Il y a quelques semaines, on apprenait que la position du porte-avions Charles de Gaulle avait été obtenue en croisant les informations — publiques — disponibles sur Strava avec les entraînements des soldats en mission, qui faisaient visiblement du footing sur le pont du bâtiment. Cette fois, c'est une autre méthode qui a été utilisée, et la position exacte du porte-avions français a été obtenue pendant quelques heures en envoyant un simple traqueur Bluetooth dans une enveloppe à une frégate qui escorte le Charles de Gaulle.
C'est le média Omroep Gelderland qui explique la méthode, relativement simple. Ils ont placé un traqueur Bluetooth dans une enveloppe, qui a été envoyée à un marin de la frégate HNLMS Evertsen. Cette dernière accompagne le Charles de Gaulle. Ils expliquent que c'est un service proposé par l'armée, pour permettre aux soldats de rester en contact avec leur famille. Si les colis sont scannés aux rayons X, ce n'est visiblement pas le cas des enveloppes. Ils n'indiquent pas s'il s'agit d'un AirTag ou d'un traqueur compatible avec le réseau de Google. Mais compte tenu du format, c'est plus probablement un modèle en format carte de crédit, assez fin pour passer inaperçu.

Ils ont pu suivre le traqueur entre les Pays-Bas et le port d'Héraklion, en Crète (où l'Evertsen était visible). Ensuite, le traqueur a continué à envoyer sa position pendant environ 24 heures avant de disparaître. Il a visiblement été détecté lors du tri du courrier, selon la défense néerlandaise, et il n'aurait jamais amené de risques sur les opérations de la frégate. Nos confrères indiquent que des ajustements ont été effectués pour éviter que ce genre d'incident ne se reproduise.
Un fonctionnement qui rend le suivi peu probable
Rappelons tout de même que le fonctionnement même des traqueurs Bluetooth rend le suivi peu probable sur de longues distances. Les traqueurs ne se localisent pas directement et fonctionnent comme une sorte de balise : ils émettent en permanence un signal, qui peut être détecté par les smartphones aux alentours. Dans le cas des iPhone, iOS détecte le signal, attend de pouvoir se positionner de façon précise — via le Wi-Fi ou avec des satellites — et renvoie la position enregistrée aux serveurs d'Apple. Cette méthode nécessite donc que l'iPhone puisse se localiser, ce qui n'est pas une évidence dans une frégate. La localisation en Wi-Fi est logiquement inopérante, étant donné que cette technologie repose sur la position exacte du point d'accès, qui ici se déplace. Et pour une localisation via un réseau satellitaire, il faut que l'iPhone puisse avoir une ligne de vue vers le ciel suffisamment longtemps. Ensuite, au-delà de ce point, il faut évidemment que l'iPhone puisse communiquer avec l'extérieur et les serveurs Apple, ce qui est peu probable en temps de guerre.
Pour les mêmes raisons, l'envoi d'un traqueur GNSS (qui dispose de ses propres capacités de géolocalisations) ne pose aucun risque. Un traqueur de ce type caché dans une enveloppe ne pourrait pas se localiser avec des satellites, n'aurait pas la possibilité de renvoyer sa position (ils passent généralement par un réseau mobile) et les traqueurs de ce type sont plus gros et moins autonomes que les traqueurs Bluetooth, ce qui rend le camouflage plus compliqué.
Strava, ou quand l’app de running dévoile la position du Charles De Gaulle en quasi temps réel
Enfin, soyons clairs sur un point : ceux qui veulent suivre un porte-avions (qui mesure un peu plus de 260 mètres de long) ont généralement les moyens nécessaires pour le faire sans passer par des astuces ce type, par exemple avec des images satellites. Mais il est tout de même étonnant de voir que des solutions qui ressemblent à des bricolages ou à des blagues fonctionnent tout de même.
















