L’Autriche se passionne actuellement pour l’affaire Pilnacek, où une montre connectée pourrait livrer les secrets d'une mort mystérieuse. Mais il n’est pas nécessaire de franchir les Alpes pour voir la technologie s’inviter dans le prétoire. En France, l’enquête sur la « fausse rétractation » de Ziad Takieddine a également pris une tournure très technologique.
Une montre connectée, un chalumeau et un cadavre : l’affaire autrichienne au parfum de polar
L’affaire Carla Bruni, mise en examen pour son rôle suspecté dans cette opération visant à blanchir Nicolas Sarkozy, en est une illustration parfaite : ce n'est pas une dénonciation humaine, mais son propre iPhone qui a fini par mettre à mal sa ligne de défense.
L’alibi de l'écran cassé face au vide matériel
Pour justifier l’usage d’une seconde ligne téléphonique « occulte », ouverte sous le nom d'emprunt « Alexandre », la chanteuse a avancé une explication très domestique : un accident de vélo elliptique survenu durant les vacances de la Toussaint 2020. L’écran de son iPhone principal se serait brisé, le rendant inutilisable et l’obligeant à trouver une solution de secours.
Un détail, relevé par les juges, fragilise pourtant cette version : Carla Bruni a été incapable de fournir la moindre facture de réparation ou de remplacement de l'appareil. Face à ce flou matériel, les experts en cybercriminalité ont préféré interroger les composants de l'iPhone lui-même.
L’application Santé, ce témoin qui ne dort jamais
C’est le point le plus cruel pour l'alibi. Les enquêteurs ont analysé les données de l’application Santé de l'appareil. Intégrée nativement à iOS, elle agrège les données des capteurs de mouvement (accéléromètre, gyroscope) pour compter les pas et monitorer l’activité physique.
Les conclusions du Parquet National Financier sont sans appel : les courbes d'activité montrent que le téléphone bougeait « très souvent » et accompagnait sa propriétaire dans tous ses déplacements durant la période supposée de la panne. Un iPhone dont l'écran est brisé au point d'être illisible finit généralement dans un tiroir ou en centre de maintenance, pas dans une poche pour une promenade.
Le « Cloud » et les logs : la trace indélébile
Au-delà des mouvements physiques, c’est l’activité système de l’iPhone qui a parlé. Un assistant spécialisé en cybercriminalité a analysé la sauvegarde de l’appareil et a relevé une activité numérique intense :
- Connexions réseaux : Des accès réguliers à des bornes Wi-Fi et des partages de connexion incessants.
- Flux de données : Des synchronisations régulières avec iCloud pour les photos et les contacts.
- Consultation d'apps : Des sessions de lecture sur des applications de presse (comme celle du Figaro).
La réalité du silicium
En informatique, le principe de « non-répudiation » est fondamental : il est difficile de nier une action quand elle est enregistrée avec un horodatage précis par un système sécurisé. Pour les juges d'instruction, la conclusion est technique avant d'être juridique : « Nous ne constatons aucune rupture dans l’utilisation habituelle du téléphone ». Entre la version humaine (l'accident sans facture) et la version machine (le log d'activité), la justice a choisi la seconde. L’alibi se retrouve aujourd'hui bien plus ébréché que l’écran de l'iPhone.
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