Test du Kindle Fire HDX 8,9" d'Amazon

Stéphane Moussie |

Un million de pixels supplémentaire, 20 % plus léger, 110 € moins cher... Amazon n'hésite pas à comparer son nouveau Kindle Fire HDX 8,9" à l'iPad Air. Et pour cause, sur le papier, sa tablette propose mieux pour moins cher. Mais qu'en est-il en concrètement ? Réponse dans notre test du Kindle Fire HDX 8,9".

Une toute nouvelle tablette

Disponible à partir de 379 € avec des « offres spéciales » (nous reviendrons sur ce point plus tard), le Kindle Fire HDX 8,9" est une évolution majeure de la tablette 8,9" d'Amazon. Par rapport au modèle de l'année dernière — toujours commercialisé à 229 € —, le Kindle Fire HDX 8,9" est plus compact, bien plus léger (quasiment 200 g de perdus), plus puissant et dispose d'un écran dont la définition est encore plus élevée.

Le design a changé en conséquence. Les bordures autour de l'écran ont été réduites. Le seul point de repère pour savoir dans quel sens tenir la tablette reste la discrète caméra 720p frontale.

L'originalité de ce nouveau Kindle Fire est sa face arrière. Ses bords sont largement inclinés, ce qui donne un aspect anguleux au produit. La prise en main est assez réussie : la pliure de l'index tombe juste sur l'angle du dos et le plastique doux au toucher est agréable.

Le haut de la tablette (en mode paysage), qui est recouvert d'une bande de plastique noir brillant, accueille les haut-parleurs, la caméra de 8 millions de pixels et son flash. L'avantage du positionnement des haut-parleurs, c'est qu'on ne les obstrue jamais, quelle que soit la manière dont le Kindle Fire est tenu (contrairement aux iPad en paysage...). Le désavantage, c'est que le son est propulsé avant tout vers l'arrière du produit. La personne qui est en face de nous en profite plus. Les deux haut-parleurs stéréo sont en tout cas relativement puissants, mais saturent à volume maximal.

Les boutons de volume et de mise en route sont situés sur les côtés de la face arrière. Avec un peu d'habitude, on les trouve facilement avec son index quand la tablette est tenue en orientation paysage, mais c'est beaucoup plus laborieux dans l'autre sens. En portrait, il faut déplacer sa main et tâtonner pour localiser à l'aveugle ces boutons alors beaucoup moins pratique. C'est d'autant plus agaçant qu'on a naturellement tendance à utiliser l'appareil en portrait pour lire des livres.

La qualité de fabrication du Kindle Fire HDX 8,9" n'égale pas celle des différents iPad construits en aluminium, mais elle n'en reste pas moins satisfaisante. Les plastiques utilisés sont de bonne qualité, malgré le fait qu'ils prennent bien trop facilement les traces de doigt (différents étuis sont disponibles), et le produit est bien assemblé.

Avec son écran 8,9", la tablette d'Amazon se situe pile entre l'iPad mini (7,9") et l'iPad Air (9,7") en matière de dimensions donc, mais aussi de poids. Le Kindle Fire fait 374 g, contre 331 g pour l'iPad mini et 469 pour l'iPad Air. Il s'agit du format parfait pour ceux qui hésitent entre un « petit » et un « grand » iPad — dommage qu'on ne retrouve pas iOS à l'intérieur. Le Kindle Fire HDX 8,9" est léger, facilement transportable et son écran est grand, mais pas trop.

Un excellent écran

En parlant de l'écran, celui-ci affiche encore plus de pixels que la génération précédente qui n'en manquait déjà pas. Avec une définition de 2 560 x 1 600 pixels pour une résolution de 339 ppp, le terminal dépasse tous ses concurrents. L'iPad mini est celui qui s'en rapproche le plus avec une résolution de 326 ppp. Concrètement, l'affichage est extrêmement fin et précis, mais impossible de déceler à distance d'utilisation normale une quelconque différence avec l'écran de l'iPad mini ou de l'iPad Air.

Les pixels individuels ne sont pas distinguables à l'œil nu - clic pour agrandir

Le contraste, le respect des couleurs, les angles de vision et la luminosité sont excellents. DisplayMate, une entreprise spécialisée dans les tests d'écrans, va même jusqu'à dire que c'est le meilleur écran pour tablette qu'elle a jamais testé.

Des caméras dans la moyenne

Amazon vante aussi sa caméra arrière dotée de 8 millions de pixels, soit 3 de plus que sur iPad. Le nombre supérieur de pixels permet d'obtenir des photos plus grandes (3 200 x 2 400 contre 2 592 x 1 936), mais c'est tout. La qualité est comparable et correcte. Le fait d'avoir un flash à disposition est tout de même un avantage dans des conditions très sombres. Les fonctions traditionnelles (autofocus, HDR, panorama, rafale) sont présentes.

clic pour agrandir

La caméra frontale 720p déçoit un peu quant à elle. Elle tire vers le rouge et manque de piqué. La caméra FaceTime HD des derniers iPad est un cran au-dessus.

De très bonnes performances

Grâce à son processeur quadricœur à 2,2 GHz (Snapdragon 800) et ses 2 Go de mémoire vive, le Kindle Fire HDX 8,9" ne souffre d'aucun ralentissement. La navigation dans le système est toujours rapide et fluide. Même chose pour les jeux vidéo dont les temps de chargement sont en plus très courts. Sur Geekbench, la tablette fait un score de 2 609 points, soit quasiment autant que l'iPad Air (2 677).

FIFA 14

Le terminal dispose d'environ 12h d'autonomie. C'est là aussi dans les mêmes eaux que l'iPad Air. Concernant le stockage, le modèle 16 Go ne permet de stocker réellement que 11 Go de contenus, mais, contrairement à Apple, Amazon ne facture pas trop cher les capacités supérieures. Il y a seulement une différence de 50 € entre chaque capacité de stockage. La version 64 Go coûte ainsi uniquement 479 €.

Si le matériel est donc globalement une réussite, qu'en est-il du logiciel ?

Culture Pub

« Nous voulons faire de l'argent quand les gens utilisent nos appareils, pas quand ils les achètent », avait déclaré Jeff Bezos, le patron d'Amazon, lors de la présentation de la précédente génération de Kindle. Un credo qui explique le prix abordable de cette tablette très bien équipée et la présence de publicités dans Fire OS, le système d'exploitation. Si on veut dépenser le moins possible, le Kindle Fire HDX 8,9" coûte seulement 379 € avec des « offres spéciales ». Ces « offres spéciales » sont en fait des publicités personnalisées qui s'affichent sur l'écran de verrouillage. À chaque sortie de veille, on tombe donc nez à nez sur une publicité pour la PlayStation 4, une carafe à eau... Les réfractaires à la pub devront dépenser 15 € supplémentaires (à l'achat ou après l'enregistrement du produit) pour y échapper.

L'écran de verrouillage

En mode portrait, des « recommandations » sont affichées sous chaque application du carrousel — le carrousel liste les dernières applications ouvertes. Ces recommandations qui mènent systématiquement vers des applications similaires payantes peuvent heureusement être désactivées gratuitement dans les réglages (Paramètres > Applications > Écran d'accueil > Masquer les recommandations).

Autre particularité, la présence de boutons « Acheter » et « Offres » qui encadrent les raccourcis vers les contenus (jeux, applications, livres...). Le premier bouton mène à la boutique Amazon, tandis que le second liste les fameuses offres spéciales. Ces boutons ne peuvent pas être déplacés dans un ordre plus pratique. De manière générale, Amazon laisse très peu d'options de personnalisation. Impossible de changer le triste fond d'écran gris foncé par exemple. On peut heureusement choisir quelles applications figurent dans le carrousel et en regrouper plusieurs dans un dossier.

Écran d'accueil de Fire OS

Les critiques que l'on faisait sur le Kindle Fire HD de l'année dernière sont donc toujours valables sur ce nouveau modèle : « Après quelques heures d'utilisation, on a l'impression d'avoir payé pour avoir le droit d'acheter — ou d'ailleurs même le devoir tant Amazon met en avant sa boutique. »

La stratégie de Jeff Bezos semble en tout cas payante. Selon une étude de Consumer Intelligence Research Partners, les possesseurs américains de Kindle dépensent environ 1 230 $ (890 €) sur Amazon par an. C'est 440 $ (320 €) de plus que les personnes qui n'ont pas de Kindle.

Un système austère

Fire OS est basé sur Android, mais cela ne se voit absolument pas (hormis la barre de progression bleue du lecteur vidéo). Le système a sa propre interface qui est certainement plus simple à appréhender pour les néophytes grâce notamment à de grosses icônes et des appellations génériques. Plus simple au premier abord, mais pas forcément plus pratique à la longue. Les livres ou les jeux font par exemple disparaître toute trace d'interface système. Pour revenir à l'écran d'accueil à partir d'un livre, il faut taper une première fois au milieu de la page (un tap trop à gauche ou trop à droite emmène à la page précédente/suivante) pour qu'apparaissent le bouton de retour à l'accueil et la barre des menus. Un geste partant de la barre du bouton d'accueil vers le contenu affiche quant à lui le tiroir des dernières apps ouvertes. Une mécanique au final moins rapide que les deux boutons d'Android qui sont spécialement dédiés à ces actions.

Un geste partant du haut de l'écran vers le bas déploie une fenêtre avec des raccourcis (rotation automatique, luminosité, sans fil, ne pas déranger, aide, paramètres) et les notifications.

Amazon s'étant attaché à retirer tous les services de Google de Fire OS pour mettre les siens à la place, on retrouve logiquement l'App-Shop comme boutique d'applications par défaut. La richesse de son offre est mitigée. L'App-Shop est relativement bien servi en jeux (en tout cas mieux que BlackBerry et Windows Phone), mais il manque quelques applications importantes comme Facebook Messenger, Dropbox, WhatsApp, Instagram et toutes les apps de Google.

Mais l'absence la plus criante dans la boutique, c'est celle des navigateurs. Amazon impose en effet d'utiliser Silk, son navigateur qui fait passer toutes les pages visitées via ses serveurs avant de les afficher sur l'écran de la tablette. Cette technologie est censée afficher plus rapidement les pages web. Dans la pratique, nous n'avons pas noté une rapidité supérieure à un autre navigateur sur Android ou iOS.

Silk

En fait, Silk permet surtout à Amazon de mettre en place un système d'analyse comportementale de la navigation Internet. Une mine d'or pour cibler encore plus précisément les utilisateurs. On comprend dès lors pourquoi aucun autre navigateur n'est autorisé dans l'App-Shop. Cette limitation est d'autant plus dommageable que Silk est loin d'être parfait. Il manque notamment une fonction de synchronisation pour retrouver ses données issues d'un autre navigateur ou bien encore un mode de navigation privée.

Heureusement, Fire OS laisse la possibilité d'installer des applications provenant d'ailleurs que de l'App-Shop. Pour cela, il faut cocher une case dans les réglages (Paramètres > Applications > Applications de sources inconnues) puis trouver le fichier .APK (le conteneur des applications Android) de l'application que l'on souhaite utiliser. Ces fichiers .APK n'étant pas vérifiés par Amazon, les risques de sécurité peuvent être plus élevés en fonction de leur provenance. Grâce à cette technique, nous avons pu installer un autre navigateur plus complet, Dolphin Browser, et le client Dropbox officiel, entre autres.

Dolphin Browser sur Kindle Fire. L'application est parfaitement stable.

Si les utilisateurs avertis vont facilement profiter de cette possibilité pour combler les carences de l'App-Shop, ce n'est pas le cas des plus novices qui vont, eux, se contenter de ce qu'il y a dans la boutique officielle.

À propos des novices, Amazon propose « Mayday », une nouvelle fonction gratuite qui permet d'entrer en contact avec une personne du service après-vente directement depuis la tablette. Une bonne idée qui est toutefois réservée aux États-Unis pour le moment.

Il faut également se trouver aux États-Unis pour profiter pleinement d'Amazon Premium. En France, en dehors de la livraison en un jour ouvré gratuite à volonté, ce service payant (49 € par an) ne permet que d'emprunter gratuitement un eBook Kindle par mois parmi une sélection inintéressante. Outre-Atlantique, Amazon Premium offre en plus l'accès à un catalogue de films et de séries TV en illimité.

Pour conclure

Une bonne tablette gâchée par un mauvais logiciel, voici en résumé ce qu'est le Kindle Fire HDX 8,9". Amazon réalise quasiment un sans-faute au niveau du matériel : l'appareil est léger, fin, puissant et doté d'un excellent écran. Le tout proposé à un prix abordable pour une tablette de cette taille.

Oui mais voilà, le revers de la médaille est la propension d'Amazon à vouloir vous faire acheter n'importe quoi à longueur d'utilisation. Ajoutez à cela une boutique d'applications moins fournie que Google Play et un système austère, et l'intérêt du Kindle Fire HDX 8,9" descend en flèche. Dommage pour cette tablette qui aurait pu faire un carton complet.

Note

Les plus :

- Tablette fine et légère
- Excellent écran
- Très bonnes performances et autonomie
- Prix

Les moins :

- Système d'exploitation austère
- Boutique Amazon imposée
- Ecosystème incomplet en France
6
10

Prix :

avatar Raph77 | 
Et donc, cette tablette est sympa si on réussit à lui installer un vrai système dessus. Le dos est moche, vraiment moche.
avatar Mousse72 | 
Dans ce brillant élan à vouloir évaluer ce qui est comparable aux iPad, songez-vous à faire un banc d'essai de l'Asus Transformer T100, cet hybride qui renoue avec le netbook croisé avec une tablette.... On pourrait aussi citer la Dell Venue 8 (et son vrai stylet).... Cela nous donnerait votre apprèciation des processeurs Bay trail amenant aux tablettes en X86 une puissance et une autonomie comparable aux processeurs ARM...

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