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Nous avons testé Adios, le bloqueur de pub ultime pour iOS 9

Stéphane Moussie

Friday 07 August 2015 à 15:44 • 71

iOS

Les bloqueurs de pub sont à l'aube d'une nouvelle ère. En introduisant l'API Content Blocking dans iOS 9 et El Capitan, Apple leur donne les moyens de fonctionner efficacement et presque partout. Nous avons testé Adios, un des premiers ad blockers pour iOS 9.

Adios, simple comme bonjour

L'utilisation d'Adios est enfantine. Une fois l'application installée, il faut se rendre dans les réglages de Safari pour l'activer (Réglages > Safari > Bloqueurs de contenu). Ensuite, on ouvre Adios, on tapote sur le bouton « Block some ads (FR + EN) » et c'est tout. Quand on retourne dans Safari, toutes les pubs sont bloquées. Redoutable.

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Dans la version alpha d'Adios que nous avons entre les mains, ce sont les mêmes listes par défaut qu'AdBlock Plus et la plupart des bloqueurs qui sont utilisées : EasyList EN + EaysList FR. Il y a tout de même une différence, la liste EasyList EN intégrée est expurgée des règles pour les sites pornographiques. Pourquoi ? Parce que malgré le nombre faramineux de règles qui peuvent être prise en compte (il y en a 50 000 dans notre version d'Adios), il y a une limite, et inclure les filtres pour les sites pornos reviendrait à la dépasser.

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Sur iPad. Avant / Après - Cliquer pour agrandir

Bien que nous ayons une version alpha d'Adios, le blocage des publicités et des scripts fonctionne de manière très efficace dans Safari. Le blocage est rapide et prend en compte la quasi-totalité des pubs.

AdBlock Plus injecte notamment du code CSS pour masquer les annonces, ce qui a un impact négatif sur les performances. L'API Content Blocking a, elle, un fonctionnement bien différent. Les bloqueurs qui en tirent parti fournissent un fichier JSON à Safari spécifiant quels contenus bloquer. Le navigateur prend ensuite en compte ces règles et bloque lesdits contenus. Armand Grillet, le créateur d'Adios, détaille le processus :

Safari compile la liste une seule fois, quand vous cliquez sur le bouton dans Adios (c'est pour ça que ça prend quelques secondes). Le fichier JSON est transformé en du code natif qui est inclus à Safari, les performances sont donc excellentes car la liste de règles JSON n'est "lue" qu'une seule fois et pas à chaque chargement de page. C'est plus qu'une simple extension au-dessus d'un navigateur comme on en a l'habitude.

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La version alpha d'Adios que nous avons est rudimentaire (seulement un bouton pour compiler la liste), mais son développeur prévoit des fonctions en plus et un système de mise à jour des listes dans la mouture finale :

Adios ne téléchargera que la différence entre les règles sur l'appareil iOS et le contenu à jour sur CloudKit donc ça ne sera que quelques dizaines de Ko téléchargés tous les jours pour maintenir le bloqueur à jour.

Si l'on veut ouvrir une page sans le bloqueur, mais sans pour autant le désactiver totalement, Safari dispose d'une option. Il faut pour cela appuyer longuement sur la flèche de rechargement et tapoter sur « Recharger sans les bloqueurs de contenu ».

Au-delà de Safari

Notre version d'Adios ne fonctionne qu'avec Safari pour le moment, mais à terme le blocage de contenu concernera aussi les vues web intégrées aux applications. Quand vous ouvrirez un lien dans Twitter ou Facebook, le navigateur interne bloquera la pub, comme Safari.

Il y a tout de même une condition importante pour que cela fonctionne : les applications doivent prendre en charge la nouvelle classe SFSafariViewController. La classe UIWebView utilisée sous iOS 8 n'est pas compatible et elle sera toujours disponible dans iOS 9. Cela veut donc dire que tous les navigateurs internes ne bloqueront pas la pub, du moins tant qu'Apple n'obligera pas à passer à la nouvelle classe.

« Les applications comme Adios vont créer une disruption sur le marché de la publicité »

Pourquoi, au fait, créer un bloqueur de pub ? Les motivations d'Armand Grillet sont les mêmes que celles de Dean Murphy, un autre développeur qui a annoncé récemment travailler lui aussi sur un ad blocker. Le premier « ne [croit] plus au Web actuel et ses publicités intrusives », le second veut « refaire de la navigation web avec un iPhone et un iPad une super expérience. »

Étudiant en cloud computing, cette application représente aussi un beau challenge pour Armand Grillet : « c'est un bon moyen pour apprendre à gérer CloudKit et des centaines de milliers d'enregistrements avec une deadline très serrée et des utilisateurs exigeants. »

Le développeur ne fait pas ça pour l'argent. Adios sera téléchargeable gratuitement, sans achats in-app ni publicité. « Toute ma plateforme de gestion des règles a été construite pour ne pas me coûter un centime tout en étant scalable (par exemple via l'utilisation massive de CloudKit). »

En fait, il est convaincu que l'arrivée d'applications comme Adios « va créer une disruption sur le marché de la publicité en ligne, ce qui est selon moi bénéfique sur le long terme. » Autrement dit, il espère que la presse en ligne va changer de modèle économique, essentiellement basé sur l'affichage de publicité aujourd'hui. « Je veux juste être acteur du changement ! »

La démocratisation des bloqueurs de pub sur les ordinateurs, (près d'un américain sur deux utilise un logiciel de ce type, selon une étude du Reuters Institute for the Study of Journalism) a déjà fait beaucoup de mal à la presse.

À cause de revenus publicitaires en chute libre, des sites ferment (Jeuxvideo.fr et Laruche.com dernièrement), d'autres se font acheter pour une bouchée de pain (Numerama acheté pour 1 € symbolique), d'autres prennent la voie de l'audience à tout prix. Il y a aussi ceux qui, comme Gamekult récemment, tentent la voie du payant pour échapper à la course au clic qui nivelle la qualité par le bas.

Pas plus tard qu'hier, comme pour anticiper l'arrivée des ad blockers sur iOS, Mac4Ever a fait le point sur sa situation et annoncé une nouvelle mesure :

Si un lecteur utilise un AdBlocker sur Mac4Ever, nous allons bientôt lui afficher un petit encart humoristique et explicatif lui proposant, soit de mettre le site sur liste blanche, soit de prendre un abonnement VIP.

La balle est désormais dans le camp des lecteurs. Si Mac4Ever continuera probablement de vivre encore de nombreuses années, peu importe le modèle choisi, c'est maintenant à vous de nous donner les moyens (ou non) de nous développer.

Le mobile est en pleine expansion et largement épargné par les bloqueurs actuellement. 37 % des Français utilisent leur smartphone pour lire l'actualité au moins une fois par semaine. Aux États-Unis, la majorité des 50 sites d'info les plus visités ont une audience sur mobile supérieure à celle sur ordinateur, d'après une étude du Pew Research Center. Pour prendre un exemple concret, 50 % des visites mensuelles sur iGeneration sont réalisées sur mobile. Étendre les bloqueurs à iOS 9 reviendrait à porter l'estocade finale.

Apple News

Mais est-ce qu'Apple va prendre le risque de se mettre à dos toute la presse ? Après tout, il n'y a aucune mention de la publicité dans l'article d'introduction à Content Blocking du projet WebKit, ni dans le reste de la documentation. Interrogée, Apple ne nous a pas donné de réponse.

Armand Grillet, lui, est très confiant. En contact avec les principaux ingénieurs de Cupertino travaillant sur cette API, il est au courant des rouages du dispositif. Selon lui, plusieurs éléments prouvent qu'Apple est en train de créer une API faite pour avoir des applications similaires à AdBlock sur les appareils iOS.

ll cite la copie de toutes les fonctionnalités prises en comptes par les règles AdBlock : « la syntaxe des règles pour iOS accepte quasiment tout ce qui existe en règles AdBlock. » Il y a aussi la prise en charge d'un nombre considérable de règles ou encore la possibilité de mettre à jour les listes depuis une extension. « Cela veut dire qu'on peut utiliser Safari, voir un site qui bloque la navigation avec une balise div "Vous utilisez un bloqueur de pub, c'est le mal !", utiliser l'extension pour désactiver le bloqueur sur ce site et ainsi pouvoir visiter ce site facilement », explique-t-il.

Aux médias mécontents, Apple pourra répondre : « Venez sur notre formidable plateforme Apple News qui vous rapporte 100 % des recettes publicitaires, ou 70 % si vous utilisez iAd. » Car Apple News est en dehors du champ d'action des bloqueurs. En tout cas, pour les journaux qui joueront pleinement le jeu et soumettront leurs articles en entier au service (il y a sinon un navigateur interne pour lire la suite des articles tronqués). Redoutable, on vous dit.

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