-elle déclaré à l'AFP. « Concernant la musique, il n'est pas sûr qu'il faille décalquer ce que nous sommes en train d'élaborer concernant la presse. Ce sont deux questions assez différentes sur le principe et ce qui est mis en place pour la presse ne pourrait pas être mis en place pour la musique », a-t-elle ajouté.

Un soutien qui n'est pas partagé aussi franchement par la Ministre déléguée à l'Économie numérique, Fleur Pellerin : « Je trouve plus intéressant d'essayer d'accompagner les industries culturelles dans leur mutation pour s'adapter au numérique que d'essayer, par des cautères qui conduisent à ponctionner d'autres secteurs de l'économie, d'obtenir des subventions ». Et de déclarer au Figaro que parvenir à faire payer aux multinationales de l'Internet l'impôt sur les sociétés était un « préalable indispensable » (lire : La taxe sur les données personnelles se dessine).

L'industrie de la musique et la ministre de la Culture attendent les conclusions de la mission Lescure sur l'« Acte II de l'exception culturelle », qui seront rendu fin mars, pour agir concrètement.


Image Sean MacEntee CC BY

Par ailleurs, des négociations se déroulent actuellement entre la SACEM, la société de gestion collective en charge des droits des auteurs, et YouTube. L'accord qui lie les deux parties depuis septembre 2010 est arrivé à son terme à la fin de l'année dernière. Résultat, plus de publicités pour les vidéos musicales prises en charge par la SACEM, et donc une source de revenus en moins pour les maisons de disque. « Nous demanderons à YouTube d'enlever nos vidéos clips », a déclaré Pascal Nègre, président d'Universal Music France, en guise de menace. Une position que n'adopte pas le président de Sony Music France, Stéphane Le Tavernier : « Retirer les contenus serait négatif, ce serait un retour vers le passé. Nous devons trouver un accord pour partager la valeur ».

Les nouveaux acteurs de l'industrie musicale française, les plateformes en ligne (Deezer, MusicMe, Beezik...), tirent eux aussi la sonnette d'alarme. Axel Dauchez, patron de Deezer et président du Syndicat des éditeurs de service de musique en ligne, met en garde. « Aujourd'hui, il n'y a plus de place pour de nouveaux entrants, ni d'espace économique pour se développer, explique-t-il. Si on ne fait rien, le secteur se concentrera bientôt autour de trois ou quatre acteurs internationaux. » Là encore, Google est visé. Les plateformes proposent plusieurs mesures comme une nouvelle répartition de leurs revenus avec les producteurs et un abaissement de la TVA.


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28 Commentaires

avatar Gelkaixi 28/01/2013 - 14:52via iGeneration pour iPhone

L'industrie de la presse et la musique veulent le beurre et l'argent du beurre. Ils bénéficient gratuitement ou à très faibles couts de google et consorts et veulent en plus être rémunérés ! Ce n'est pas parce qu'ils sont dirigés par des dinosaures et qu'ils ont raté le virage numérique que ce sont les acteurs du numérique qui doivent payer !
Deuxièmement en France dès qu'une personne ou société (quelque soit sa nationalité) commence à s'enrichir à partir d'un certain seuil, il devient pas normal et il faut le taxer. Comme si c'est interdit d'être riche. On comprend mieux pourquoi on n'a pas une seule societé française capable de rivaliser avec des google, microsoft, ibm etc. D'ailleurs c'est une taxation excessive dans les années 80 qui a aboutit à l'absence de multinationale en France pendant très longtemps. Aujourd'hui l'histoire se répète avec les amateurs de Hollande. Décidément le socialisme est un véritable cancer...

avatar hellonearth 28/01/2013 - 15:05

Et sinon, il est bon le ballon de rouge au café du commerce?

avatar hellonearth 28/01/2013 - 15:08

C'est quand même n'importe quoi: comment peut-on comparer même de loin la situation de la presse où les contenus sont repris tel quels par les moteurs de recherche, et la musique où les liens permettent d'arriver sur des sites tels Youtube ou Daylimotion où les contenus sont déjà rémunérés? Bel exercice d'équilibriste.
Ces gens semblent n'attendre qu'une chose c'est qu'on leur coupe les couilles (marre du politiquement correct, pas envie de mettre des étoiles)!

avatar denisbook 30/01/2013 - 10:46

la taxation (pas + excessive que ce qui se passe dans certains états américain : exemple lire ce qui arrive à Amazon dans l'etat de New York : http://en.wikipedia.org/wiki/Amazon_tax )

La taxation française n'explique PAS l'absence d'une industrie culturelle et française moderne et forte. (et d'ailleurs notons que la France est l'un des gros pays créatif et exportateur de culture

La France a une industrie forte si tôt qu'il s'agit d'enjeux stratégiques nationaux que la génération de politicien comprends (nucléaire, armement, ici, comme par hasard, c'est une gestion ri-gou-reu-se hors de toute idéologie de droite ou de gauche, en clair : on rigole po )

L'agriculture aussi, ici ça rigole po du tout.

-
Il s'agit de mentalité conservatrice et d'un manque d'investissement privé. On a la frilosité de l'Etat qui se mêle de toutes les industries du pays et qui veut tenter de préserver le statut quo (alors qu'il est explosé par internet, le marché libre et l'industrie américaine) à la demande de sociétés de la culture et presse.

Mais certainement pas de quelque chose spécifique à la France ou que l'impôt soit si particulier. Il faut simplement qu'une génération entière lâche la bride sur la culture, la presse, la télévision.

Ce sont des industries et médias qui doivent muter, obtenir d'importants financement privés et institutionnels, et entièrement basculer à internet pour vendre, vite et bien.

avatar valentin. 28/01/2013 - 14:58

J'adore. Quand on y arrive pas, c'est forcément la faute des autres.

avatar denisbook 28/01/2013 - 14:58

"Si on ne fait rien, le secteur se concentrera bientôt autour de trois ou quatre acteurs internationaux"

mais c'est déjà le cas.

et je dirais qu'il s'agit surtout de Apple et Amazon. et Google comme régie pub du monde entier.

byebye TF1 et les petites habitudes de l'industrie française.

avatar agerber 28/01/2013 - 15:04

J'aime comme ces acteurs de la musique essayent de redéfinir le web.
Je n’achète plus de musique pour ne pas engraisser ces pourris et j'en suis bien content.
Leur nouveau metier lobbying mode sangsue.

avatar iCaramba 28/01/2013 - 15:23via iGeneration pour iPhone

Encore un lobby d'assistés.... Ces sacs a merdes ne doutent de rien!

avatar denisbook 28/01/2013 - 17:34

je sais que la France a une taxation UNIQUE au monde
ou absolument aucune industrie n'est possible, certainement parce que du à cet incroyable système fiscal

et que certainement les impôts doivent donc TOUT expliquer

mais non, j'ironise méchamment, et ce n'est pas le cas.

Aux usa, pays du non-impot fantasmatique (j'ironise encore zut), Amazon a eu droit à sa taxe spécial maison pour financer/équilibrer avec ceux qui n'y arrivent pas (les boutiques sur rue).

Certains Etats, dont celui de New York ont fait ça:

http://en.wikipedia.org/wiki/Amazon_tax

La France n'a pas une taxation si spéciale, et elle n'est pas du tout un cas isolé. L'exemple typiquement pris sont les USA ou l'Allemagne, deux pays fédéralistes (donc ne PAS oublier la fiscalité locale, ça change radicalement).

La taxation française devrait donc empêcher l'industrie du nucléaire et de l'armement, deux industrie stratégie française avec laquelle, subitement, on ne rigole pas.

-
Non, si notre pays se fait manger son industrie culturelle (rappelons que la France est l'un des plus gros pays créateur et exportateur de culture) et est nulle en informatique, c'est suite à des politiques et un long désintérêt par l'investissement privé.

La presse, l'édition livre et culture fonctionnaient bien en ignorant la vague internet en approche. Maintenant l'Etat et l'industrie essaie de maintenir le statu quo avec des bricolages que l'OMC ne laissera en l'état. Les entreprises comme Google on le temps avec elles (elles peuvent faire trainer et trainer en multiples recours juridique et attendre que la ruine les force à négocier selon SES termes).

L'informatique est un sujet méprisé en France: peu d'intérêt politique, non enseigné hors des écoles d'ingénieur comme domaine excitant et stratégique et faible investissement privé et institutionnel (les sommes qu'on nous annonce sont ridicules face aux enjeux).

Les USA eux sont d'une grande agressivité sur tout ce qui est Logiciel et réseau. Les entreprises américaines sont toutes partenaires entre elles (apple tv a google youtube, at&t va distribuer du warner etc sur son réseau, Disney est évidemment partenaire Apple, etc. ).

Un équivalent français serait Orange avec Deezer et Dailymotion, mais y a plusieurs années de retard, un gouffre difficile à rattraper.

Mon point est : finissez votre verre de vin et pensez au delà de la fiscalité. La fiscalité n'explique PAS du tout !

petit aparté: le LOGICIEL est aussi ce que le Japon a méprisé (cas d'école : Sony). C'est sur ce point que l'industrie US est revenue en force contre le Japon.

avatar denisbook 28/01/2013 - 17:40

"Ces français, ils feraient mieux d'aller bosser plutôt que de glander que 35h/semaine, entre les conneries de free et celles des éditeurs, tous le web deviendra payant. Il faut aussi rappeler aux éditeurs de presse, que les moteurs de recherche n'affiche que ce que les éditeurs veulent bien laisser d'accessible, à eux donc de mettre ce qui peut être repris, et quand leurs site sera à la 10534 places, ils viendront pleurnicher qu'ils ne sont pas visible.....
"

La France bosse beaucoup, la preuve, on a plus de journaux locaux qui ont survécu que tout un état américain + grand encore que la France (là bas c'est le carnage).

Nous bossons dur pour maintenir une presse et on y arrive.

Mais cette presse devient anachronique: soit les gens n'en veulent plus, soit son financement est de plus en plus subventionné en totale contradiction avec comment une industrie privée devrait se financer.

en clair: le pacte qui a permis de financer la pluralité de la presse devient impossible.

Alors, soit la presse meurt (comme ça, pouf, ça va nous manquer, ho si si. L'AFP ça manquerait même à macgen), soit elle se REINVENTE.

Mais la réinvention ne se passe pas dans un monde imaginaire clos et idéal: Il faut continuer à PAYER pendant la réinvention.

qui va payer ? hmm ?

Je ne suis pas pour ponctionner une industrie florissante (le net US) parce qu'une autre a vécu longtemps sur un acquis alors qu'elle aurait du muter en informatique dans les années _90s_, mais la question de sa réinvention et financement est une question sérieuse.

On ne peut pas la balayer d'un revers de la main.

En France, tout est politique. On peut le regretter, c'est parfois un tort (sclérose par les vieux), c'est parfois une force (ça tient mordicus, accroché à la valeur que créé le pays), mais c'est une chose à admettre: vous ne changerez pas des siècles de France comme ça.

avatar hellonearth 28/01/2013 - 20:29

Je plussoie comme il n'est pas permis, et j'ajouterais que les Français qui travaillent travaillent énomément (il suffit de voir l'excellente productivité française pour le voir de façon objective), bien plus que la plupart de leurs homologues des pays riches.
Le drame de la France depuis au moins 25 ans c'est d'une part le chômage - et quand ça touche environ 10% des actifs, pour imaginer que c'est juste une question de volonté individuelle il faut avoir les neurones sacrément bouchés -, et d'autre part la baisse du pouvoir d'achat des salariés, dont une des raisons est justement le chômage.

avatar oliv-et-pomme 28/01/2013 - 18:36via iGeneration pour iPhone

Ils ont fumé la moquette ?!

avatar hellonearth 28/01/2013 - 20:32

Voyons voir: Google env. 90% de parts de marché en France. J'ai pas beaucoup de respect pour les imbéciles cités dans l'article, mais quand même, là ils ont peut-être des motifs pour "privilégier" Mountain View, tu ne crois pas?

avatar Lou117 28/01/2013 - 22:54

Pourquoi cherches-t-on tellement à soutenir des industries mal gérées qui n'ont fait que freiner l'évolution pour tenter de garder leur monopole le plus longtemps possible ?

Cela fait plus de 10 ans que tout le monde sait vers ou va la musique, il y a quand même des gens qui le savent bien dans ce secteur. Et au lieu de s'adapter et faire une offre globalisée à un prix correct, on fout des DRM, on crée chacun son petit shop à prix exorbitant avec son petit catalogue... Résultat, les gens ne sont pas dupes ! On n'achète plus de CD qui apportent peu comparé au net, et ceux qui s'en mettaient plein les poches ne font plus que se plaindre...

Pathétique !

avatar gilzecat 29/01/2013 - 09:04via iGeneration pour iPhone

J'ai jamais utilisé Google pour écouter de la musique. Que ce soit directement ou indirectement.
Ça y est tout le monde croit que Google va devenir une vache à lait ?
Je suis loin de porter Google dans mon cœur, mais il ne faut pas exagérer.

avatar Tyrael 29/01/2013 - 10:30

@Lesjir

"Amazone, Google et Apple même combat ^^"

Pas vraiment non. Google ne vend rien "officiellement". C'est juste la plus grosse régie pub du monde. Qui attire les annonceurs et le public en utilisant du contenu créé par d'autres…

Tu vois un parallèle avec Apple et Amazon ? Moi non.

Google est un vendeur d'infos personnelles et un placeur de pub. Le fait qu'il le fasse en utilisant du contenu pioché/collecté est, objectivement, une fragilité de son business model… Et on peut effectivement s'attendre à quelques retours de manivelles de ce genre.

Le problème d'Amazon c'est la rentabilité. Pour l'instant ses actionnaires sont enthousiastes mais le vent peut très vite tourner vu qu'Amazon, pour l'instant, engrange les parts de marché et les lauriers pour ses initiatives… mais pas vraiment d'argent. À terme, c'est la pérennité de ses produits qui est inquiétante.

Apple a quand même le business model le plus classique (on vend un produit et on marge – bien – dessus), le plus pérenne et, quoi qu'on en dise, le moins parasitaire pour le consommateur.

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