De temps en temps, le FBI (et les quelques autres agences à trois lettres qui parsèment les USA) se retrouvent le bec dans l’eau face aux verrouillages des iPhone, bien plus souvent que face à Android. Il y a quelques temps (déjà 10 ans...), c’était le cas d’un iPhone 5c qui était devenu emblématique, et si les cas sont moins médiatisés depuis quelques années, ce n’est pas pour autant que l’agence fédérale décapsule tous les smartphones de Cupertino, loin de là.

Pour rappel, c’est l’iPhone 5c de Syed Rizwan Farook, l’un des auteurs de l’attentat de décembre 2015 à San Bernardino qui a mis en lumière les solides sécurités intégrées aux iPhone et à iOS pour protéger les données du client, au point que même le FBI s’y est cassé les dents.
Le FBI raconte au compte-gouttes sa technique d'accès à l'iPhone 5c
Au final, l’agence a certes réussi à mettre la main sur les données contenues dans l’appareil, mais seulement après plusieurs mois de tentatives infructueuses et un appel à l’aide officiel d’Apple, qui est restée inflexible sur le sujet. Pour Cupertino, il était hors de question de dévoiler la moindre faille exploitable de ses téléphones, même si la direction d’Apple comprenait les bonnes intentions dans l’affaire : montrer qu’une faille existe, même sans la dévoiler, aurait poussé tous les hackers du monde à la course à l’exploit.
Le mode Lockdown, ou mode hardcore pour les agences ?
Dans le cadre d’une perquisition chez la journaliste Hannah Natanson, soupçonnée d’avoir participé à la fuite de documents classifiés, le FBI a saisi un iPhone, deux ordinateurs portables et une montre connectée. Et comme le rapporte 404media, le smartphone semble donner du fil à retordre aux analystes de l’agence, et le communiqué du FBI Computer Analysis Response Team est là pour en attester :
L’iPhone étant en mode Lockdown, le CART [pour Computer Analysis Response Team, NDLA] n’a pas pu extraire les données de l’appareil.
Le FBI recueille toutes les données possibles permettant de confirmer la source d’une fuite provenant du Pentagone concernant la réorganisation de l’appareil militaire américain. Soupçonnant Aurelio Perez-Lugones d’être la taupe utilisée par la journaliste, l’accès aux données du téléphone de cette dernière serait bien utile pour confirmer ces soupçons, et apporter des preuves devant la justice. Manque de chance, celui-ci « a été trouvé allumé et en charge, son affichage indiquant que l’iPhone était en mode Lockdown ».
Apple dévoile un « mode Lockdown » pour limiter au maximum les attaques sur iPhone et Mac
Ce mode, autrement appelé mode « Isolement » en français, a été créé par Apple suite à l’affaire du logiciel Pegasus mis au point par l’entreprise israélienne NSO Group. Celui-ci permettait d’entrer dans l’iPhone de la cible souhaitée sans intervention de celle-ci, simplement par l’envoi d’un message piégé. Le logiciel permettait ensuite de récupérer autant d’info que le souhaitait le commanditaire, sans se faire repérer en dehors d’unités spécialisées. Apple décrit elle même ce mode comme étant spécifiquement créé « pour réduire la surface d’attaque qui pourrait potentiellement être exploitée par des logiciels espions mercenaires hautement ciblés, certaines apps, certains sites web et certaines fonctionnalités sont strictement limités pour des raisons de sécurité, et certaines expériences peuvent ne pas être disponibles du tout ».
Grâce à iOS 12, Apple bloque les extractions de données des boîtiers GrayKey
Entre autres, la connexion au moindre appareil externe, que ce soit un ordinateur ou une clé USB, nécessite que l’iPhone soit déverrouillé pour être acceptée. Voilà qui complique la tâche au FBI, la quasi totalité des outils permettant de percer les sécurités d’Apple, comme ceux de Cellebrite ou Graykey par exemple, nécessitant d’être physiquement connecté à l’iPhone.
Les iPhone ont aussi acquis discrètement une autre fonction de protection, redémarrant l’appareil quand il n’a pas été utilisé pendant une période donnée, rendant toute tentative d’intrusion bien plus complexe.
Petite cerise sur le gâteau (ou caillou dans la chaussure, selon l’angle sous lequel on voit la chose), l’iPhone ne serait pas le seul appareil qui donne du fil à retordre au FBI : la journaliste possédait aussi un MacBook Pro, dont les autorités n’ont toujours pas réussi à faire une image du contenu pour le moment... décidément, les mesures de sécurité d’Apple semblent bien coriaces.


















