Les fréquences satellites commencent à devenir le nerf de la guerre, et l’Union européenne ne compte pas se laisser plumer sans rien faire : dans une décision rapportée par Le Monde, elle souhaite réserver aux entreprises européennes les deux tiers des fréquences qu’elle a à sa disposition concernant les communications mobiles par satellite.

Jusqu’ici, les fréquences des services de téléphonie mobile passant par satellite étaient attribuées à deux entreprises américaines, Viasat (anciennement Inmarsat) et Echostar (anciennement Solaris). Cette décision date de 2009, bien avant que ces fréquences deviennent un enjeu capital avec l’explosion des communications par satellite, et la concession arrive à échéance en 2027, soit dans un an. Si l’Union européenne a décidé de prolonger celle-ci, ce n’est cette fois-ci que pour deux ans, afin de se donner le temps de réflexion.
Et celle-ci semble déjà bien avancée, au point d’avoir déjà redistribué ces fréquences : le premier tiers devrait être réservé aux communications étatiques, que ce soit pour un usage civil ou militaire. La partie technique devrait obligatoirement être laissée à la charge d’un opérateur européen, et celui-ci devra être compatible avec le réseau IRIS² (pour Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite), programme spatial européen devant permettre aux différentes organisations gouvernementales européennes de continuer à communiquer, même si le réseau terrestre venait à être défaillant.
Concernant les deux tiers restants ? Ils devront être partagés à égalité, entre des fournisseurs européens et les autres fournisseurs. L’idée derrière cette obligation d’équilibre est d’aider les acteurs européens à se développer face à des titans comme Starlink ou Amazon Leo, qui sinon auront une telle force financière qu’ils rachèteront toutes les fréquences disponibles. La présidente de la Commission chargée du numérique, Henna Virkkunen, n’en fait pas mystère :
Nous voulons renforcer la compétitivité et la sécurité de l’Europe, et développer de nouvelles possibilités technologiques, tout cela en tenant compte du contexte géopolitique actuel en constante évolution.
L’UE triplerait la mise avec 120 milliards d’euros pour rattraper son retard dans les puces
Cette nouvelle proposition doit encore être validée par tous les États membres et par le Parlement européen, mais elle s’engage dans le même chemin que le plan Chips Act 2.0 dont nous avions parlé hier : renforcer la souveraineté technologique de l’UE, que ce soit en aidant financièrement ou en posant des cadres les plus favorables possibles aux entreprises locales. Les USA pourraient d’ailleurs s’en offusquer, d’autant que ce ne sont pas les dernières prises de position de l’UE dans le domaine : l’Union européenne devrait annoncer dans les semaines à venir un soutien aux entreprises locales pour le cloud, l’intelligence artificielle ou encore l’automobile.













