Timeline : l'iPhone il y a 10 ans

Il y a 10 ans naissait l'iPhone. Personne n'imaginait à quel point ce petit téléphone allait tout bouleverser sur son passage.

iOS : un empire sans commune mesure

Il y a un petit fantasme dans les milieux financiers : voir une société avoir une capitalisation boursière dépasser le "trillion", les mille milliards de dollars. À ce petit jeu, Apple est actuellement la mieux placée puisque sa capitalisation boursière est de 638,5 milliards de dollars. D’autres acteurs de la high-tech sont bien positionnés aussi. Beaucoup d’analystes misent notamment sur Alphabet (562 milliards), Microsoft (500 milliards) ou encore Amazon (379,6 milliards).

En attendant de savoir si Apple sera la première société à franchir cette barre symbolique, elle devrait en franchir une autre dans le courant de l’année. L’empire iOS, qui a vu le jour il y a dix ans avec la présentation du premier iPhone, devrait en matière de chiffre d’affaires dépasser le cap des mille milliards de dollars cette année.

Horace Dediu

Selon les calculs d’Horace Dediu, les ventes de produits iOS (il inclut l’Apple Watch et l’Apple TV avec l’iPhone, l’iPad et l’iPod touch) devraient dépasser en milieu d’année les 980 milliards de dollars. Si l’on ajoute à cela les 100 milliards de dollars qu’ont générés les services relatifs à iOS, le compte est (plus que) bon.

L’analyste qui a publié son billet avec le titre « le premier trillion est toujours le plus dur » estime que les choses devraient s’accélérer à l’avenir. En 2018, Apple est bien parti pour franchir un autre cap, celui des 2 milliards d’appareils iOS vendus ! Rappelons que le milliardième iPhone a été vendu en juillet dernier.

Le milliardième iPhone vendu (ou celui qui le symbolise).

De tels chiffres expliquent à eux seuls pourquoi Apple investit tant d’énergie dans sa plate-forme dominante, quitte à déprécier le Mac qui bon an mal an ne se porte pas si mal (lire : Les ventes de Mac à nouveau en hausse ?) .

Horace Dediu a étudié la puissance de l’empire iOS. D’après ses calculs, sur les 1,6 milliard de terminaux iOS vendus, 600 millions d’iPhone sont encore « en activité ». Si l’on part du principe qu’un iPhone est déverrouillé 80 fois par jour, on dénombre 48 milliards de sessions iPhone par jour. Si l’on ramène cela sur un an, on atteint 17,5 trillions de sessions. Vertigineux !

Les empires naissent, dominent, puis finissent par se détricoter. Mais pour l’ancien analyste de Nokia, l’empire iOS est beaucoup plus fort et résilient que les précédents empires qu’a connus l’industrie high-tech.

Nokia qui apparaissait comme indépassable avant l’émergence des smartphones tactiles ? Sa domination reposait essentiellement sur ses téléphones. Le Finlandais n’avait pas un écosystème de services et de logiciels comme Apple. BlackBerry, qui avait à une époque une base d’utilisateurs fidèles, proposait trop peu de fonctionnalités et s’est par conséquent rapidement fait remplacer.

Le cas le plus similaire, selon lui, est probablement Windows. Comme le système d’exploitation de Microsoft, iOS s’est également forgé au fil des années une position solide dans le monde de l’entreprise. Toutefois, les business models sont très différents. Microsoft vendait seulement du logiciel alors qu’Apple propose un package complet.

L’autre empire du moment, c’est Android, mais il s’agit d’un empire très fragmenté sur lequel Google a beaucoup moins de prises qu’Apple en comparaison. D’autre part, Horace Dediu estime qu’il y a plus de chance que des personnes passent d’Android à iOS que le contraire, en raison de la qualité de l’écosystème plus que du matériel selon lui.

Selon lui, il ne faut pas s’attendre pour cette deuxième décennie de l’iPhone à un big bang, une révolution comme certains aiment à dire, mais à des améliorations continues. Le marché des smartphones étant quasiment saturé, la mission d’Apple est double : pousser les gens à switcher d’Android à iOS et étendre l’empire iOS avec des accessoires intelligents. L’Apple Watch, le Pencil ou les AirPods s’inscrivent dans cette optique !

Tony Fadell : dans les coulisses de la création de l’iPhone

Les prototypes d’iPhone et les deux interfaces qui ont récemment fuité ont fait sortir de sa tanière Tony Fadell, principal artisan de l’iPod. Plus précisément, il lève un coin du voile entre le projet P1 — « l’iPod Phone » —, et le projet P2 cornaqué par Scott Forstall, celui qui a été choisi en bout de course (lire : Les prototypes d’iPhone P1 et P2 réunis dans une vidéo).

Le « père » de l’iPod a voulu remettre quelques pendules à l’heure concernant le prototype P1 et l’esprit de compétition qui régnait à l’époque, alors qu’Apple cherchait à développer son téléphone. Dans une entrevue à The Verge, Tony Fadell explique que la concurrence se faisait surtout au niveau des idées ; les équipes travaillaient ensemble à l’époque.

Il indique qu’il y avait « 16 ou 17 concepts différents ». « Parfois, les choses stupides ne semblent stupides qu’au début, dès que vous travaillez dessus elles deviennent en fait bien plus intéressantes », explique-t-il. Et il est vrai que reprendre la molette et l’interface de l’iPod sur un grand écran tactile ne semble pas, sur le papier, très pertinent.

Le prototype Wallaby, branché à un Power Mac G3 afin de simuler la partie matérielle de l’iPhone.

Fadell déroule la chronologie de cette idée. Au départ, l’idée était d’améliorer la lecture de vidéo sur l’iPod : « Intégrons un grand écran sur l’iPod, retirons la molette et faisons-la virtuelle, comme ça vous avez un grand écran pour regarder des vidéos et des photos. La molette dérangeait et nous ne voulions pas faire un appareil plus grand, mais simplement avoir un écran plus grand ».

Il y a ensuite eu cette idée de « l’iPod Phone », dans lequel l’écran reste grosso-modo de la taille des dalles du baladeur classique (ou « un design d’écran comme en faisait Nokia »). La molette tactile est toujours présente. « Ce qui n’a pas du tout fonctionné, c’est qu’il était impossible de composer un numéro. Comme 1, 2, 3, comme sur un téléphone à cadran classique ». Voilà qui évoque bien sûr la blague de Steve Jobs lors de la présentation de l’iPhone :

« Tout le reste fonctionnait, mais la seule chose qui n’allait pas, c’était pour faire un numéro. C’était peu maniable. Ça ne fonctionnait pas ». L’idée est cependant restée et comme on l’a vu, le concept a été creusé au moment d’imaginer l’interface de l’iPhone. Steve Jobs y tenait, même si Tony Fadell et son équipe ne voulaient pas perdre de temps avec cette idée.

« Nous avons tout essayé. Nous avons essayé de mettre des petits boutons sur la molette sur lesquels on pouvait cliquer. Il y avait un téléphone Nokia avec ce clavier circulaire avec les chiffres, et Steve nous disait : “Faites en sorte que ça marche” ». En l’occurrence, le modèle devait être le Nokia 3650 qui n’a pas eu beaucoup de succès :

Tony Fadell confirme qu’il y avait deux systèmes qui se concurrençaient en interne : l’un sous Linux, qui était supervisé par Jon Rubinstein avant que Fadell prenne la direction de la division ; l’autre basé sur OS X géré par Avie Tevanian et Scott Forstall. « J’ai “tué” le projet Linux, parce que je savais qu’il y avait quelque chose de bien meilleur à faire (…) À l’époque, j’étais convaincu que nous pouvions aller de l’avant avec Purple OS [l’ancêtre d’iOS] ».

Cette obstination et cette volonté d’aller le plus loin possible dans le développement de produits — quitte à tout bazarder ensuite — ont survécu à Steve Jobs. Phil Schiller a, à plusieurs reprises, déclaré qu’Apple avait développé des Mac avec des écrans tactiles afin de confirmer l’intuition selon laquelle ça ne fonctionnait pas (lire : Pour Phil Schiller, le Mac est une « expérience tactile à temps partiel »).

En termes de matériel, le choix du processeur ARM est venu assez naturellement. « C’est venu de l’iPod », confirme Fadell. « Plus tard, bien après que l’iPhone a connu le succès, Steve a essayé de faire le switch vers Intel » (le CEO avait effectivement envisagé une puce Intel pour l’iPad). Mais le choix s’est d’abord porté sur ARM en vertu de l’héritage du baladeur, « parce que nous nous sommes appuyés sur l’iPod ».

« Je ne sais pas si nous avions un produit gagnant, je pense que nous avions un design gagnant », conclut-il. Il était clair que l’équipe avait entre les mains quelque chose qui avait du potentiel. L’histoire s’est ensuite chargée de prouver à quel point Apple avait vu juste — et combien ces efforts ont été payants.

D'où vient l'interface de l'iPod Phone ?

La fuite des prototypes étonne Tony Fadell dans le sens où le système “iPod” tel qu’on le voit n’a jamais été adapté à un écran tactile et encore moins sur un iPhone. Les équipes en charge de l’interface utilisaient Director, un logiciel Mac, et « il n’y avait aucun appareil de démonstration ».

Une ou plusieurs personnes ont donc pris le temps d’adapter cette interface à l’iPhone, sans doute « pour le plaisir », s’amuse Fadell qui note la présence d’éléments graphiques portant la signature de design Aqua qui était commune sur OS X à l’époque. Mais « jamais nous n’avions quelque chose comme ça chez Apple quand nous prenions des décisions ».

Les prototypes d'iPhone "P1" et "P2" réunis dans une vidéo

Sonny Dickson a publié une vidéo montrant deux prototypes d'iPhone à un stade très préliminaire de leur développement. On y voit les ébauches crues des deux systèmes qui étaient alors en compétition chez Apple, P1 réalisé par l'équipe iPod de Tony Fadell et P2 supervisé par Scott Forstall qui aura en définitive le dernier mot.

Dickson explique que ces deux iPhone étaient très sommaires, l'écran était en plastique (ce qui a failli être le cas sur le modèle commercialisé avant que Jobs ne se ravise et préfère le verre de Corning moins prompt aux rayures), le bouton Home ne marchait pas et les chanfreins sur les côtés du téléphone étaient grossiers. Même éteindre ces téléphones était compliqué à ce stade.

Chacun des deux iPhone utilise l'OS de travail du moment baptisé Acorn. Celui qui reprend les principes de l'interface d'un iPod se lance bien plus vite car plus léger de nature.

L'autre teste l'idée d'une navigation tactile, sans tentative de réutiliser le principe de la roue du baladeur. Son interface est toutefois ultra basique (il n'y pas de pincer pour zoomer par exemple, rien que de gros boutons).

Tony Fadell a contesté, dans un tweet envoyé après la sortie de cette vidéo, l'idée d'une "compétition" entre les deux équipes. Il s'agissait plutôt, dit-il, d'un travail commun, pour trouver la meilleure solution. Steve Jobs ayant demandé de tester toutes les approches possibles.

Photos et vidéo de l'interface qui n'a pas été choisie pour l'iPhone

Les captures d'écran et la vidéo suivantes montreraient l'interface sur laquelle planchait l'une des deux équipes qui cogitaient sur ce qui allait devenir l'iPhone. Sonny Dickson a publié plusieurs de ces visuels sur son blog.

Il parle d'un prototype d'iPhone, que l'on ne voit pas à l'image, avec un châssis aluminium, un écran multitouch, une puce 2G et du Wi-Fi. Sauf que l'interface n'a aucun point commun avec celle qui a finalement vu le jour. Celle qui est montrée ici, dans un stade très préliminaire de son développement, s'appuie très largement sur les principes popularisés par l'iPod.

On a le même système de menus hiérarchiques, qui occupe la partie supérieure de l'écran, agrémentée de l'indication de la charge de batterie et des barres de signal cellulaire. Au centre, une barre de boutons réunit les contrôles de navigation et de lecture de l'iPod autrefois répartis tout autour de sa roue. La dite roue est symbolisée de façon très stylisée dans la seconde moitié de l'écran.

C'est l'interface des premiers iPod adaptée, sans trop de subtilités et avec une ergonomie laborieuse, à un grand écran tactile. Il y a des menus Music, Contacts, Composer (un numéro), SMS… Dans ces images, on voit que le système est baptisé "Acorn OS", qu'il est en version 1.0d1 et qu'il tourne sur un appareil avec une capacité de stockage de 384 Mo.

Ces images correspondent assez bien à une description qu'avait faite Wired dans un article de 2008 sur la genèse de l'iPhone. Un prototype fabriqué sur la base d'un iPod, avec la roue tactile comme interface pour choisir un numéro de téléphone ou en composer un. Ici on a affaire à quelque chose d'un peu différent, ou de plus évolué puisque basé sur une interface plein écran.

On sait aussi que Steve Jobs avait fait travailler deux équipes concurrentes ("Purple 1" et "Purple 2"). La première était emmenée par Tony Fadell, elle était partie d'un iPod et avait réfléchi à utiliser Linux. L'autre — qui eut le dernier mot lorsque fut arrivé le moment de choisir — était pilotée par Scott Forstall et elle avait préféré utiliser un OS X allégé.

Lors de la présentation de l'iPhone, Jobs avait plaisanté en expliquant qu'Apple avait planché sur un iPhone équipé d'un cadran à l'ancienne. Pas complètement absurde…

[MàJ] Tony Fadell a confirmé qu'il s'agissait bien d'images légitimes et d'une base de travail logicielle mélangeant iPod et iPhone, à destination des designers de l'interface. « Vous voyez pourquoi on ne l'a pas retenue ? conclut-il.

L'iPhone a aussi révolutionné les forfaits DATA

L’iPhone soufflera l’année prochaine sa dixième bougie. Pour cette timeline, je suis assez tenté de vous présenter son prédécesseur : un Palm Treo. Ce sera sans doute l’objet d’un futur billet. Je ne suis pas le seul à avoir utilisé cet appareil avant qu’Apple dévoile son terminal. En attendant, vous pouvez toujours lire notre test de 2005 consacré à cet appareil. À l’époque, j’ai eu également entre les mains un modèle de HTC sous Windows Mobile que j’avais reçu par hasard.

Mon opérateur de l’époque, Bouygues Telecom, me l’avait livré alors que je n’avais rien demandé. Je les avais alors contactés pour qu’ils viennent le récupérer, chose qu’ils n’ont jamais faite. Au bout de quelques mois, par curiosité, j’avais fini par ouvrir le carton et insérer ma carte SIM.

Au début et au milieu des années 2000, une certaine presse misait gros sur le système d’exploitation de Microsoft, qui allait selon eux tout rafler. C’était une véritable usine à gaz. Le Tréo, pour lequel j’avais beaucoup de sympathie, était bourré d’imperfections. Son logiciel système me faisait penser à l’ancien Mac OS à la fois pour ses bons côtés comme sa simplicité d’utilisation et pour ses mauvais côtés, notamment sa gestion de la mémoire qui était déplorable. Il fallait parfois retirer la batterie pour faire redémarrer le terminal. Rien que pour ça, je n’en ai jamais voulu à Apple quand j’ai appris que la batterie de l’iPhone n’était pas amovible. Mais malgré tout, ce Tréo, je l’aimais bien.

Quels que soient les appareils, la synchronisation au Mac était une affaire assez compliquée. Il fallait passer par les outils de The Missing Sync. Et si l’on critique l’App Store parfois pour ses lenteurs ou son moteur de recherche, c’est un vrai bonheur par rapport à toutes les étapes qu’il fallait accomplir pour payer puis installer une app, une véritable corvée !

Mon téléphone HTC Windows que j'ai utilisé quelques mois avant l'iPhone
Mon téléphone HTC Windows que j'ai utilisé quelques mois avant l'iPhone

Je me souviens également en 2006 avoir regardé du côté de BlackBerry, mais je ne sais pas pourquoi, je trouvais à l’époque leur formule compliquée. Et niveau multimédia, ce n’était pas folichon. Lorsque l’on a commencé à parler entre nous de cette idée de Timeline, la première chose qui m’est revenue à l’idée, c’est le prix des forfaits de l’époque. L’accès à la DATA était notamment très, très cher.

À l’époque, pour environ 30 €, j’avais 4 heures de communication et des SMS. J’avais dû prendre une option supplémentaire facturée 17,55 € pour la DATA. Cette somme, qui constitue désormais la norme pour un forfait complet de nos jours, m’octroyait 20 Mo de DATA par mois. Autant dire qu’il fallait compter. Et c’est d’ailleurs ce que révèle la consultation des factures de l’époque, un accès DATA était alors une décision réfléchie. Sur le mois, je me « connectais » au réseau une vingtaine de fois, tout au plus. Bref, à l’époque j’en avais pour 50 €. Et le montant avait tendance à facilement doubler si j’avais l’idée un peu sotte de m’en servir à l’étranger.

Là où, aujourd'hui, on est par définition connecté, où l’on s’étonne de ne pas avoir de réseau 4G, où l’on ne comprend pas quand une vidéo ne se charge pas instantanément, on était à l’époque — même avec un smartphone — déconnecté par défaut. Les BlackBerry étaient d’ailleurs un peu l’exception qui confirme la règle. On était déconnecté pour plein de « bonnes » raisons : financières comme le montre la facture, mais aussi pour ne pas trop faire chauffer le téléphone.

D’ailleurs, les applications à la mode étaient la plupart du temps off-line. AvantGo était l’un des logiciels les plus populaires du moment, à mi-chemin entre un client RSS et un logiciel type Instapaper de lecture différée. Il permettait de s’abonner à des chaînes d’informations et de pouvoir lire des articles en étant déconnecté. Un logiciel très sympa qui n’a pas survécu à la déferlante iPhone. La société éditrice de ce service a été un moment joliment valorisée. Elle a été cotée en bourse et a même vu cette valorisation boursière atteindre le milliard. Mais dès 2009, la société a fermé ce service.

La sortie de l’iPhone en 2007 est également synonyme de démocratisation de la DATA. Alors certes, pas comme Free Mobile a pu le faire quelques années plus tard, mais d’une certaine manière, l’arrivée du téléphone d’Apple a lancé le mouvement. À sa sortie, doté avec Safari d'un vrai bon navigateur, il a un temps fait exploser la consommation de DATA sur le réseau d'AT&T qui inaugurait ce téléphone. Auparavant, on évoquait les fameux réseaux 3G de manière très théorique. C’est d’ailleurs d’autant plus paradoxal que le tout premier iPhone n’était pas compatible 3G.

La gamme de forfaits d'Orange début 2008 pour l'iPhone
La gamme de forfaits d'Orange début 2008 pour l'iPhone

Mais l’idée de Steve Jobs était claire : offrir à ses utilisateurs un accès à Internet en permanence. C’est pour cela que Cupertino était particulièrement impliquée dans les forfaits associés à son terminal commercialisés par les opérateurs. Elle était même parvenue rappelez-vous à ce que ces derniers lui reversent une commission sur chaque forfait vendu avec son téléphone !

Avant l’iPhone, dans 99 % des cas (mon cas en est le parfait exemple), l’accès à la DATA était une contrainte. Il y avait ici ou là dans le monde quelques exceptions, mais c’était ultra-minoritaire. Tout cela a mené à la création de forfaits illimités en DATA, pour que les utilisateurs puissent surfer sans compter.

Si on le compare à nos offres actuelles, un forfait illimité de 2007 parait pourtant sacrément limité. Orange se réservait le droit de restreindre les débits à partir de 500 Mo. Mais à l’époque, en EDGE de surcroit, cela semblait considérable. Et à titre personnel, pour le même prix, j’avais 25 fois plus de DATA qu’avec le forfait pour mon Tréo ! Mais 100 fois moins qu’aujourd’hui !

- À quoi ressemblaient les smartphones avant l’iPhone de 2007 ?

- Que savait-on sur l’iPhone avant 2007 ?

À quoi ressemblaient les smartphones avant l'iPhone de 2007 ?

Le 9 janvier 2007, Steve Jobs dévoilait l’iPhone. La première étape d’une aventure qui allait transformer Apple et provoquer des cataclysmes chez les fabricants de mobiles et les éditeurs de logiciels et services. À l’approche de ce dixième anniversaire, cette Timeline revient sur les quelques mois qui ont entouré cet événement.

- Lire aussi : Que savait-on sur l’iPhone avant 2007 ?

À quoi ressemblaient les téléphones en vogue en 2006, alors que les rumeurs de l’arrivée d’Apple sur ce créneau se faisaient insistantes ? On pourrait citer des iPAQ de HP, le Sony Ericsson k750i, le BlackBerry Pearl, le Nokia 6680 ou le Motorola Razr encore populaire. Une recherche chez GSM Arena, en ciblant sur des téléphones démarrant à 300 $ (les deux premiers iPhone 4 et 8 Go coûteront bien plus : 500 $ et 600 $), montre un assortiment de modèles à peu près tous dotés d'un écran de bonne taille et d’un clavier.

Claviers

Qu’il soit fixe ou rétractable, secondé ou non par un stylet, le clavier demeure un élément incontournable dont peu de fabricants osent se défaire. C’est presque comme envisager de vendre une voiture sans volant. Certains pourtant s’en affranchissent, comme cet HTC P3300 lancé en septembre 2006.

Ces claviers physiques — dont les clients de BlackBerry s’amouracheront durant des années — seront taillés en pièces par Steve Jobs. Lorsqu’il compare son iPhone à la crème des smartphones du moment, c’est pour montrer qu’ils occupent la moitié de la surface utile du téléphone. C’est autant lorsqu’on affiche une page web ou, en mode paysage, pour profiter de ses photos et vidéos. Des claviers qu’il faut aussi décliner aux particularités de chaque marché visé.

Nokia 6680 avec un clavier inutile en mode paysage

Lorsqu’arrive le jour de présentation de l’iPhone, un journaliste se plaint à Jobs — qui lui a mis entre les mains ce clavier virtuel — qu’il fait des fautes à répétition en voulant taper un texte, et puis qu’il est trop petit. « Vos pouces vont apprendre », lui répond le patron d’Apple en souriant.

On mesure d’une autre manière le chemin parcouru depuis une dizaine d’années lorsqu’on se souvient de la méthode de saisie Graffiti popularisée par Palm. Cet alphabet de formes simplifiés pour toutes les lettres, chiffres ou symboles. Il fallait les dessiner un à un dans un sens bien précis, au stylet, sur une zone dédiée à la base du téléphone ou sur l’écran.

Même les actions essentielles des menus pouvaient être exécutées directement par une combinaison de trait et de lettre à dessiner. Une cousine plus évoluée de cette saisie graphique est réapparue cette année dans watchOS 3 avec la fonction Scribble.

Stylets

Les écrans tactiles de 2006 ne sont pas aussi sophistiqués, confortables ou agréables à l’œil qu’aujourd’hui, mais ils existent déjà sur nombre d’appareils. Le stylet reste néanmoins un accessoire prisé sinon obligatoire pour profiter de Windows Mobile PocketPC. Car l’interface utilisateur de cet OS est une transposition un peu trop fidèle de son aînée sur PC.

Cet HTC cité précédemment a un clavier virtuel et l’interface Windows de son système d’exploitation a besoin de béquilles pour marcher : le stylet ainsi qu’un “Roller”, nom d’un petit trackball intégré facilitant les déplacements de la flèche du curseur.

Lorsque ce téléphone sort en 2006, il ne reste plus que trois mois avant la première présentation publique de l’iPhone. Ces deux clips illustrent le gouffre qui allait s’ouvrir au beau milieu de l’industrie du mobile à partir de janvier 2007.

Comme le clavier, Steve Jobs jugea inutile d’avoir toujours un stylet pour de si petits écrans. On a dix doigts, c’est autant de stylets toujours à disposition. Il n’y a pas d’interaction possible plus naturelle que par ce biais.

Le marché lui a donné raison. Ce n’est que lorsque les smartphones ont commencé à s’agrandir pour devenir de petites tablettes que les stylets ont retrouvé leur place. En particulier chez Samsung avec le Galaxy Note et dans une moindre mesure, finalement, chez Apple. La prochaine étape, à en croire Google, Apple ou Microsoft est d’en faire encore moins avec les doigts et bien plus avec la voix.

Des designs sans retenue

L’iPhone a été l’occasion pour toute une industrie de se réinventer (dans la douleur) et de commencer la rédaction d’un tout nouveau chapitre de son histoire. Il y a éventuellement un domaine dans lequel on peut estimer avoir perdu un brin de quelque chose : celui du design.

Chaque fabricant a son style, mais qu’ils viennent de Samsung, Apple, Google, Huawei… tous les smartphones se sont standardisés autour d’une forme identique. Depuis quelques années, le smartphone est un parallélépipède, fin et léger, largement recouvert d’un écran (qui parfois déborde un peu, seule grosse originalité récente).

De tous les fabricants de l’ancienne époque, Nokia est peut-être celui qui a le plus joué avec les formes et les couleurs. Ce poster, qui retrace l’évolution des téléphones de la marque en est l’illustration éclatante.

De 2001 jusqu’à la seconde moitié de 2005 on a comme l’impression que chaque lubie des designers a été validée par la direction de Nokia et commercialisée. Un téléphone en forme de demi-lune (N-Gage) ? Avec un clavier aux touches disposée en cercle (3650) ? En forme de rouge à lèvres (7280) ? Banco, on lance !

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Les dirigeants d’Apple aiment dire qu’ils ne valident qu’une infime partie des produits auxquels ils réfléchissent, Nokia donne le sentiment d’avoir procédé exactement à l’inverse. Comme si un fabricant automobile commercialisait tous les concepts-car qui sortent de ses bureaux d’étude. Comme si Nokia était à ce point sûr de sa domination qu’il s’est autorisé toutes ces fantaisies, tous les caprices, sans se soucier du risque qu’il y a à trop se disperser.

En comparaison, les téléphones d’aujourd’hui se sont considérablement assagis. Les efforts extérieurs portent sur les finitions, les matériaux et leurs traitements. À ce titre, certaines préoccupations d’aujourd’hui ressemblent à celles d’hier. Dans un test du Nokia 8800 Sirocco, avec écran couvert de cristal de saphir et une coque en métal de couleur noire laquée, le rédacteur trouvait que cela prenait décidément très vite les empreintes de doigts, au point qu’un petit chiffon était inclus (amis du Noir de jais…).

Bien sûr, la nostalgie ramène parfois les souvenirs sous un jour meilleur qu'ils n'étaient. Les excentricités de Nokia sont plaisantes à contempler aujourd’hui, mais on voit aussi leurs limites. À partir du moment où tout passe par l’écran, le tactile et le vocal, tout le matériel autour a vocation à s’affiner et s’effacer.

Les téléphones contorsionnistes

Nokia a fabriqué des appareils incroyables mais il serait dommage de ne pas citer Sony, et en particulier sa gamme Clié, interrompue en 2005. Certains de ses modèles représentent probablement l’apogée d’un cycle, juste avant que n’arrive l’iPhone aux lignes réduites à l’essentiel.

Une période où l’on semblait toucher aux limites de l’intégration des technologies existantes. Où un bond dans la miniaturisation des composants devenait nécessaire pour passer à l’étape suivante et rendre ces appareils plus maniables et légers.

Les premiers et les derniers Clié furent relativement sages dans leurs formes. Tout le contraire des PEG-NZ90 et PEG-NX73 capables de toutes les contorsions avec leurs écrans et leur module caméra. De véritables jouets, à l’allure de casse-têtes qu’il faut retourner dans tous les sens. Nokia eut aussi avec le N93 un smartphone empreint de ce petit côté robot “Transformers”, à la fois smartphone et caméra de poing.

Toutes ces excroissances, ces galbes, ces gros boutons qui tombent bien sous le doigt et ces articulations agiles ont disparu des smartphone modernes. Il n'y a que des PC mi-ordinateurs mi-tablettes qui ont repris à leur compte cette capacité à se plier et déplier dans tous les sens. Sans que l'on sache encore si ce sera là aussi une mode de quelques années. Que les téléphones soient revenus à plus de simplicité n'est pas une mauvaise chose, mais quel style tout de même avaient leur aînés !

Que savait-on sur l'iPhone avant 2007 ?

Le 9 janvier 2007, Steve Jobs dévoilait l’iPhone. La première étape d’une aventure qui allait transformer Apple et provoquer des cataclysmes chez les fabricants de mobiles et les éditeurs de logiciels et services. À l’approche de ce dixième anniversaire, cette Timeline revient sur les quelques mois qui ont entouré cet événement.

Comme aujourd’hui, où des rumeurs évoquent très en amont les projets d’Apple dans le domaine automobile, ses intentions autour du mobile ont été discutées et analysées pendant plusieurs années avant la sortie du téléphone. Un premier signal a été envoyé en décembre 1999 — Jobs était revenu depuis deux ans — avec l’enregistrement du nom de domaine iphone.org. Difficile de faire plus explicite.

“Wallaby”, nom de code d’un prototype branché à un Power Mac G3 pour simuler le fonctionnement de ce que serait la partie matérielle de l’iPhone. Photo publiée en 2014, lire : Des anecdotes sur la création du premier iPhone

Puis, en 2002, c’est le patron d’Apple qui livre quelques réflexions. « Nous partons du principe qu’entre aujourd’hui et l’année prochaine, le PDA allait être absorbé par le téléphone. Nous pensons que le PDA va disparaître » déclarait sans ambages Steve Jobs à John Markoff du New York Times, au mois d’août de cette année là.

La concurrence au moment de l’annonce de l’iPhone

Dans cet article publié cinq ans et deux mois avant la commercialisation de l’iPhone aux États-Unis, ce produit apparaît comme une suite logique — sinon vitale — des efforts de reconstruction d’Apple. Une remise en route déjà bien entamée avec l’iMac et la refonte de la gamme d’ordinateurs, mais qui passe aussi et surtout par une diversification vers des produits électroniques grand public.

M. Jobs et Apple n’ont pas souhaité commenter ces projets. Mais des analystes du secteur ont décelé quelques pistes qui démontrent qu’Apple réfléchit à ce que certains dans l’entreprise appellent un “iPhone”.

Jobs avait déjà un œil sur le futur de son entreprise, malgré une actualité produits chauffée à blanc. 2002 est l’une de ces années où Apple a fait feu de tout bois et régalé ses clients en nouveautés. Il y en a eu pour tout le monde ! La Pomme récoltait les fruits de ses premiers succès comme l’iMac et construisait les fondations des prochains.

Liste non exhaustive des faits marquants de 2002 : le démarrage par défaut de tous les Mac sur Puma (OS X 10.1.2) ; lancement de Jaguar (OS X 10.2) ; ouverture du cinquantième Apple Store ; iMac G4 “tournesol” (Jobs décrétera à cette occasion que « l’écran cathodique est officiellement mort ») ; l’iPod devient compatible avec Windows ; ouverture du service internet “.Mac” ; arrivée des Xserve ; achat de Logic pour les pros de l’audio ; création d’iSync pour synchroniser son calendrier iCal (tous deux développés par l’antenne parisienne d’Apple) et son carnet d’adresses entre son Mac et des téléphones mobiles de Palm et le Sony T68i.

Sony Ericsson T68i, l’un des meilleurs mobiles lancés fin 2001 et très copain avec le Mac grâce à iSync

Un téléphone signé Apple aura la vie dure

La (prochaine tornade) iPod n’a pas encore fêté sa première année, l’iTunes Store n’est pas encore né, que déjà on presse Apple de passer au chapitre suivant. Car à cette époque, les yeux restent tournés vers le Mac. Il y a chez certains l’idée que le pari fait avec OS X pourrait ne pas suffire. Si Apple escompte vraiment fabriquer un téléphone, il faudra mieux préparer son coup qu’avec le Newton. Ce marché du mobile n’est pas pour les tendres. La Pomme aurait d’ailleurs tenté d’acheter Palm, en vain.

Toujours dans l’article de John Markoff :

Le nouvel appareil d’Apple arriverait dans un domaine où d’autres entreprises ont déjà bien labouré le sol — entre autres Microsoft, Nokia et Motorola, ainsi que des start-ups comme Handspring (fondé par d’anciens de la division Palm de 3COM, ndlr) et Danger (qui portait les germes d’un succès à venir chez Google avec Android et d’un échec cuisant chez Microsoft lorsqu’il acheta cette entreprise, ndlr). Ce domaine très encombré pourrait présenter un risque pour Apple, si son produit devait être jugé comme insuffisant face à la concurrence.

Des indices font penser qu’un iPhone est bien dans les cartons. En se projetant un peu, il y a des technologies dans Jaguar qui pourraient être employées pour un terminal mobile : la reconnaissance de l’écriture Inkwell , l’utilitaire de recherche Sherlock qui sait maintenant aller sur internet, la naissance d’iCal et d’iSync, sans oublier iChat.

Steve Jobs, bien sûr, ne pipe mot dans cet entretien des réflexions en cours chez Apple. Le sentiment qui prévalait chez Apple était qu’il y avait quelque chose à faire dans la téléphonie mais que tous les éléments n’étaient pas réunis pour le faire correctement : réseaux faiblards pour un usage orienté internet, système de l’iPod sous-dimensionné, OS X trop lourd et le problème des opérateurs qui se posaient en interlocuteurs intraitables (lire Wired raconte la création de l’iPhone).

On apprendra aussi plus tard qu’en 2003, Apple a d’abord songé à faire un équivalent de l’iPad puis a fait passer l’iPhone en premier (lire Des anecdotes sur la conception de l’iPhone).

En 2005, un prototype de ce qui allait devenir l’iPhone. L’engin avait un écran tactile de la taille d’une petite tablette et un large assortiment de prises — via Ars Technica

Jobs étant Jobs, il ne peut s’empêcher de donner son avis au journaliste qui l’interroge. Et s’il prend la peine de le faire, c’est bien que la question doit occuper ses pensées…

[Jobs] insiste sur le fait qu’il n’adhère pas à l’idée d’un assistant personnel conventionnel, en déclarant que ces appareils sont trop difficiles à utiliser et qu’ils sont le plus souvent d’une utilité relative. Mais un téléphone avec les fonctions d’un PDA, là c’est autre chose.

Et tout en assurant que l’entreprise n’avait aucune intention de lancer un tel produit, il admet à contre-cœur que mixer certaines des innovations d’Apple en design industriel avec celles en interface utilisateur serait une bonne idée pour un produit devant offrir des fonctions informatiques et téléphoniques.

La manière dont Steve Jobs abordait il y a dix ans cette éventuelle implication d’Apple dans la conception d’un mobile, ressemble à celle de Tim Cook lorsqu’il est titillé sur les voitures :

Je n’ai rien à annoncer quant à nos projets. Mais je pense qu’il va se produire dans les toutes prochaines années des changements significatifs dans l’industrie automobile, avec l’électrification et la conduite autonome. Et il est nécessaire de porter un intérêt tout particulier à l’interface utilisateur. Je pense donc que beaucoup de changements vont arriver dans ce domaine.

Un iPod sachant téléphoner

Au fil de l’année 2002 et les suivantes, la marque iPhone va être déposée dans de nombreux pays, alimentant l’intérêt. Sans parler de l’arrivée en 2005 du Motorola Rokr, premier téléphone à utiliser une version mobile d’iTunes. Le Rokr vite oublié tant il était mauvais, les rumeurs s’accélèrent lorsqu’on approche de 2007.

via ferra.ru

En mars 2006, Think Secret parle de retards et d’un développement suspendu. Apple veut concevoir son téléphone sur des bases complètement neuves mais cela ne se fait pas sans mal. Résultat, le produit pourrait ne sortir qu’au début 2007 au mieux, explique le site de rumeurs.

Le cabinet d’analyses ATR parle d’un format longiligne comme l’iPod nano et d’un choix parmi trois coloris.

En septembre 2006, ThinkSecret évoque les signatures et négociations entre Apple et les opérateurs. L’iPhone aura un écran de 2,2“ et un appareil photo de 3 mpx (il fera en fait 3,5” et 2 mpx). Le site parlait toujours d’une commercialisation début 2007.

Septembre encore, une source de MacRumors détaille un prototype à partir duquel le site réalise une image : un écran allongé, une roue d’iPod qui peut s’escamoter pour révéler un clavier numérique. La face avant est noire et l’arrière est en acier chromé. Comme pour de nombreuses rumeurs, cet iPhone sera surtout un iPod amélioré, capable de téléphoner et possédant les fonctions de base d’un PDA.

Fin novembre, un analyste parle déjà du développement de l’iPhone suivant, puisque le premier avec son format d’iPod nano serait déjà en production. Ce qui dans les faits était loin d’être le cas. Ne serait-ce qu’entre janvier et juin 2007, Apple a décidé de remplacer la vitre en plastique par du verre. Ce second iPhone mettrait l’accent sur iChat, bien plus que sur le mail. iMessages n’arrivera en réalité qu’avec l’iPhone 4s et iOS 5.

En décembre, Kevin Rose, alors une figure d’internet, fait grand bruit avec une série de détails qui s’avèreront pour la plupart à côté de la plaque. L’iPhone sortirait en janvier, il aurait deux batteries (une pour la partie MP3, l’autre pour le téléphone), il disposerait d’un clavier rétractable et peut-être d’un écran tactile.

via Gizmodo

Même mois, Think Secret assure que le téléphone aura une connexion de type GSM/Edge uniquement, pas de CDMA (la norme utilisée par Verizon, l’un des deux principaux opérateurs américains, qui ne sera prise en charge qu’en 2011). Il se synchronisera avec iTunes, rendant facultative la possession d’un iPod. La probabilité de voir l’iPhone en boutiques dès janvier 2007 commence à s’étioler.

15 jours avant la fin de l’année, une analyste de Morgan Stanley, Rebecca Runkel, livre un portrait bien plus fidèle : lancement au premier semestre 2007, écran 3,5", format plus large qu’un iPod nano, plus fin qu’un iPod vidéo, châssis en métal, roue virtuelle cliquable, plusieurs couleurs dont le blanc, le noir et l’argent, un seul opérateur américain et deux capacités de 4 et 8 Go. L’un de ses deux prix sera le bon.

via appleiphone

Juste avant l’ouverture de Macworld Expo, John Gruber y va de ses prédictions : pas de téléphone VoIP en Wi-Fi mais un véritable appareil cellulaire. Une approche dans la conception de l’appareil qui surprendra les gens. Il avance une idée dont il rêve qu’elle se réalise : « Ce ne sera pas un iPod phone, mais plutôt la présentation d’un nouvel OS pour mobile ».

Lorsqu’on parcourt plusieurs de ces rumeurs et voit les formes imaginées par des graphistes, il est étonnant de voir à quel point l’écran n’était pas considéré comme une source possible d’innovation pour ce téléphone. Sa nature tactile était parfois mentionnée, mais pas davantage que pour n’importe quel autre PDA du moment.

La notion d’un écran, pas seulement tactile mais multitouch (un terme peu usité alors), associé à une interface capable de réaliser des prouesses (pincer pour zoomer) n’était même pas envisagée (un de nos lecteurs rappelle à juste titre la démonstration épatante du concept de multitouch par Jeff Han en février 2006, mais il paraissait bien difficile d'imaginer cela un an plus tard à peine dans un téléphone…). Il semblait tout aussi osé de songer à un téléphone s’émancipant de son clavier physique, où l’écran absorberait toute l’interaction utilisateur. En résumé, les rumeurs ne portèrent que sur les points les moins importants, l’essentiel fut gardé secret.

C’est pour cette raison que Steve Jobs est parvenu à ce point à créer la surprise le 9 janvier, avec cette présentation devenue historique. : on l’attendait avec curiosité par une porte, il est entré en fanfare par une autre !

Que savait-on chez Apple France

Un ancien cadre d’Apple France, parti juste avant l’annonce de l’iPhone, se souvient de l’épais secret qui l’entourait. Même les employés français qui n’étaient pas dans la confidence de ce grand projet ont dû signer de nouveaux documents rappelant leur devoir de discrétion absolu sur tout ce que faisait Apple, dans l’hypothèse où des fuites surviendraient.

« Le projet était uniquement U.S. et rien en Europe… Pas de certification en avance de phase au L.N.E. (Laboratoire national de métrologie et d’essai, ndlr), par exemple. Le produit est sorti aux U.S. puis il a fallu attendre 5 mois pour l’avoir en France. Pour le reste, ce n’étaient que des rumeurs… Tout le monde pensait qu’Apple allait sortir un iPhone. Mais la piste la plus souvent évoquée était une évolution de l’iPod, avec l’apparition d’un clavier dessus. Donc le lancement de l’iPhone comme produit indépendant, avec un écran tactile, fut une grosse surprise, y compris chez Apple où très peu de personnes savaient. »

« Comme toujours, le produit a été accueilli en interne avec enthousiasme et tiédeur mêlés : est-on légitime sur le marché du téléphone ? Pas de 3G au lancement de l’iPhone alors que Steve vend la qualité de Safari dessus, et un Safari mobile qui ne supporte pas Flash… Pas de batterie amovible… Pas d’accessoires au lancement… Bref, sentiment d’un lancement un peu précipité, mais que Steve n’avait plus le temps. »

« Et puis in fine, ce sont toujours les clients qui tranchent, et qui en ont fait le succès, grâce à l’App Store pour iPhone (lancé l’année suivante, ndlr) : une tornade… ! Ce sont les apps qui ont imposé l’iPhone au delà des espérances d’Apple. »