« Si vous songez à remplacer votre téléphone, le meilleur moment, c'était hier. » Cette petite phrase, lâchée en mars dernier par Carl Pei, patron et cocréateur de Nothing, n'a jamais résonné avec autant d'acuité. Alors que la fin de l'année approche, le dirigeant jette un pavé dans la mare et donne des exemples très concrets de la manière dont la flambée des composants bouscule son entreprise. Et par ricochet, toute l'industrie.
La RAM, ce composant qui flambe
Le cœur du problème ? La mémoire vive bien sûr ! Sur X, Carl Pei a livré des chiffres qui donnent le tournis. Pour le Phone (4a), le modèle abordable de milieu de gamme de la marque vendu 400 € environ, le coût de la mémoire a tout simplement doublé entre le moment où la décision de le concevoir a été prise et son lancement. Pire encore, ces tarifs ont à nouveau doublé depuis.
Aujourd'hui, la RAM peut représenter à elle seule plus de 50 % du coût de fabrication d'un nouveau smartphone. Une situation intenable à long terme. « Les prix des téléphones augmentent, et ils continueront de grimper jusqu'à l'année prochaine », prévient le fondateur de Nothing. Et il n'est pas le seul à tirer la sonnette d'alarme : des géants comme Samsung et Google s'apprêtent, eux aussi, à revoir leurs grilles tarifaires à la hausse pour absorber le choc lié à ces coûts de mémoire.
Face à une telle inflation, le réflexe naturel des constructeurs serait d'anticiper et d'acheter en masse pour se constituer des stocks avant la prochaine hausse. Sauf que la réalité industrielle fonctionne différemment. Carl Pei le rappelle sèchement : l'anticipation n'a plus cours. En période de pénurie, la mémoire ne s'achète pas, elle s'alloue. Les fabricants doivent se contenter des volumes qu'on veut bien leur céder, et ce, au tarif en vigueur. On prend ce que l'on nous donne.
Pour le consommateur, la conclusion est brutale. Si vous repoussez l'achat de votre prochain terminal en espérant faire une bonne affaire sous le sapin, vous risquez de déchanter. La période des fêtes de fin d'année n'offrira pas les rabais massifs auxquels le marché nous a habitués. Selon lui, le meilleur moment pour s'équiper, c'était hier, la deuxième meilleure fenêtre de tir, c'est aujourd'hui.
Apple, un funambule face à la crise
Du côté de Cupertino, la crise a été gérée avec une certaine habileté jusqu'à présent. Apple a certes augmenté ses prix, mais en prenant soin de faire passer la pilule par une hausse bienvenue de la capacité de stockage de ses iPhone. Si la Pomme a pu se montrer plus agressive sur sa politique tarifaire que de coutume, c'est en partie parce qu'elle a accumulé de vastes stocks de RAM très tôt l'année dernière, jouant de sa phénoménale force de frappe financière.
La flambée du prix de la RAM sera l’un des premiers casse-têtes de John Ternus
Reste que la réalité finit toujours par rattraper les meilleurs stratèges. L'entreprise a récemment reconnu que ce phénomène macroéconomique la touchait de plus en plus rudement, et que l'impact sur ses marges devrait inéluctablement s'accélérer dans les trimestres à venir.















