Il n'y aura pas de lunettes, de bague connectée ou de tablette dans un avenir proche chez Google qui préfère concentrer ses efforts sur d'autres développements.
Dans une interview accordée à Bloomberg, plusieurs responsables des développements matériels de Google ont dessiné un périmètre d'activité pour cette partie. Le fabricant n'est pas avare en appareils et accessoires — il a présenté de nouveaux téléphones, écouteurs et montres cette semaine — mais ailleurs, il laisse les autres à la manœuvre tout en leur fournissant le logiciel et les outils d'IA.

Rick Osterloh qui pilote les divisions matérielle et Android déclare ainsi que ses équipes ne travaillent pas sur des bagues connectées, que le développement d'une tablette a été suspendu le temps de trouver une approche originale dans cette catégorie et qu'il n'est pas prévu non plus de téléphone pliant au format vertical. Google s'en tient à la disposition des écrans comme un livre, en témoigne sa nouvelle génération de Pixel Fold.
Quant aux lunettes connectées, un domaine que Google a défriché très tôt avant de s'en retirer, il fait toujours l'objet de discussions sur l'opportunité d'y revenir. Pendant ce temps, Google se concentre sur la partie logicielle (Android XR) pour les produits prévus par Samsung et une petite équipe cogite néanmoins sur des écrans de toute petite taille.
Le téléphone demeure indétrônable
Car le téléphone reste un incontournable : « Le smartphone fait trop de choses trop bien pour être détrôné aussi facilement » estime Shakil Barkat, responsable Devices & Services, qui précise : « Le contenu visuel est le principal problème à résoudre avant qu’un changement majeur ne se produise. ».
Pour des lunettes qui ne sont pas le support idéal pour la consommation de contenus sur la durée, Google imagine un utilisateur les seconder par un téléphone de poche, compact car pliant façon clapet comme en font certains de ses partenaires. Plus généralement, Shakil Barkat rejette l'idée d'une surabondance d'appareils et de gadgets sur l'utilisateur : « Chaque fois qu’un nouveau type de produit se rajoute, c'est quelque chose de plus dont l’utilisateur final doit s'occuper pour son fonctionnement et son entretien. C’est déjà assez pénible comme ça. ». Pour l'avenir immédiat, Google envisage plutôt les gens s'en tenir à leur téléphone, une paire d'écouteurs, une montre et des lunettes connectées. Ce qui est déjà pas mal.
À propos des smartphones, Rick Osterloh considère que leur évolution matérielle s'est stabilisée, les produits sont devenus matures (Shakil Barkat ne cache pas son envie de faire disparaître la trace de pliure qui orne toujours les modèles à écran pliant, mais c'est de l'ordre du détail esthétique). C'est grâce au logiciel que de nouveaux progrès sont maintenant faits : « L’IA deviendra la manière d’interagir avec un téléphone pour “accomplir quelque chose” » et d'envisager que cela « commencera ensuite à influencer sur sa conception. ».
Google a montré de nouveaux usages de Gemini cette semaine, comme la capacité — encore exclusive à l'anglais — de demander la suppression d'un élément sur une photo en le désignant oralement, sans manipuler un quelconque élément d'interface. Pour Osterloh, il n'y a pas débat, si on veut être en pointe, c'est chez Google que ça se passe : « C’est à nous de faire en sorte que cela compte dans le mobile au cours des prochaines années, où je pense qu’il est assez clair que nous avons une nette avance. ». Et d'asséner, non sans raison : « Si vous utilisez Android, vous serez à l’avant-garde de l’évolution de l’IA. ».
Enfin, il est suggéré que l'on devrait voir arriver des changements plus significatifs dans le design des tout prochains Pixel (la gamme 2026 est en passe d'être finalisée et les développements ont débuté sur la 2027). « Tous les deux à trois ans, nous cherchons à faire quelque chose avec un nouveau langage de design. », explique Ivy Ross, en charge de cette partie. Le look actuel des Pixel 10 — avec l'épais bandeau à l'arrière — trouve ses origines dans la 6e génération puis il s'est affirmé avec les Pixel 8. L'heure est probablement venue de tenter autre chose.

Cette gamme reste néanmoins assez confidentielle dans ses ventes. En dépit de l'avance de Google sur l'IA et de la couverture médiatique autour des difficultés d'Apple sur le sujet, les grands équilibres ne bougent guère. Peut-être par habitude et satisfaction de ce que l'on a, peut-être par la difficulté à quitter un écosystème et peut-être aussi parce que l'IA n'attire pas encore les foules au-delà de quelques usages basiques sur le texte ou les images.
Google n'a pas observé une « avalanche » de switchers venus de l'iPhone vers les Pixel. D'après le cabinet d'études Canalys, Google aurait distribué 800 000 Pixel aux États-Unis au second trimestre 2025, soit 3 % du marché local quand Apple s'en accapare presque 50 %. Rick Osterloh concède que Google ne deviendra jamais un « acteur de premier ordre » sur les smartphones mais il y a une croissance, des innovations et cela suffit semble-t-il à faire « un bon business » pour sa division.