C’est un dogme qui semblait gravé dans le marbre : en France, le passage à quatre opérateurs a été le moteur d'une concurrence acharnée, faisant de l'Hexagone l'un des marchés les plus abordables d'Europe. Mais cet équilibre vacille. Le scénario d'un retour à trois acteurs, longtemps jugé hypothétique, gagne chaque jour en consistance.
Le démantèlement de SFR se précise
La semaine dernière, un verrou majeur a sauté : Patrick Drahi aurait finalement accepté l'offre conjointe formulée par le trio Orange, Bouygues et Free. Si le chemin réglementaire reste encore long et semé d'embûches — notamment du côté de l'Autorité de la concurrence —, ce qui relevait de la spéculation il y a quelques mois prend désormais l'allure d'une issue inéluctable.
Bouygues, Free et Orange en négociations exclusives avec Altice pour racheter SFR
Pour l'abonné, ce passage à trois est une lame à double tranchant. D'un côté, Free et Bouygues Telecom pourraient profiter de l'opération pour récupérer des fréquences et des infrastructures, musclant ainsi la qualité de leurs réseaux respectifs. De l'autre, la disparition d'un concurrent pose inévitablement la question d'une hausse des tarifs.
Le totem des forfaits à 2 et 19,99 €
Dès les premières manœuvres, le gouvernement a tenté de calmer le jeu. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a assuré suivre le dossier de près, affirmant rester « vigilant à deux choses : l’impact sur le prix pour les consommateurs et l’impact sur la qualité de service ».
Une inquiétude que ne partagent pas forcément les analystes du secteur. Contactés par Le Figaro, nombre d'entre eux ne croient pas à une explosion tarifaire immédiate. « Il y aura certes un ralentissement des promotions agressives, mais Free ne touchera jamais à ses totems : les forfaits à 2 € et 19,99 € », affirme un expert. Pour la société de Xavier Niel, ces tarifs sont plus que des offres commerciales : ce sont des symboles politiques et marketing qu'il semble peu enclin à sacrifier.
La fibre, futur terrain de l’inflation ?
Cependant, cette stabilité affichée sur le mobile pourrait bien être un trompe-l'œil. Si les prix cellulaires restent ultra-compétitifs, les opérateurs ont déjà commencé à ajuster leur stratégie sur le fixe. Pour compenser des marges sous pression, tous tentent de faire grimper le panier moyen en multipliant les services inclus et les bouquets d'offres.
Le véritable risque de hausse de prix se situe sans doute là, sur la fibre, plutôt que sur la 5G. SFR, via sa marque Red, était jusqu'ici l'un des plus féroces animateurs de la guerre des prix sur le fixe. Sa restructuration pourrait laisser le champ libre à une remontée des tarifs de l'internet résidentiel. Quoi qu'il en soit, le consommateur a encore un peu de répit : entre les négociations et les validations administratives, le passage effectif à trois opérateurs devrait prendre au moins 18 mois.











