Dans nos vies d’utilisateurs, les notes jouent un rôle central. Les éditeurs imaginent des stratégies complexes pour empocher le maximum d’étoiles. On le voit sur l’App Store, mais ce phénomène est à peu de chose près identique partout, que ce soit sur YouTube avec le pouce levé ou lorsque l’on écoute un podcast.
Ces fameuses étoiles jouent un rôle fondamental dans la mise en avant d’une app sur la boutique d'Apple. C’est peut-être la donnée la plus importante pour les fameux algorithmes. Mais le système actuel semble de moins en moins convenir aux développeurs, du moins à certains d’entre eux. Beaucoup soutiennent que les évaluations de l’App Store sont fondamentalement biaisées, notamment parce qu'une note de 4 étoiles, pourtant positive dans l'esprit du client, peut s'avérer plus nuisible qu’autre chose pour le créateur de l'application.
Le harcèlement comme stratégie de survie
Le premier point de friction réside dans cette sollicitation permanente. En tant qu'utilisateurs, nous détestons être interrompus par une fenêtre surgissante nous demandant de noter une application, surtout en plein milieu d'une tâche. Pourtant, selon le développeur Steven Troughton-Smith, les éditeurs n'ont pas vraiment le choix : pour exister aux yeux de l'équipe éditoriale d'Apple, il faut une masse critique de 5 étoiles. Sans ces relances incessantes, une excellente application pourrait ne récolter que quelques avis, là où elle en obtient des milliers grâce aux invitations intégrées.
App Store : ces techniques discrètes pour recevoir de bonnes étoiles
Ne pas implémenter ces API de notation reviendrait, pour beaucoup, à un véritable « suicide éditorial ». La question du timing reste toutefois épineuse. Si Troughton-Smith suggère de relancer l'utilisateur dès l'ouverture de l'application de manière régulière, d'autres voix s'élèvent pour dénoncer cette pratique comme étant la plus irritante possible. L'idéal serait de solliciter l'avis après une action réussie, comme la publication d'un document ou l'enregistrement d'un fichier, mais il reste techniquement difficile pour un développeur de savoir exactement quand l'utilisateur a atteint son objectif.
Le piège des quatre étoiles
L'autre problème majeur est le fossé qui sépare la perception humaine de la logique algorithmique. Naturellement, nous pourrions considérer qu'une échelle de 1 à 5 permet de nuancer son avis : le 3 pour un service conforme aux attentes et le 4 pour une application très satisfaisante. Mais dans la réalité de l'App Store, cette logique s'effondre.
C’est le même syndrome que celui observé chez Uber. Comme le souligne Terry Godier, Apple ne jure que par le 5 étoiles. Si une application affiche une moyenne de 4,1, n'importe quelle note de 4 étoiles contribuera mécaniquement à faire baisser cette moyenne. Paradoxalement, en voulant laisser un avis positif mais nuancé, l'utilisateur finit par pénaliser le développeur. Ce système pousse à une vision binaire où tout ce qui n'est pas « parfait » est considéré comme un échec par les algorithmes de classement.
L’alternative du pouce levé
Face à cette impasse, certains observateurs, comme John Gruber, plaident pour une simplification radicale : l'abandon des étoiles au profit d'un système binaire. L'idée est de s'aligner sur ce que font déjà les utilisateurs dans les faits, à savoir noter 5 quand ils aiment et 1 quand ils détestent. Les systèmes de notation par étoiles sont souvent inefficaces lorsqu'il s'agit d'agréger des données de masse.
À l'image de Netflix en 2017 ou de YouTube bien plus tôt en 2009, l'App Store gagnerait sans doute en clarté en adoptant le « pouce levé » ou « pouce baissé ». Cela permettrait non seulement de supprimer l'ambiguïté de la quatrième étoile, mais aussi de rendre le processus de notation plus honnête et plus en phase avec les usages actuels de l'économie numérique.
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