Une Apple Watch après 30 ans sans montre

Florian Innocente |

Je n’ai pas vraiment porté de montre depuis 20 ou 30 ans. Je me souviens d’une petite ronde, bleu blanc rouge, juste après avoir appris à lire l’heure. D’une Casio avec un minuscule clavier intégré de calculatrice lorsque j’étais au collège. Puis, vaguement, d’une autre très banale que je ne devais pas porter souvent. Ordinateurs d’abord, téléphones ensuite, dès que j’ai travaillé, j’ai toujours eu un moyen d’avoir l’heure sans qu’il soit nécessaire de m’embarrasser de cet objet.

Pour moi, une montre est une contrainte. Il faut la mettre, l’enlever, la remettre. Pire, la seule sensation d’avoir quelque chose autour du poignet m’indispose (pas de bague non plus, de bracelet, ou tout autre article du rayon bijouterie). Autant dire que lorsque les rumeurs d’une montre Apple sont apparues j’ai suivi cela avec un intérêt poli, dicté par les obligations d’en rendre compte sur iGen.

Il y avait évidemment une curiosité sur la forme que prendrait ce produit. Apple en lance suffisamment peu, faisait remarquer il n’y a pas longtemps Jonathan Ive, que chacun est conçu avec beaucoup d’égards.

Mais au-delà, cette curiosité ne rimait pas avec envie et encore moins avec besoin. Par comparaison, je n’ai pas besoin du nouveau MacBook mais il me fait envie, comme me font envie un Mac Pro ou un iPad.

Les montres ne m’intéressaient pas et j’ai également passé mon tour pour les traqueurs d’activité (pas assez sportif de toute façon). J’ai observé avec amusement mes collègues qui comparaient les scores de leur petite pastille Shine. Sans comprendre ce que cela apportait à leur quotidien et eux ne l’expliquaient pas d’une manière très convaincante non plus.

Mes connaissances de l’univers des montres étaient proches de zéro. C’est en voyant la première vidéo d’Apple où Jonathan Ive détaillait son produit, dont certains éléments sont repris de l'horlogerie la plus traditionnelle, que j’ai découvert de nouveaux sens pour des mots courants. Pour moi une couronne se portait sur la tête ou sur une dent et une complication relevait du vocabulaire médical porteur de mauvaises nouvelles.

Ce n’est que très récemment que cette Apple Watch a commencé à tirer sur quelques cordes sensibles. Indépendamment bien sûr du fait qu’en travaillant pour un site d’actualité Apple, on est soumis quotidiennement à un fort rayonnement qui finit par vous convaincre de l’utilité absolue de tous ces produits…

Au fil des interview, les concepteurs de l’Apple Watch ont déroulé cette idée qu’avec cette montre on allait pouvoir éloigner son téléphone et le mettre en sourdine. Que cet objet porté au poignet allait servir de filtre pour ne laisser arriver à vous que l’essentiel.

Je me suis rendu à cette idée un jour que j’écoutais de la musique sur mon iPhone en marchant dans la rue. Je recevais une succession de Messages de personnes différentes et dont toutes ne nécessitaient pas une attention ou une réponse immédiate. Mais comment savoir à l'avance (interroger Siri est trop long). À chaque fois, je sortais mon téléphone — empêtré avec le câble des écouteurs — je regardais le message, déverrouillais le téléphone pour y répondre éventuellement et relançais ma musique jusqu’à la prochaine sollicitation.

« Avec une Apple Watch ça aurait été bien plus simple ! ». Le constat était sans appel et la proposition des gens d’Apple devenait plus concrète et plus pertinente.

Il y a bien une contradiction dans l’idée que pour se détacher d’un produit envahissant il faut s’en attacher un nouveau en permanence au poignet… On sort de la prison qu’est devenu notre téléphone en mettant une paire de menottes. En outre, on double cette contrainte quotidienne qu’est de veiller à ne pas manquer de batterie. Pour quelqu’un qui ne voulait pas entendre parler de montre depuis deux ou trois décennies, et il y a quelques semaines encore, la conversion à l’idée d’en porter une a été brutale. Une précision importante, si ce n'était MacG qui me payait cette montre, je n'aurais pas fait cette dépense, elle est trop chère pour le moment.

L’un des premiers tests parus sur l’Apple Watch souligne le manque de granularité des réglages pour les notifications qui peuvent aller sur la montre. Cela semble être tout ou rien (toutes celles d'Instagram ou de Slack ou bien aucune). C’est le point qu'il m’intéressera en premier lieu de vérifier (premier contact demain, pour un essayage, comme on dit maintenant aussi dans les Apple Store).