Pollution de l’air : pourquoi l’application Météo est-elle dans le brouillard ?

Anthony Nelzin-Santos |

Panique à Niort : le 23 juin dernier, l’application Météo dénonçait une qualité de l’air « extrêmement mauvaise », faisant prendre les restes de brouillard pour une chape de particules fines. À ceci près qu’aucune pollution particulière n’était à déplorer. Cet épisode a fait les choux gras de la presse locale, et prêterait à sourire si les applications n’étaient aussi peu fiables. Pourquoi les données de BreezoMeter présentées par l'application Météo divergent-elles tant des mesures effectuées par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air ?

Image Anna Hunko (Unsplash).

« Nous sommes l’organisme de référence à l’échelle régionale », explique Isabelle Clostre, responsable de la communication d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. La France compte dix-huit associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) chargées par l’État de « surveiller et évaluer la qualité de l’air ambiant » et d’« informer quotidiennement le public sur la qualité de l’air observée et prévisible »1. Les Franciliens connaissent bien les messages diffusés par AirParif, mais la plupart des AASQA portent le même nom que la fédération Atmo France qui les chapeaute.

Entre 80 et 90 stations sont disséminées dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, en centre-ville comme au milieu des champs, au bord des autoroutes comme autour des sites industriels. Leurs capteurs mesurent la concentration de dioxyde d’azote (NO2), de dioxyde de soufre (SO2), d’ozone (O3), et de particules fines PM10 et PM2,52 afin de publier une moyenne horaire. Chaque trimestre, les AASQA publient aussi une moyenne annuelle de l’exposition au benzène, ainsi que du plomb ou de l’arsenic parmi d’autres polluants.

Avec quelques dizaines de stations, il est impossible de couvrir tous les coins et recoins de la troisième région de France. Comment Atmo est-elle capable de fournir des cartes de qualité de l’air à l’échelle de la rue ? « Les données des stations appuient notre travail de modélisation », explique Isabelle Clostre, « nous pouvons estimer la qualité de l’air des 4 029 communes de la région avec une résolution d’un kilomètre, et même de dix mètres dans les agglomérations ».


avatar Florent Morin | 

Incroyable. Au passage, je confirme que l’air est très bon à Niort. Surtout sur les bords de Sèvre. 😁

avatar R-APPLE-R | 

@FloMo

Vous vous trompez ! vous devez être un ignorant 😝

avatar totoguile | 

Je suis allé trop vite en lisant le crédit de la première photo: au lieu de "Anna Hunko" , j'ai cru lire "Anne Hidalgo" ...

avatar Tomtomrider | 

@totoguile

Idem lol

avatar s1n3d | 

« Sauf que l’OMS prend uniquement en compte les considérations sanitaires, alors que la qualité de l’air est un enjeu politique ! Si nous utilisions les normes de l’OMS au quotidien, la qualité de l’air serait « mauvaise » en permanence »

Cette partie me révolte : pour des raisons « politiques », on n’affiche pas la réelle qualité de l’air ! C’est sûr qu’en se mettant des œillères, on n’est pas prêt de limiter le réchauffement climatique !

avatar Anthony Nelzin-Santos | 

@s1n3d : « la réelle qualité de l’air » est bel et bien mesurée et communiquée, mais les seuils sont aussi conçus selon des objectifs politiques. L’OMS considère qu’il est « dangereux pour la santé » de vivre à Lyon, puisque l’on a dépassé ses seuils d’exposition aux PM 2,5 pendant huit jours sur les trente derniers jours. Est-ce que cela veut dire qu’il aurait fallu mettre l’activité sous cloche pendant ces huit jours ? Qu’il faudrait changer radicalement de mode de vie ? Qu’il faudrait déserter la ville ? La réponse à ces questions est éminemment politique. La meilleure preuve que c’est un sujet politique, c’est que les catégories utilisées en France ont été durcies en 2021, comme je le mentionne dans l’article. Résultat, dans la plupart des villes françaises, le nombre de jours avec une qualité de l’air considérée comme « mauvaise » a augmenté… alors la pollution n’a jamais été aussi réduite depuis plus de vingt ans. La mesure est immuable, mais les seuils sont régulièrement adaptés au contexte et aux enjeux, de la définition que l’on veut donner aux mots « bon » et « mauvais ». (Pour référence, les seuils de l’OMS correspondent à nos catégories « Bon » ou « Moyen » pour les particules fines et l’ozone, et notre catégorie « Bon » pour le reste. Un air « dégradé » est donc un air au-dessus des normes sanitaires de l’OMS.)

avatar Phiphi | 

@Anthony

Ben voilà. C’est exactement comme avec les épidémies.
C’est bien assez bon pour que les bénéfices couvrent les pertes en laissant claquer ceux qui auront pas de chances.
Et c’est un peu comme pour une armée en guerre, en deçà d’un certain pourcentage de pertes, c’est statistiquement bon et…
Tout…
Va…
Bien…

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@Phiphi : mais… Qu’est-ce qui n’est pas clair ? L’évaluation a été durcie, les seuils ont été abaissés, pour éviter de fausser la perception de la « qualité de l’air », qui serait mécaniquement devenue « moyenne » à « bonne » en permanence grâce aux progrès continus en la matière. C’est précisément l’inverse de ce que vous sous-entendez avec votre comparaison bancale, et en droite ligne avec les propos de l’intervenante dans l’article, qui dit bien qu’il faut continuer à tendre vers les seuils purement sanitaires ! (Et cela va d’ailleurs vite poser la question de l’ozone, polluant estival favorisé par le réchauffement planétaire, qui est loin de diminuer comme les autres polluants.)
avatar Phiphi | 

@Anthony

Ah ! Pardon alors ! J’ai mal interprété !
J’avais lu que « L’OMS considère qu’il est « dangereux pour la santé » de vivre à Lyon » et la suite de la phrase me semblait dire qu’on ne fait pas grand chose pour autant, à Lyon.
J’ai bien lu qu’on avait durci les critères, mais j’en déduisait qu’on ne les avait pas assez durci.
Sinon une chose pour laquelle je suis d’accord, c’est que le sujet est politique. Mais je suis aussi d’accord avec l’interlocuteur précédent en ce qu’à mon avis on est bien mal barré dans les luttes, que ce soit contre le réchauffement climatique ou contre la pollution.

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@Phiphi : « à mon avis on est bien mal barré dans les luttes » : et je n’en pense pas moins, mais…
avatar Gerrer | 

@s1n3d

Ce n’es pas un réchauffement mais un changement climatique. En été il fait plus chaud et en hiver plus froid. Le paysan as côté de chez moi as déjà récolté le blé hier soir avec la moissonneuse batteuse alors que d’habitude il le récolte en septembre…🧐 très tôt cet année…étrange.

avatar DahuLArthropode | 

@Gerrer

"Ce n’es pas un réchauffement mais un changement climatique. En été il fait plus chaud et en hiver plus froid"

Faux: c’est peut-être vrai localement, mais il fait plus chaud globalement, même en hiver.
Voir la magnifique animation ici:

https://youtu.be/Ddek0DEeBmc

avatar Khrys | 

Excellent article, complet, détaillé et compréhensible par tout un chacun! Merci @Anthony!

avatar bibac1 | 

C’est pareil avec les appli météo. La plupart nous refourgue des données brutes américaines et es données expertisées de Météo-France passent à la trappe…
Les données américaines affichent des précipitations au 1/10 de mm dans l’heure, c’est foireux mais ça fait plus classe que les nuages avec pluies de Météo-France sans quantité.

avatar cecile_aelita | 

@bibac1

J’avais vu une vidéo qui expliquait que c’était météo France qui refusait de fournir ses données 🙂.
Déjà que Apple est très américano centrée, alors si en plus les services français ne veulent pas fournir les infos, c’est sur que c’est pas comme ça qu’on aura des données fiables 😋!!

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@cecile_aelita : « c’était météo France qui refusait de fournir ses données » : c’est faux. Météo France est un établissement public, et donc soumis aux règles en matière de réutilisation des informations publiques. Météo France participe à la plateforme européenne Ecomet, et possède un portail entier dédié à la réutilisation des données météorologiques. Meteociel utilise d’ailleurs les modèles AROME et ARPEGE de Météo France parmi d’autres. Météo France fait chèrement payer l’accès à ses données, ce qui lui vaut des critiques régulières, mais…
avatar cecile_aelita | 

@Anthony

Ah oui pardon tu as raison🙂! En effet c’était plutôt ça que j’avais lu, que météo France vendait vraiment très chèrement ses données, ce qui pouvait en dérouter plus d’un en effet 😊.

avatar cecile_aelita | 

Il me semble bien avoir lu que l’appli météo France était bien plus fiable que l’appli météo de base d’Apple🙂. Mais le soucis c’est qu’il n’y a pas de widget avec l’application météo …😰!
Et comme je ne consulte la météo que par le widget sur mon iPhone, du coup je ne mets pas l’application météo France ! C’est dommage ça aurait été pratique 😊.

avatar Brice21 | 

TL;DR

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