Petit à petit, l’Union européenne façonne la tech. Depuis quelques semaines, tous les ordinateurs portables commercialisés sur le Vieux Continent doivent pouvoir se charger en USB-C grâce à la norme Power Delivery. L’une des prochaines étapes, programmée pour le 18 février 2027, s'annonce au moins aussi structurante pour l'industrie.
L’USB-C s’impose aussi aux ordinateurs portables en Europe
Le principe est simple : d'ici là, les utilisateurs devront pouvoir retirer et remplacer la batterie de leurs appareils à l'aide d'outils basiques, ou d'outils spécifiques fournis gratuitement dans la boîte. Par ailleurs, les accumulateurs de rechange devront rester disponibles à la vente pendant au moins cinq ans.
Concrètement, s'il ne sera pas forcément question de revenir aux coques clipsables d'antan, l'opération ne devra pas être beaucoup plus complexe que de retirer quelques vis standards. Des consoles portables aux liseuses, en passant par les casques audio, presque tout ce qui embarque une batterie est visé.
Nintendo prend les devants pour sa prochaine console
Les constructeurs vont devoir revoir leurs chaînes de production, tout comme ils ont dû s'y plier pour généraliser l'USB-C. Certains préfèrent même anticiper le mouvement. C'est le cas de Nintendo, qui prépare le terrain en concevant des versions spécifiques de sa future Switch 2 pour l'Union européenne, pensées justement pour faciliter ce fameux remplacement.
Une petite révolution en soi, quand on sait que l'opération sur le modèle actuel n’est pas donné à tout le monde, exigeant une à deux heures d'intervention minutieuse. Avec un maigre 4 sur 10 en réparabilité décerné par iFixit à sa sortie, la console japonaise avait en effet une belle marge de progression.
L’industrie tout entière se met en ordre de marche
Le fabricant nippon est loin d'être un cas isolé et c'est toute l'industrie qui se prépare activement à ce changement de paradigme. Si les casques audio dotés d'accumulateurs interchangeables ont longtemps fait figure d'exception, les lancements de cette année esquissent une nouvelle tendance de fond. Fender avait montré la voie avec son casque Mix, dissimulant un accès rapide sous l'un des coussinets, talonné de près par Sennheiser et son récent Momentum 5, dont la batterie s'extrait d'un simple coup de tournevis cruciforme.
Le pionnier en la matière reste évidemment Fairphone, qui milite depuis des années pour cette approche avec sa gamme de smartphones, dont le récent Fairphone 6, mais aussi avec ses écouteurs Fairbuds. D'autres entreprises se préparent, à l'image d'Amazon qui prépare des liseuses Kindle adaptées, ou de Microsoft, dont les fuites autour de la future manette Xbox Elite 3 suggèrent également un retour de la batterie facilement amovible par l'utilisateur.
Des exceptions sur mesure pour l'iPhone
Si le marché va devoir s'adapter dans les mois à venir, l'écosystème d'Apple bénéficie de sérieuses dérogations. La Pomme parvient à soustraire ses iPhone et iPad à ce texte grâce à une clause protégeant les appareils dont la batterie conserve 80 % de sa capacité après 1 000 cycles. Une règle taillée sur mesure pour éradiquer l'électronique jetable d'entrée de gamme.
iPhone 16 : une pile pour remplacer la batterie
L’Apple Watch et les AirPods pourraient également passer entre les mailles du filet, l'Europe envisageant des exemptions pour les appareils si compacts qu'une intervention risquerait d'endommager la cellule. Cela n'a toutefois pas empêché Cupertino de procéder à des changements récents sur les iPhone par exemple avec un nouvel adhésif sensible au courant électrique, permettant de décoller la batterie d'une simple décharge externe.
MacBook Neo : iFixit n’avait pas vu un Mac portable aussi facile à réparer depuis 2012
Le dogme de la durabilité selon John Ternus
Malgré ces subtilités techniques, ce cadre réglementaire européen risque de raviver certaines tensions avec la firme de Cupertino, dont la philosophie diffère radicalement. Le futur patron d'Apple, John Ternus, l'expliquait en 2024 avec conviction en opposant deux concepts souvent jugés incompatibles : la durabilité et la réparabilité.
$5 - Talked to John Ternus - Head of Hardware Engineering at Apple, and it was interesting hearing straight from the top why the iPhone is harder to repair. Take a listen pic.twitter.com/O9QsQOx4SP
— Marques Brownlee (@MKBHD) May 29, 2024
Pour structurer sa pensée, il invite à imaginer deux extrêmes. D'un côté, un appareil théorique indestructible. De l'autre, un produit fragile dont chaque composant se changerait en un tournemain. Le choix d'Apple est clair : un produit qui ne tombe pas en panne reste, par définition, la meilleure option pour l'utilisateur comme pour l'empreinte environnementale.
iPhone : John Ternus tranche entre réparabilité et longévité
Cette logique purement statistique défend l'idée que le gain de fiabilité global d'un design scellé compense largement les désagréments d'une réparation complexifiée. En réduisant drastiquement le taux de panne matériel, Apple diminue mécaniquement le besoin d'interventions. Une vision d'ingénieur qui devra inévitablement trouver un compromis avec les législateurs de Bruxelles.












