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Spotify : la difficile aventure américaine

Florian Innocente

mardi 01 février 2011 à 06:13 • 4

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Le lancement de Spotify aux États-Unis n'est pas une sinécure à en croire Faisal Galaria, responsable du développement du service de streaming de musique, dans une interview à StrategyEye. Depuis plus d'un an l'arrivée de Spotify outre-Atlantique semble à chaque fois imminente, mais les propos de Galaria traduisent la complexité de ce marché, par sa structure, le poids d'iTunes et les petits intérêts personnels au sein des labels. Spotify a une date de mise en route prévue aux États-Unis, mais Galaria se refuse à la donner et souligne qu'il s'agit d'un projet de longue haleine : personnel à recruter, data centers à préparer, mise en place des services de paiement, le tout sur un marché qui s'il comprend un seul pays n'en a pas moins les mêmes caractéristiques qu'une somme de pays européens “Il y a 5000 sociétés de perception des droits d'auteurs”.
spotifyusa
Enfin, il faut compter avec les maisons de disque. En Europe explique Galaria, le modèle économique de Spotify associant accès gratuit sponsorisé par la pub et accès payant a su fonctionner “Nous sommes le second plus gros contributeur aux revenus de la musique numérique en Europe. Nous avons dépassé tout le monde, sauf iTunes. Alors oui notre modèle fonctionne” (la géographie européenne de Spotify est toutefois particulière, le service fonctionne sur quelques gros marchés, mais une poignée seulement : France, Angleterre, Norvège, Suède, Finlande, Pays-bas, Espagne, ndr). Aux États-Unis tout change “Les personnalités sont différentes, les gens sont différents - c'est le plus gros marché mondial de la musique. Si votre bonus provient des ventes de musique sur supports physiques, par opposition à la musique numérique, alors vous risquez un peu de vous inquiéter de l'arrivée de Spotify” Une situation complexe, avec de multiples facettes, pas toujours très évidentes à discerner, de l'aveu même de Faisal Galaria. Les États unis sont l'arrière cour d'iTunes, d'autres services existent, des lobbies… autant d'obstacles avec parmi eux, peut-être aussi, les maisons de disque. Paradoxalement, elles peuvent craindre que Spotify ne transforme l'essai européen “peut-être qu’elles préfèrent avoir de multiples sources de revenus”. En clair, un succès important de Spotify ne ferait qu'ajouter une seconde dépendance derrière iTunes. À cela s'ajoute la crainte chez les labels de se fâcher avec Apple “Si vous êtes l'équipe numérique d'une maison de disques et que 80% de vos revenus proviennent d'une seule source, jusqu'à quel point allez-vous vous la mettre à dos avant que quelqu'un d'autre ne puisse vous garantir les mêmes revenus ?” Même réflexion à propos de responsables chez les labels qui ne seraient guère disposés à risquer leurs centaines de milliers de dollars de bonus annuels, obtenus via iTunes, en se mettant à dos ce dernier. Apple ne resterait pas non plus les bras croisés. Restant dans le cadre de l'hypothèse, Faisal Galaria suggère que la Pomme pourrait bien user de son influence pour dicter la conduite des maisons de disques vis-à-vis de Spotify. Le temps de mettre au point son offre en streaming. Un chantier complexe qui a pris deux ans et demi au service suédois (Apple a grillé quelques étapes en rachetant Lala.com, ndr). Mais, prudent, Galaria se refuse à citer un nom de maison de disque qui ferait obstacle à l'entrée de Spotify en Amérique.
spotifypremium
Spotify dit avoir aujourd'hui 10 millions d'utilisateurs et 750 000 abonnés à sa formule premium qui comprend le client pour smartphones (9,99€ mensuels), davantage que les vétérans Napster ou Rhapsody aux États-Unis. Il mise aussi sur la curiosité du public américain qui entend parler de Spotify mois après mois sans pouvoir y goûter pour compenser le retard pris pour son lancement outre-atlantique. Enfin, Galaria ne donne aucun chiffre sur la situation financière de Spotify. Selon les pays, l'activité semble rentable, avec un taux de conversion des abonnés gratuit vers le payant qui n'a pas besoin d'être énorme (au moins supérieur à 7%). Mais l'arrivée aux États-Unis implique des investissements lourds qui devront être payés de retour pour réussir le pari de devenir une affaires de plusieurs milliards de dollars.

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