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Le DoJ américain exige la liste des utilisateurs d’une app qui supprime l’antipollution des voitures

Greg Onizuka

vendredi 15 mai 2026 à 21:30 • 62

App Store

Dans le petit monde des apps permettant de récupérer des informations et de modifier des éléments sur une voiture, EZ Lynk se retrouve depuis 2021 dans l’œil du cyclone, le DoJ (Department of Justice, équivalent du ministère de la justice) ayant décidé de poursuivre l’entreprise pour des fonctions jugées illégales. Et la plainte pourrait franchir une étape supplémentaire, le ministère demandant à Apple, Google et Amazon les noms, adresses et historiques d’achat de centaines de milliers de clients, comme le rapporte Forbes.

Les produits d’EZ Lynk. Image EZ Lynk.

Le principe d’EZ Lynk est relativement simple : à l’aide d’un module branché sur la prise OBD 2 (OnBoard Diagnostic, la prise standardisée de communication présente sur toutes les voitures), l’app communique avec l’électronique de la voiture, et permet à l’utilisateur plusieurs actions. Si l’une d’elles, la lecture des codes erreur, est totalement inoffensive, l’autre partie permet de modifier certaines fonctions de la voiture. Certains constructeurs ont pu perdre quelques revenus, avec la possibilité d’activer des fonctions optionnelles (et payantes) sur sa voiture sans débourser le moindre centime, mais celle qui intéresse plus particulièrement les autorités US est toute autre : la possibilité de désactiver tout ou partie du système antipollution d’une voiture.

Le boîtier et son app dédiée permettent en effet de désactiver une bonne partie des systèmes qui permettent en temps normal de limiter les polluants émis par des voitures de chez Ford, GM, Ram, et d’autres marques présentes aux USA. L’utilisateur y gagne en performances moteur, parfois en économies de carburant, se retrouve libéré de l’AdBlue, mais c’est au prix d’une augmentation drastique des émissions polluantes, et contrevient au « Clean Air Act », qui régit les limites d’émissions des moteurs thermiques dans le pays.

Cette utilisation, bien entendu jugée illégale, n’est pas selon le concepteur de la solution mise en avant dans les possibilités du boîtier, et serait minoritaire chez les utilisateurs de celui-ci. Cependant, les autorités américaines ont une autre lecture de la situation, et pensent que cette possibilité de supprimer les limites d’émissions polluantes est l’une des fonctions phares pour pousser les utilisateurs à acheter EZ Lynk.

C’est pour en avoir le cœur net que le DoJ demande à Apple, Amazon et Google de lever le secret sur l’identité de quelques 100 000 acheteurs de cette solution, en livrant leurs noms, adresses et historiques d’achat à la justice. Pour les créateurs de l’app, c’est bien entendu une ligne rouge qu’ils demandent de ne pas franchir :

Ces demandes visant potentiellement les informations personnelles (PII) de centaines de milliers de personnes vont bien au‑delà des besoins de cette affaire et soulèvent de sérieux problèmes de vie privée. Enquêter sur cette plainte ne nécessite pas d’identifier chaque personne ayant utilisé le produit.

Le gouvernement a indiqué dans la lettre que sa demande de données était équitable et appropriée, et qu’il avait « constamment cherché à obtenir des informations sur les clients », car ses avocats souhaitent interroger des témoins au sujet de leur utilisation de la technologie d’EZ Lynk. Il a déjà présenté au tribunal des preuves montrant que des personnes utilisent les outils de l’entreprise pour supprimer les dispositifs de contrôle des émissions sur leurs voitures, notamment des publications Facebook et des messages sur les forums d’EZ Lynk détaillant cet usage du produit.

Si la demande est peut-être légitime, reste que les trois acteurs en question ne sont généralement pas du genre à laisser les données de leurs clients en liberté, y compris quand c’est la justice qui les demande. Ce type de demande, qui plus est, est plutôt rare aux USA : la dernière fois qu’une telle ouverture des fichiers clients a été demandée, c’était pour une app autrement plus dangereuse, qui permettait l’utilisation d’une caméra déportée de tir de précision sur une arme à feu.

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