« Le jeu vidéo ne te mènera à rien », « Tu ferais mieux de t’occuper de tes études plutôt que de jouer », « Grandis un peu »,... nombre de jeunes (et moins jeunes) accrocs des jeux vidéo ont au moins une fois entendu l’une de ces phrases. Et il faut avouer qu’elles font souvent mouche. La FAA (Federal Aviation Administration) et le US Transportation Department (équivalent US du ministère des transports) tentent d’attirer tous ces jeunes qui vivent une manette à la main, pour en faire des contrôleurs aériens, comme rapporté par Bloomberg. Bonne ou mauvaise idée ?

Les USA sont dans une situation de sous‑effectif chronique dans le domaine des contrôleurs aériens. Si dans chaque métier cet état est problématique, dans un domaine qui touche à la sécurité c’est encore plus vrai : la fatigue, le stress, les shifts qui s’entassent ne sont pas faits pour améliorer la concentration des personnes en poste, et les incidents et quasi‑collisions qui se sont multipliés récemment dans le pays en attestent. La FAA reconnaît elle‑même avoir besoin de « milliers » de contrôleurs supplémentaires pour revenir à un niveau d’effectifs normal.
Que faire pour attirer du monde ? C’est là que la vidéo diffusée par la FAA et l’USDOT entre en jeu afin d’embaucher des accrocs aux jeux vidéo, domaine connu pour ses réflexes et le rythme effréné de certains titres.
L’idée de base est intéressante : après tout, les joueurs sont habitués aux écrans, réagissent très bien aux stimuli des pointeurs et autres éléments mobiles sur l’affichage, et ont une certaine facilité à maîtriser plusieurs cibles mobiles à la fois. C’est d’ailleurs exactement le discours officiel : mettre en avant les « skills » de multitâche, de réflexion rapide et de gestion de la complexité que les gamers développent manette en main.
Le souci est dans l’axe choisi pour cette vidéo. Attirer des joueurs pour leurs réflexes, c’est bien. Mais où est le rappel que ce travail met plusieurs centaines voire milliers de vies entre les mains de la personne qui va se retrouver derrière l’écran ? La publicité parle de victoires, de « level‑up », d’amasser une paie confortable, mais en oublie totalement le principal : contrairement à un jeu vidéo, si le joueur échoue dans la mission, l’avion ne va pas « respawn ». C’est Game Over, et la fin de vie pour de nombreuses personnes, dans un système déjà fragilisé par la fatigue et le manque chronique de personnel.
Les gamers sont de plus en plus en vue dans le domaine professionnel : leurs facultés d’adaptation, leur motivation à relever les défis et leurs facultés à réagir rapidement sont louées dans de nombreux domaines, comme le pilotage de drones durant la guerre qui oppose l’Ukraine à la Russie. Il est cependant des domaines où la rapidité de réaction passe après le respect des procédures, et l’aérien avec ses dizaines d’années d’expérience en est un. Il est à souhaiter qu’après une publicité accrocheuse, les responsables rappellent que les vies que ces futurs contrôleurs auront entre leurs mains ne sont pas de simples Sims, mais des citoyens qui ne pourront pas revenir à la vie par un simple « Continue ». Ce n’est pas le joueur qui pose problème ici, mais la tentation de transformer un métier de sûreté en simple « carrière fun » pour combler à la hâte un trou dans les effectifs.















