Samsung est en train de transformer une crise mémoire en machine à cash, et tout le monde se bouscule devant sa porte – y compris Apple, qui réserve des chambres d’hôtel à rallonge en Corée pour rester dans la file. L’IA a mis le feu au marché de la DRAM, et entre un Galaxy S26 qui se prépare à coûter plus cher et des iPhone négociés chambre par chambre à Hwaseong, on voit très bien qui a le pouvoir de dire non.

Les fondeurs tiennent le marché en otage
Côté chiffres, Samsung affiche un trimestre que beaucoup de constructeurs de smartphones lui envieraient , comme le rapporte 9to5Google : 25,9 milliards de dollars de revenus pour la division RAM sur le seul Q4 2025, en hausse de 34 % par rapport au trimestre précédent. La mémoire représente désormais 40 % des ventes du groupe, avec un mix qui combine DRAM « classique » et HBM pour l’IA, de quoi le placer devant SK Hynix et Micron.
Quel pourrait être l'impact de la RAMpocalypse sur Apple ?
Ce basculement est alimenté par les besoins en HBM3E pour les accélérateurs IA : chaque H200 de Nvidia embarque huit piles de HBM, pendant que la clientèle chinoise aligne près de 3 milliards de dollars de commandes depuis l’assouplissement des règles d’exportation américaines. Sans surprise, les lignes les plus avancées sont saturées par ces produits premium, et la DRAM mobile ou serveur « standard » se fait littéralement tasser dans le planning de production.
Le résultat se lit sur les factures : certaines références de RAM ont pris jusqu’à 300 % depuis mi‑2025, et un simple module 12 Go LPDDR5X tourne désormais autour de 70 dollars pièce pour un client comme Apple. Les prix du serveur suivent la même trajectoire, avec des hausses de 60 à 70 % sur le DRAM serveur facturé en ce début 2026 par rapport au Q4 2025.
Sur le front Android, Samsung commence à préparer le terrain médiatique : Wonjin Lee, président de Samsung Electronics, parle déjà de problèmes d’approvisionnement en semiconducteurs qui « vont toucher tout le monde » et de prix « en train de monter pendant qu’on parle ». Le message est clair : le groupe ne « veut pas » répercuter intégralement la hausse au client final, mais il faudra « repenser le pricing » des produits, avec un Galaxy S26 attendu légèrement plus cher que la génération actuelle.
Apple campe en Corée, les autres suivent
Pendant ce temps selon le Times of India, à Hwaseong et Pangyo, les hôtels business vivent leur meilleure vie : Apple y a installé des équipes achats en quasi‑résidence permanente, à deux pas des usines Samsung et SK Hynix. L’objectif est simple : sécuriser des contrats de deux à trois ans pour la LPDDR5X des futurs iPhone, dans un marché où les fournisseurs, eux, préfèrent rester sur des accords trimestriels pour profiter au maximum de la hausse des prix.
Le prix de la mémoire vive en très forte hausse : +170 %, et ça ne risque pas de s'arrêter
Apple n’est pas seul à jouer les colocataires de couloir : Dell, Google et Amazon ont également envoyé leurs exécutifs planter la tente dans les mêmes hôtels pour grappiller leur part de DRAM. Les médias locaux parlent d’un « boom des semiconducteurs » jusque dans l’hôtellerie, ce qui résume bien la situation : quand les patrons des achats vivent à l’année dans le lobby, c’est que le rapport de force est clairement du côté des fondeurs.

Dans ce contexte, la mémoire pèse désormais plus de 20 % du coût de production d’un smartphone, contre environ 15 % quelques trimestres plus tôt. Pour un constructeur, les options deviennent vite désagréables : augmenter les prix catalogue, rogner sur les marges ou réduire la quantité de RAM sur certaines variantes, avec le risque de se retrouver en fiche technique au rabais face à la concurrence.
Pénurie de mémoire : des fabricants de PC s’apprêteraient à augmenter leurs prix
Apple a quelques cartes en main : une architecture iOS réputée plus efficace et des marges confortables qui lui donnent plus de latitude pour absorber une partie du choc. Mais même pour Cupertino, la présence prolongée d’équipes sur place est un aveu : à ce niveau de tension, sécuriser la mémoire devient aussi stratégique que négocier un nouvel écran ou un modem.
Une hausse des prix des Mac et des iPhone est-elle inévitable ?
Au bout de la chaîne, le consommateur joue le rôle habituel de variable d’ajustement : PC plus chers dès qu’on dépasse 16 Go, smartphones haut de gamme qui grimpent par petits paliers, et un discours marketing qui continue de vendre l’IA comme un service immatériel alors qu’elle renchérit d’abord un des composants les plus banals de la machine. Tant que la mémoire se vendra mieux dans les racks de data centers que dans les poches, les fondeurs n’auront aucune raison de relâcher la pression, et ni Apple ni Samsung n’auront intérêt à jouer les philanthropes sur les prix.











