iPhone : 10 ans plus tard, une expérience intacte

Florian Innocente |

La première surprise lorsqu'après 10 ans on se saisit du premier iPhone, c'est sa taille : minuscule. On pourrait dire la même chose de bien d'autres téléphones anciens comme actuels — l'iPhone SE n'est pas formidablement plus grand. Mais c'est lui, avec ses petites épaules arrondies et chromées, qui a bousculé des conventions matérielles et logicielles que l'on croyait inamovibles.

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Une addition de premières fois technologiques, pressées à l'intérieur d'un appareil électronique que l'on peut quasiment cacher dans sa main. C'est ce petit truc qui a réinitialisé toute l'industrie du mobile et de l'informatique ensuite.

En novembre 2007, moins d'un an après la révélation de l'iPhone, Forbes mettait le patron de Nokia en couverture, tenant un téléphone à clapet, et titrait par cette question : « 1 milliard de clients — Quelqu'un peut-il rattraper le roi du téléphone mobile ? ». Il aurait fallu une sacrée assurance il y a dix ans pour répondre sans ciller que le roi finlandais tomberait lourdement de son cheval par la faute d'Apple, mais aussi de Google, de Samsung, ainsi que de Microsoft pour d'autres raisons.

Il y a quelques jours, lorsque j'ai utilisé l'iPhone original pour prendre l'une de mes filles en photo, elle a eu cette réaction spontanée : « C'est quoi ce mini appareil ? ». À presque 7 ans elle nous a vu des centaines et des centaines de fois la photographier avec différents iPhone, mais pour la première fois celui-ci l'a étonnée.

Pourtant, rien n'a quasiment changé entre l'iPhone 2007 et ceux de 2017 si l'on considère l'essentiel de leur design. Prenez l'iMac, sur ses dix premières années il a commencé rond et coloré comme un gros bonbon. Puis son physique s'est élancé comme une tige de tournesol avant de s'assagir et de se résumer à un grand écran plat sur pied. Depuis la génération 2004, l'iMac n'a pas changé. Le monobloc a simplement profité des progrès technologiques pour s'amincir au point où il ne reste plus grand-chose à retirer.

Tout pour l'écran

D'une certaine manière, Apple a lancé avec l'iPhone un produit déjà mûr, qui n'aurait pas connu cette phase de l'enfance et de l'adolescence qu'ont traversés les iMac ou les MacBook. L'iPhone s'est allongé puis élargi, mais si vous n'avez jamais utilisé le tout premier modèle, il est très vite familier. Comme la dizaine d'autres modèles qui l'ont suivi, il a son bouton d'accueil en façade, le réglage du volume et le bouton du vibreur à gauche et sa prise en bas qui a connu deux formats. Il n'y a que le bouton de mise en marche et le tiroir de la SIM qui ont déménagé mais sans trop s'éloigner.

Depuis dix ans, extérieurement, un iPhone se résume à ces quelques boutons entourant un écran. Il n'y avait déjà pas grand-chose au départ et pourtant Apple a commencé à retirer la prise jack et le même sort attend peut-être le bouton d'accueil à la rentrée.

Il y a une dizaine d'années, dans l'univers des téléphones mobiles, on provoquait l'étonnement et l'envie par l'accumulation de formes et de fonctions. Nokia et Sony Ericsson redoublaient d'efforts pour fabriquer des appareils — les Communicator et autres Clié — comme sortis d'un James Bond. Des couteaux suisses qui savaient tout faire et qui ne se privaient pas pour le montrer, avec toutes sortes de protubérances. Clavier, stylet, molette de défilement, caméra et écran articulés… on avait un Transformer dans la poche. On en avait pour son argent et on était heureux ! C'était génial, le Communicator de Star Trek était enfoncé, la réalité avait démodé la fiction.

Sony Clié

Dès lors, comment avec moins un iPhone pouvait-il prétendre en faire plus et surtout mieux ? Parce qu'avant lui on ne réalisait pas à quel point tout allait passer par l'écran et à quel point aussi le logiciel allait être au centre de tout. On commence à voir les petites prouesses permises en réalité augmentée avec des iPhone dont les caméras n'ont pourtant rien de particulier.

iPhone et Palm Tréo. Cliquer pour agrandir

Lorsque j'ai vu la présentation de l'iPhone en janvier 2007, ce moment où Jobs en révèle la forme, je me souviens avoir éprouvé comme un « blanc ». Le patron d'Apple avait électrisé tout le monde en préparant sa grande révélation, et voilà qu'il faisait se succéder à l'image un Palm Tréo à grosse antenne et plein de boutons par un téléphone sans clavier, avec juste un (seul) gros bouton. Ah…

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Lorsqu'on revoit la vidéo, même l'assistance paraît prise de court alors qu'elle s'était enflammée quelques secondes plus tôt à la promesse d'un téléphone capable de servir d'iPod. Ceux qui ont connu le premier Mac ont peut-être eu le même sentiment, comment cette petite chose allait-elle bousculer plus gros et plus grands qu'elle ?

Dans la minute suivante, la description d'un écran multitouch n'a pas fait de vagues non plus. Normal, Steve Jobs n'avait pas encore allumé cet iPhone et montré de quoi il retournait dans Plans ou dans Photos. On ne voyait encore qu'un écran noir alors que toute l'intelligence du produit résidait d'abord dans son logiciel.

Un nouveau-né déjà adulte

Allumer aujourd'hui un iPhone de 2007 consacre ce sentiment qu'Apple avait vu juste dès le départ sur le matériel — au point de graver dans le marbre ce à quoi allaient ressembler tous les téléphones qui suivraient —, et qu'elle avait aussi tapé dans le mille pour le logiciel.

Dix ans plus tard, on sait instinctivement utiliser ce téléphone et se repérer à l'intérieur : le bouton que l'on fait coulisser pour le déverrouiller, l'organisation des icônes en grille (pas encore de dossiers pour les ranger), le bouton principal pour retomber sur ses pieds, les taps, le pincer pour zoomer, etc. Le dessin des icônes était soigné et parlant, on ne se posait pas trop de questions sur leur signification.

Il y a une part d'habitude et de mémoire qui guident les gestes, mais certainement aussi le fait que les principes établis pour cet iPhone étaient bons, que le scénario était solide et qu'il allait permettre à l'histoire de s'épanouir.

La première chose que j'ai faite après avoir allumé cet iPhone a été de lancer Safari. Il faut replacer cette action anodine dans le contexte de l'époque : l'utilisateur allait avoir dans sa poche le même navigateur que sur son Mac. On parlait de « Safari Mobile » par commodité pour les distinguer, mais l'idée était de pouvoir aller sur le web dans la rue, comme chez soi devant son ordinateur. Lire les mêmes sites dans les mêmes conditions, à peu de choses près.

Dix ans plus tard, utiliser Safari sur cet iPhone est un supplice chinois, avec un contenu qui arrive au compte-goutte et une RAM insuffisante pour afficher toute la page sans plusieurs étapes. Mais… ça marche. C'est un web lent, diminué parfois, mais on surfe, on profite à peu près correctement des mises en page, on zoome dans les textes. On est aussi moins souvent importuné par des blocages au motif qu'une page ou un site est en Flash… Si l'on observe l'interface de Safari on se rend compte qu'elle n'a pas franchement bougé, les réflexes renvoient sur les mêmes boutons.

Safari sur l'iPhone Edge et sur un iPhone 6s Cliquer pour agrandir

La différence est ailleurs, l'absence de Retina afflige cet écran et son interface de rides que l'on ne supporterait plus aujourd'hui. Les textes sont crénelés et il faut une bonne vue pour lire les pages web sans zoomer.

Pourtant qu'elle était belle l'interface de l'iPhone le premier jour ! Le thème Aqua d'OS X avec ses couleurs, ses transparences et ses dégradés fins avait été transposé comme par magie sur ce petit téléphone. La même sidération m'avait saisi lorsqu'Apple fit la démonstration des premiers jeux riches graphiquement sur l'iPhone 3GS. Apple et le jeu c'était déjà un mariage pas très ordinaire sur Mac, alors sur un téléphone…

Cette beauté logicielle n'était pas qu'esthétique, la dynamique de l'interface laisse toujours baba sur ce vieux téléphone. Ainsi l'effet de rebond en fin de course dans une liste ou le zoom des icônes lorsqu'on ouvre une app, ou bien encore les petites épingles rouges de Google Maps qui tombent du ciel pour se fixer dans la carte virtuelle… On s'amuse de jouer à nouveau avec l'effet — maintenant disparu — de la page tournée qui masque les réglages dans Maps. Il y a parfois quelques saccades, par exemple dans les rotations d'écran, pour témoigner que le matériel avait du mal à suivre le logiciel.

À l'inverse, le glissement entre les écrans d'accueil est d'une belle fluidité, tout comme l'animation pour l'action de déverrouillage de l'écran. Dès l'allumage du téléphone la première action était amusante et révélait sa nature toute tactile. Des prouesses graphiques qui rendaient d'autant plus inexplicables certaines lacunes. « On ne peut pas mettre un fond d'écran ? », m'a demandé, interloquée, mon autre fille qui ne cesse de changer ceux de son iPhone 5.

Alors que je tapais des URL dans Safari, je me suis souvenu de ma surprise lorsque j'avais découvert ce clavier virtuel. L'idée d'imposer une frappe sur une surface de verre était osée. Pour moi c'était une bénédiction. Je venais directement d'un téléphone Sony à minuscule clavier physique avec lequel je n'envoyais pour ainsi dire jamais de SMS. D'abord parce que mon forfait n'en avait pas, ensuite parce que je n'arrivais à rien avec la saisie T9.

Le T9 c'était mon DOS à moi. Le clavier virtuel, avec ses touches qui grossissaient lorsqu'on les frappait et cette loupe pour corriger, c'était l'équivalent de l'interface du Mac. Il n'y a plus véritablement débat aujourd'hui entre les tenants du clavier mécanique et ceux du clavier virtuel. Les premiers n'ont pas disparu mais les seconds ont fini par s'imposer par leur nombre et par l'évidence de ne plus avoir la moitié de son téléphone mangée par un dispositif figé.

Moins de taps, plus de glisse

Après Safari je suis allé dans Mail, mais un détour d'abord par les réglages système porte une lumière crue sur les changements survenus. Dans la version 3.1.3 d'iOS installée sur ce téléphone (elle date de 2009), la liste des réglages ne compte qu'une douzaine d'entrées contre quasiment 40 dans iOS 11. Pas besoin d'un moteur de recherche dans les réglages, en ce temps-là. Mes comptes mail Apple et Google ont demandé un peu d'effort pour fonctionner, mais ça a marché. Rien par contre n'est descendu du nuage d'iCloud pour le carnet d'adresses et le calendrier.

Que dire de Mail sinon que l'on gère son courrier dans iOS 11 à peu près de la même manière qu'avec iOS 3. L'app est raisonnablement rapide (Safari est une brouette en comparaison) et les icônes tombent bien sous les doigts puisqu'elles sont au même endroit : Classer, Supprimer, Répondre, Rédiger… la barre inférieure n'a presque pas changé.

L'utilisation de Mail sert néanmoins de révélateur sur la manière dont a évolué l'interaction avec son téléphone. On est passé d'une phase où l'on faisait beaucoup de taps et parfois quelques glissements sur l'écran pour actionner des commandes à une approche beaucoup axée sur ces gestes. Par réflexe j'ai commencé à effacer des courriers par un mouvement latéral sur leur titre, une chose extra lorsqu'on la découvrait la première fois.

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N'y réfléchissant pas plus, j'ai voulu tirer sur la liste des courriers pour en rafraîchir le contenu : rien. Pas mieux en essayant de sortir d'un mail pour revenir à la liste par un balayage vers la droite. Idem évidemment en écrasant un titre avec le doigt, une icône ou le bord de l'écran d'accueil pour activer les fonctions associées à 3D Touch. Pas mieux en voulant archiver un mail en tirant sur son titre.

Pas encore de tirer pour rafraîchir

Toutes ces choses devenues naturelles sont autant de brusques coups de pied sur le frein lorsqu'on manipule cet iPhone au système de 2009. Pour se déplacer dans les iPhone d'aujourd'hui on tape beaucoup moins sur l'écran, on glisse plus et on presse les icônes. Toute une chorégraphie s'est développée, souvent grâce aux bonnes trouvailles de développeurs tiers qui ont fini par convaincre les designers d'Apple de les adopter.

Par jeu et sans grande illusion on cherche aussi à tirer le centre de contrôle et le panneau des notifications… peut-être qu'un élément d'interface que l'on avait oublié se révélera ? Et c'est ce qui se passe. La double pression sur le bouton d'accueil n'invoque pas le carrousel des applications déjà utilisées, mais il vous renvoie dans la précédente app ouverte. Ce réglage de « bouton principal » existe toujours, il est simplement différent dans ce qu'il permet et il a été déplacé dans les options d'Accessibilité.

Avec iOS 3 on pouvait affecter à ce bouton le retour à l'écran d'accueil, l'affichage du champ de recherche, un raccourci vers les favoris du téléphone (aujourd'hui Siri s'en occupe), l'ouverture immédiate de l'appareil photo ou… de l'iPod. La présence du baladeur est un autre marqueur de cette époque. Il a disparu aujourd'hui, l'app iPod a fini par s'appeler « Musique » et cette fonction qui faisait se soulever d'aise l'assistance est devenue une parmi d'autres.

La musique avant internet

On se rend compte sur cet iPhone à quel point l'iPod en était l'un des piliers. On parlait de connecteur « iPod » pour la prise de recharge et de synchronisation du téléphone. L'iPod fut la première des trois fonctions majeures que Steve Jobs annonça dans sa présentation. Il faut entendre la clameur qui monte puis explose dans l'assistance à cette évocation. Elle n'est dépassée dans l'enthousiasme que par celle qui annonce la fonction de téléphone, alors que la partie Internet ne reçoit qu'un accueil poli et mesuré, inversement proportionnel à l'importance qu'elle prendra plus tard avec les réseaux sociaux. Ou était-ce une interrogation sur ce quelle revêtait exactement comme fonctions et possibilités ?

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Avec l'iPhone, Apple voulait anticiper la fin de l'âge d'or des baladeurs MP3. Toutes les rumeurs autour de ce qu'elle préparait pointaient vers ce mariage entre un téléphone et un iPod, l'hypothèse d'un écran tactile et a fortiori multitouch n'était même pas envisagée dans les rumeurs les plus fouillées !

Les gens, en ce mois de janvier 2007, étaient excités à la perspective de pouvoir s'offrir un téléphone qui sache aussi bien jouer de la musique que l'iPod qu'ils avaient en poche. Tout le reste était du bonus, l'essentiel était là, on ne parlait pas encore de réseaux sociaux, de remplacer son appareil photo, son caméscope, sa télé ou sa console portable par un téléphone.

On allait pouvoir téléphoner et emmener sa musique dans un seul et même appareil et c'était formidable. C'était le temps des iPod nano format carré, de l'iPod classic et bientôt de l'iPod touch, un iPhone qui ne savait pas téléphoner.

Les haut-parleurs de cet iPhone crachotent aujourd'hui, mais y brancher ses EarPods n'est pas une mauvaise expérience, loin de là. Le petit téléphone était un excellent baladeur, à ceci près que le port jack de ce modèle était très profond et que toutes les prises de casques n'arrivaient pas jusqu'au bout. Au moins, ce n'était pas une broche bizarre comme sur d'autres mobiles. Voilà donc un téléphone avec lequel on pouvait écouter sa musique tout en consultant les détails d'un itinéraire dans Google Maps par un zoom avec les doigts sur une vue satellite. En toute simplicité.

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Avant l'App Store

On pourrait citer, parmi les autres perles d'alors présentes sur cet iPhone, le client YouTube (qui ne marche plus aujourd'hui, pas plus que la version mobile du site), ainsi que l'application Téléphone avec sa fonction de messagerie visuelle vocale. Notre iPhone n'a pu se connecter au réseau de Bouygues qui a réutilisé sa 2G pour de la 4G, mais une SIM Orange a fonctionné. Recevoir sur son iPhone 6s un appel d'un iPhone Edge a quelque chose d'amusant. Steve Jobs avait fait grand cas des nouveautés entourant la fonction d'appel. Téléphoner c'était une « killer app », disait-il.

La « killer app », passer des coups de fil, déclare Jobs.

Réussite aussi avec l'App Store qui avait fait ses débuts dans iPhone OS 2. Sur cet iPhone il affiche normalement toutes les apps jusqu'aux plus récentes — Monument Valley 2… — mais toute tentative d'en télécharger parmi celles-ci se solde par une alerte réclamant d'avoir iOS 8 ou 9. J'ai cherché Rolando, gros succès, qui utilisait le gyroscope pour le déplacement des personnages, mais il a disparu. J'ai quand même récupéré une vieille app, pas mise à jour depuis 2010 : Crash Bandicoot Nitro Kart 3D. Une bonne démonstration des possibilités de l'iPhone, avec les déplacements de la voiture assujettis aux mouvements de l'iPhone et le tap à deux doigts pour la faire sauter par dessus les obstacles. Elle devrait disparaître à terme, maintenant qu'Apple entame un grand ménage dans sa boutique. Je me souviens aussi avoir fait quantité de démonstrations avec l'app qui simulait un verre de bière dont le liquide se vidait lorsqu'on tournait l'iPhone ou celle avec le sabre de Jedi dont le bruit suivait les déplacements du téléphone.

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Lorsque l'iPhone a été lancé, rien ne laissait présager que l'on aurait cette profusion d'apps (et que ce terme même s'imposerait sur celui de « logiciels » ou « d'applications »). L'iPhone aurait des applications web, expliquait Steve Jobs, mais c'était avant que les bidouilleurs du jailbreak ne montrent que l'iPhone était avant toute chose un petit ordinateur, un véritable Macintosh de poche.

C'était d'ailleurs ainsi que ses créateurs l'avaient eux-même pensé, mais sans qu'ils laissent les coudées franches aux développeurs pour s'exprimer. Jobs redoutait que les apps ne fassent planter le téléphone, qu'elles soient sources de problèmes et qu'il soit impossible pour Apple d'exercer un contrôle rigoureux à leur égard. « Notre approche innovante, qui utilise les standards du Web 2.0, permet aux développeurs de créer de nouvelles applications étonnantes tout en assurant la sécurité et la fiabilité de l'iPhone » déclarait-il dans un communiqué de presse peu avant la mise en vente du téléphone.

Les maux du PC ne devaient pas se répéter sur l'iPhone. Des craintes qu'Apple a finalement surmontées. En 10 ans, de par un contrôle aigu sur son OS et son App Store, en consentant des ouvertures très progressives, la plateforme n'a pas rencontré de problème majeur, pas suffisant en tout cas pour la déstabiliser.

La photo partout et tout le temps

Un dernier endroit où je pensais être bien plus déçu est celui de la photo. Cette fonction ne faisait pas partie de celles mises en avant lors du lancement de l'iPhone, alors qu'aujourd'hui Apple et tous les fabricants Android ou presque axent leur communication dessus. Smartphone ou appareil photo… parfois le second rôle prend le pas sur le premier, on garde son téléphone toujours avec soi, simplement pour cette seule fonction.

« C'est quoi ce mini appareil ? » Cliquer pour agrandir

Est-ce que les photos (pas de vidéo possible) prises avec cet iPhone sont bonnes ? Non. Sont-elles pour autant affreuses ? Non plus. Elles sont poudreuses et le piqué n'est pas terrible. Et il n'y a pas de flash lorsque la lumière manque. On dira qu'elles ont le charme de l'ancien… et ne méritent pas d'être tirées sur papier.

L'app Appareil photo est économe en fonctions, elle se résume au bouton déclencheur et au raccourci vers l'album. Pas de flash donc, ni de mise au point manuelle, ni d'autofocus et une belle et lente animation de diaphragme lorsqu'on a pris sa photo. Un vestige de ces interfaces qui essayaient de mimer le réel pour rassurer l'utilisateur novice.

Dix ans plus tard, l'application de photo s'est beaucoup enrichie sans trop trahir sa simplicité de départ. Il suffit pour s'en convaincre de télécharger n'importe qu'elle app qui rend votre iPhone aussi compliqué qu'un reflex pour voir à quel point Apple fait preuve de retenue.

iPhone Edge. Cliquer pour agrandir
iPhone 6s. Cliquer pour agrandir
iPhone Edge. Cliquer pour agrandir
iPhone 6s. Cliquer pour agrandir
iPhone Edge et 6s. Cliquer pour agrandir

La dernière observation que l'on peut retirer de l'utilisation de cet iPhone des débuts, avec l'un de ses premiers systèmes, c'est qu'il ne provoque pas de nostalgie. De celle qui fait regretter ce dont on dispose aujourd'hui parce que l'évolution aurait emprunté de mauvais chemins. Ou parce qu'un produit avant-gardiste n'aurait pas eu sa chance.

Au lieu de ça les iPhone ont évolué dans la continuité de ce premier modèle. Ils se sont bonifiés en s'appuyant sur son design, sur sa philosophie initiale. Apple n'a pas tout décidé ni tout créé toute seule : il n'y aurait peut-être pas eu d'iPhone 6 Plus s'il n'y avait pas eu de Galaxy Note ou si Google avec Android et les hackers avec le jaillbreaking n'avaient donné naissance à de nouvelles idées d'interface.

Cependant Apple ne s'est jamais trop écartée du chemin initial. Elle a défini ses principes sans avoir la culture ni l'expertise de ce que devait être un téléphone, mais en capitalisant sur ses acquis du Mac et de l'iPod, et en observant ce qui clochait chez les autres.

L'iPhone est le parfait exemple d'un produit conçu non pas en fonction de ce que voulaient les clients à cet instant-là, mais au vu de ce que de nouvelles technologies pouvaient offrir de mieux, et avec l'envie de les mettre au service d'une expérience inédite et soucieuse d'abord de l'utilisateur. Comme avec le Newton, le G4 Cube ou le dernier Mac Pro, Apple aurait pu se louper magistralement, au lieu de ça elle a réussi du premier coup.