OpenAI arrivera-t-elle là où Amazon, Facebook et tant d’autres se sont cassé les dents ? Commercialiser un smartphone offrant une expérience radicalement différente de celle dictée par iOS et Android depuis près de deux décennies, tel est le pari fou de Sam Altman.
Le timing a de quoi faire sourire. La concurrence sur le marché des smartphones n’a jamais été aussi féroce, l’iPhone apparaissant aujourd'hui comme l’un des grands gagnants de la crise provoquée par le boom de l’intelligence artificielle générative. Se lancer dans la conception d'un terminal mobile s'apparente à une course d'obstacles vertigineuse, mais OpenAI n'a d'autre choix que la fuite en avant. Comme nous l'expliquions récemment, l'avance technologique de ses services fond comme neige au soleil face à la concurrence. La firme ne peut se permettre de perdre la prochaine bataille décisive : celle du matériel, qui dictera l’usage même de ses technologies.
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La mort de la grille d'applications
L’idée derrière cet appareil inédit est de s'affranchir de la logique applicative qui régit nos usages depuis l'avènement de l'App Store. Si d’autres s'y sont essayés sans succès par le passé, le boom de l’IA générative donne à Sam Altman un jeu de cartes autrement plus solide que celui de ses prédécesseurs.
L'inévitable analyste Ming-Chi Kuo a détaillé fin avril le fruit de ses recherches au sein de la chaîne d'approvisionnement. Il décrit l'appareil non pas comme un téléphone traditionnel, mais comme un véritable « téléphone à agent IA ». L'interface serait continue et intimement liée au contexte de l'utilisateur, reléguant au placard les traditionnelles rangées d'icônes. Kuo souligne à juste titre que le smartphone reste le seul appareil capable de capter en temps réel l'état complet d'un utilisateur (sa localisation, son activité, ses communications) le rendant parfaitement taillé pour déduire et anticiper ses besoins.
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Pour concrétiser cette vision où l'on ne lance plus des applications pour accomplir une tâche, mais où l'on interagit avec une interface transparente, OpenAI n'a pas le choix : il lui faut maîtriser de bout en bout le logiciel et le matériel.
Pas de révolution sur le front du hardware
Sur le plan purement technique, les rumeurs esquissent un appareil plutôt classique dans sa conception de base. Le cerveau de la machine serait une version personnalisée du processeur Dimensity 9600 de MediaTek, gravé par TSMC au second semestre 2026. L'assemblage serait logiquement confié à Luxshare Precision, un partenaire bien connu de l'industrie, tandis que Sunny Optical fournirait les modules photographiques.
Sans s'attarder sur l'énumération des composants, on retiendra que l'accent matériel est mis sur les capteurs. Le téléphone intégrerait un processeur de signal d'image doté d'un traitement HDR amélioré, un élément essentiel pour que l'IA "voie" et comprenne correctement le monde réel. L'appareil embarquerait logiquement deux puces dédiées pour traiter de front la vision et le langage, couplées à une architecture très sécurisée pour isoler les processus liés à la vie privée.
Le revirement de Jony Ive et la fuite des talents
L'arrivée d'un smartphone marque toutefois un virage à 180 degrés dans la stratégie publique d'OpenAI. Jusqu'à présent, les ambitions matérielles de l'entreprise semblaient se concentrer sur des formats alternatifs pensés main dans la main avec Jony Ive. L'ancien patron du design d'Apple, dont la startup io Products a été rachetée par OpenAI pour la bagatelle de 6,5 milliards de dollars en mai 2025, clamait haut et fort avec Sam Altman son refus de concevoir un appareil doté d'un écran.
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Altman décrivait même un prototype en interne comme « le produit technologique le plus cool que le monde ait jamais vu ». Mais la réalité des usages semble les avoir rattrapés. Le premier fruit de cette collaboration, désormais identifié comme une simple enceinte intelligente avec caméra intégrée, a glissé à début 2027. D'autres projets périphériques comme des lunettes ou une lampe connectée seraient encore dans les cartons, mais relégués au second plan.
Pour mener à bien sa nouvelle ambition mobile, OpenAI n’a pas hésité d'ailleurs pas à piocher allègrement dans les viviers de Cupertino. Plus de 40 anciens employés d'Apple ont rejoint l'aventure, dont des figures bien connues du design comme Evans Hankey, Tang Tan ou Scott Cannon. Une véritable saignée qui a poussé Apple à sortir le carnet de chèques, distribuant des primes de rétention grimpant jusqu'à 400 000 dollars en actions pour freiner le départ de ses ingénieurs.
Un calendrier sous stéroïdes
Si la production de masse de ce smartphone était initialement projetée pour 2028, le calendrier aurait été précipité pour viser le premier semestre 2027. Cette accélération ne doit rien au hasard : elle coïnciderait avec l'introduction en bourse d'OpenAI. Présenter un produit matériel fort permettrait de séduire les investisseurs avec un récit porteur, tout en coupant l'herbe sous le pied d'une concurrence qui s'organise.
L’histoire nous dira si Sam Altman réussira son coup. L’objectif de 30 millions d’appareils vendus en deux ans est sacrément ambitieux. À titre de comparaison, les Google Pixel, qui sont d’excellents téléphones bénéficiant de toute la force de frappe de Mountain View, peinent à s'écouler à plus de dix millions d’exemplaires chaque année. Pendant ce temps, Apple et Google ne resteront évidemment pas les bras croisés et continuent d'infuser l'IA à tous les étages de leurs systèmes respectifs.
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Plus les choses avancent, plus une rivalité exacerbée se dessine entre Apple et OpenAI. Une dynamique qui n'est pas sans rappeler la relation complexe qu’entretenait la Pomme avec Facebook aux balbutiements de l’iPhone.
Les deux sociétés s’entendaient plutôt bien à l’époque. Les réseaux sociaux, tout comme les smartphones, étaient en plein boom, formant le couple idéal de la décennie. Apple était même allée jusqu’à proposer une intégration poussée de Facebook au cœur d'iOS. Puis, face aux innombrables polémiques sur la vie privée, le torchon a brûlé et la collaboration a tourné court. L'histoire semble bégayer. Alors qu’Apple cherchait à combler son retard en matière d'intelligence artificielle, elle s’est alliée à OpenAI pour intégrer ChatGPT à ses logiciels. Un partenariat qui avait d'ailleurs provoqué une véritable crise de jalousie chez Elon Musk, qui se voyait bien à la place du partenaire privilégié. Mais depuis, les relations se distendent à vue d'œil.
Apple a finalement assuré le service minimum pour intégrer les technologies d’OpenAI. La méfiance est désormais de mise entre les deux directions. Le partenariat n’aurait pas du tout été lucratif pour la startup de Sam Altman, qui s'estimerait lésée au point de réfléchir à porter l'affaire devant les tribunaux.
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Ajoutez à cela les déclarations tapageuses d’un Sam Altman désignant ouvertement Apple comme son principal concurrent — car le juge de paix sera finalement le matériel — et le cocktail devient explosif. Dans cette guerre larvée flotte un indéniable parfum de trahison. Parti de Cupertino visiblement fâché, Jony Ive joue aujourd'hui un rôle central dans les projets concurrents d’OpenAI. Quand on y ajoute les débauchages massifs d'ingénieurs de Cupertino, tous les ingrédients sont réunis. La grande explication, c'est sans doute pour bientôt !
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