C’est le petit frisson de janvier pour les observateurs de l'écosystème Apple : la publication des chiffres d'adoption du dernier système mobile. Mais cette année, la lecture des graphiques de StatCounter a de quoi laisser pantois. À en croire le service de mesure d'audience, iOS 26 serait un véritable accident industriel, boudé massivement par les utilisateurs. Cela a donné lieu ici ou là à des articles alarmistes quant au succès du nouveau logiciel système d’Apple.
La réalité, on s'en doute, est bien plus nuancée. Et surtout, bien plus complexe qu'une simple lecture de courbes.
Le choc des chiffres : une chute de façade
Le constat dressé par StatCounter est brutal. Quatre mois après son lancement en septembre dernier, iOS 26 ne serait installé que sur 15 % du parc d’iPhone. Un chiffre famélique si on le compare à la même période l'an passé : en janvier 2025, iOS 18 trônait fièrement sur 63 % des appareils.
Si l'on suit cette logique, le taux d'adoption aurait été divisé par quatre en un an. De quoi alimenter les thèses les plus sombres sur le désintérêt des utilisateurs pour les nouvelles fonctionnalités d'Apple. Sauf que ces données ne reflètent pas la réalité des poches des utilisateurs, mais simplement l’aveuglement progressif des outils de mesure web.
Pourquoi StatCounter ne voit plus rien
Le problème n’est pas statistique, il est technique. Avec iOS 26, Apple a appliqué à l'iPhone la même recette radicale qu’au Mac depuis quelques années : le « gel » du User-Agent.
Pour protéger la confidentialité et lutter contre le fingerprinting (le pistage par les caractéristiques uniques du navigateur), Safari sur iOS 26 refuse désormais de décliner sa véritable identité aux sites web.
L’identité fantôme : Un iPhone sous iOS 26 se présente désormais aux serveurs comme un appareil tournant sous iOS 18. La conséquence : StatCounter, qui se base sur cette signature pour ses calculs, comptabilise des millions d'utilisateurs "à jour" dans la colonne des anciennes versions.
C’est le syndrome macOS Catalina : sur le web, la part de marché de cette vieille version de 2019 reste anormalement élevée car tous les Mac récents (sous Sonoma ou Sequoia) se cachent derrière cette étiquette. L'iPhone vient de rejoindre ce grand bal masqué.
La vérité est dans les applications
Pour trouver les vrais chiffres, il faut quitter le web et regarder du côté des développeurs. Des services comme TelemetryDeck, qui s’appuient sur des SDK intégrés directement au cœur des applications, n'ont pas ce problème. Ils interrogent directement le système et obtiennent la réponse brute, sans le filtre de Safari.
Le verdict est sans appel : l’adoption d’iOS 26 dépasse les 60 %, un score en parfaite adéquation avec les performances historiques d’Apple. Le "flop" n'existe tout simplement pas.
Un silence de la Pomme qui alimente le flou
On pourrait évidemment s'épargner ces débats d'experts si Apple ne se montrait pas aussi avare en données officielles. Le portail Apple Developer reste la source ultime, mais ses mises à jour sont trop rares — souvent deux ou trois fois par an.
En laissant ainsi un vide communicationnel, Cupertino laisse le champ libre aux interprétations erronées. Il n’y aurait pourtant aucun débat si Apple communiquait un peu plus souvent sur l'état de son parc, par exemple via un bulletin mensuel, plutôt que de laisser les outils web s'embourber dans des mesures devenues obsolètes par sa propre politique de confidentialité.
Bref, si vous lisez ici ou là qu'iOS 26 est un échec, vous saurez désormais à quoi vous en tenir. Apple a réussi son coup : rendre ses utilisateurs indétectables pour les publicitaires du web, quitte à fausser la perception de son propre succès. Le prix de la vie privée, en quelque sorte.











