Presse sur l'App Store : les médias français en appellent à Bercy

Florian Innocente |

La lune de miel entre Apple et la presse française est consommée. Enthousiaste - car en partie concernée au premier chef - au moment de la sortie de l'iPad, les médias français expriment aujourd'hui leur mécontentement alors que se profilent les nouvelles conditions d'Apple relatives aux abonnements sur l'App Store.

La Tribune, comme ses homologues, annonce que trois syndicats (presse quotidienne nationale et régionale, presse magazine) vont demander à la ministre de l'Économie Christine Lagarde de saisir l'Autorité de la concurrence au vu des intentions d'Apple.

Denis Bouchez, directeur général du Syndicat de la presse quotidienne nationale s'alarme du fait qu'Apple veuille interdire à ses adhérents de proposer des abonnements en dehors de l'iTunes Store “c'est toute la stratégie des éditeurs de proposer des offres multisupports (papier, web, smartphones, tablettes) qui tombe. Si on ajoute aux 30% de commission qu'entend réclamer Apple, les 19,6% de taux de TVA sur les biens numériques, il coûtera plus cher de distribuer son journal en version numérique qu'en version papier !».

Les quotidiens utilisent actuellement deux systèmes. S'ils ont parfois adopté le système In-App (où Apple prélève ces 30%) pour des ventes de numéros à l'unité, s'agissant des abonnements leurs applications renvoient vers le site web où sont proposées les différentes formules. Le lien entre l'abonné et le journal est ainsi maintenu. Libération et le Figaro procèdent ainsi. Mais dans ce cas, Apple ne prélève rien.

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Jusque-là Apple a eu une réaction ambiguë, fermant les yeux dans certains cas (en France notamment) ou refusant de valider une application dans d'autres comme le célèbre Sports Illustrated aux Etats-unis (lire Presse sur iPad : un nouveau chapitre va s'ouvrir).

Mais elle entend maintenant mettre les choses au clair et définir un modèle précis. Rien n'a été officiellement annoncé, mais officieusement, affirme cette fois Les Echos, les éditeurs commencent à en savoir plus (lire aussi Presse sur iOS : Apple serre la vis). Apple France aurait contacté les intéressés pour évoquer les règles à venir.

Les principaux éditeurs français ont été contactés de façon très officieuse en fin de semaine dernière par la firme à la pomme, qui leur a annoncé son intention de modifier sa politique. Il s'agit d'interdire la possibilité de s'abonner sur l'iPad par le biais d'Internet ou même de proposer des offres couplées Internet-tablette, en dehors d'iTunes. Cette disposition entrerait en vigueur dès mars.écrit Les Echos, et une période de grâce de six mois serait accordée le temps de s'y conformer.

Un second dossier agite les éditeurs, celui des tarifs pratiqués sur l'App Store. Les paliers sont jugés trop rigides, mettant parfois le numéro en numérique plus cher que son pendant papier. Un tarif intermédiaire de 0,99€ est réclamé.

Cependant Apple pourrait concéder des aménagements sur ce point affirme la rumeur et sur d'autres, comme le partage d'infos relatives aux abonnés. L'inconvénient de l'App Store, pour les journaux, est aussi qu'il agit comme un rempart entre eux et leurs lecteurs. À partir du moment où les abonnements passeront uniquement par iTunes, il sera impossible pour les éditeurs d'établir un contact avec ces abonnés et, partant, de conduire les habituelles campagnes marketing ou d'en savoir plus sur leur profil.

L'initiative française n'est pas isolée, le ministre belge de l'Économie a déjà demandé aux instances de la concurrence du pays d'examiner ces exigences d'Apple de tout faire passer par iTunes afin de voir si elles n'entrent pas dans le cadre d'un abus de position dominante et, en le cas échéant, de s'en ouvrir à la Commission Européenne.

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avatar snark | 
Concernant le besoin d'une plus grande granularité dans les prix sur l'App Store... Là oui, ça semble légitime
avatar bde245 | 
Je ne comprends pas le problème. Il suffit aux journaux d'avoir une iApp gratuite qui comprend un renvoi vers leur site lui aussi gratuit. Et sur le site une webapp avec un lien à installer sur son iphone, qui propose et gère les abonnements. Une fois encore on accuse Apple de verrouiller le système alors qu'en fait, Apple fait simplement payer la commercialisation par son magasin = j'imagine que si quelqu'un ouvre un stand en plein milieu d'un hyper Carrefour, 30% sur le chiffre d'affaires serait l'ordre de grandeur du prix à payer... Et Carrefour n'offrirait pas un stand gratuit à quelqu'un qui lui dirait = "en fait mon stand chez Carrefour ne vend rien, je redirige les clients sur internet"
avatar Bastienzz | 
J'ai du mal a comprendre la réaction de certains : où est donc l'abus de position dominante dans ce cas ? Apple ne fait que proposer un canal de distribution supplémentaire. Personne ne les oblige à l'utiliser. Ils peuvent très bien continuer de proposer des abonnements à des accès privilégiés sur leur site. Quant aux 30 %, moi ce que je déduis c'est qu'une fois le mag mis au format, ils récupèrent 70 % du prix de vente. Je doute fortement que ce soit le cas lorsqu'ils vendent un mag papier. Et encore une fois, ils nous ont seriné pendant des années, pour justifier les augmentations de prix, que ce qui coutait cher dans un magazine c'était le papier et la distribution. Là tout d'un coup c'est plus le cas : il faut qu'on m'explique pourquoi (Mais j'ai mon idée). Le problème de la presse, ce n'est pas l'iPad, c'est l'internet et la mise à disposition gratuite des infos à laquelle ils ont du se résoudre. L'iPad est une opportunité de recréer un modèle économique rentable et ils feraient mieux de s'en accaparer, sinon je vois mal leur avenir. Et ils auront bien du mal à convaincre qui que ce soit que le prix du numéro doit être le même que le papier et qu'un bénéfice de 70 % n'est pas suffisant.
avatar valentin. | 
il y a déjà un article dessus mais en France où le TVA pour les contenus numériques est bcp plus chers que la presse papier, même en comptant sur la distribution par des kiosques qui prennent leur part de bénéfice, la distribution sur iDevice est déjà plus chère que le format papier. Avec cette nouvelle réglementation, cette presse va devoir rajouter 30% de commission pour Apple sur sa facture déjà très salée.
avatar Thunderfury | 
Hum. Cela a été dit, mais si l'état français juge que les ebook et ejournaux doivent avoir une TVA à 19,6, c'est bien sur la faute d'apple. Les groupes de presse ne sont aucunement forçés d'en passer apr l'ipad: ils peuvent déserter la plate forme s'ils le veule. Après tout, Archos existe. Je rapelle même que l'éditeur Barnes & Noble, pour ne dépendre de personne, est allé jusqu'à créer sa propre tablette, le nook (http://www.barnesandnoble.com/nookcolor/?cds2Pid=30919). Qu'attendent nos vaillants editeurs pour en faire autant? Pour abandonner sans remord et regret, l'ipad, voire même pour en interdire l'accès à leurs site web (avec du flash, par exemple...) Mince, je sais: il faudrait se sortir le doigt du C.., mais en bon franchouillards, ils vont aller chialer dans le giron de papa Etat que le méchant américain apple leur fait des misères... Vos savez combien demande un éditeur au nom de biscuit pour équiper une seule classe de collège ou lycée avec ses manuels électroniques ? 1200 euros... Les groupes de presse ont creusé leur propre tombe, mais ils ont trouvé un "book" émissaire (j'en suis content, de celle là ;-) à leurs infortunes communes (ou presque: c'est marrant, le canard enchainé, lui, n'a pas de pb financiers....). Maintenant, Apple abuse, en effet, en voulant interdire les abonnements via web: la propension d'apple à vouloir limiter/contrôler l'accès au web est inquiétante, à terme. Peut être que sa façon de changer les règles du jeu en cours de partie n'est pas acceptable. La réaction de l'état sera instructive. Je rappelle toutefois que personne ne vient vous poser un pistolet sur la tempe pour acheter un ipad.
avatar bberu | 
N'oublions pas que dans cette histoire le problème majeur n'est pas l'histoire des 30%, même si les éditeurs nous font croire ça. En réalité ce qui gêne les journaux c'est qu'avec le système d'APPLE, ils ne pourront PLUS savoir qui est l'abonné, et là le manque à gagner est considérable. Ce que les journaux doivent négocier c'est le fichier client, car sans lui.... Imaginez AMAZON qui ne saurait pas ce que vous avez commandé, comment ferait-il pour vous "conseiller" des achats ???? Mais bon, ce n'est pas très sain sur un plan marketing que notre chère presse nationale dévoile ses vraies intentions...
avatar Mr G | 
j'adore, la presse attendait l'ipad pour se relancer. par contre ils ne sont apparemment pas prêt a en payer les frais. Ils veulent l'ipad et les revenus qui iront avec, mais sans avoir a payer. iTunes a bien aidé l'industrie musicale alors que la presse arrête de râler un peu ...

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