iOS, Android et bientôt Instagram veulent votre bien-être numérique

Florian Innocente |

Après les notifications mises en sourdine, les écrans à la lumière moins bleue, voilà que la mesure du temps consacré à son smartphone devient la nouvelle marotte santé des éditeurs sur mobiles.

Après Google qui a fait une annonce en ce sens pour Android P et en attendant Apple qui a déjà signifié ses intentions, c'est Instagram qui a confirmé qu'une fonction était en préparation pour montrer à l'utilisateur le temps qu'il passe dans l'app.

Kevin Systrom, patron cofondateur du réseau social, a opiné du chef sur Twitter après un article de TechCrunch suggérant qu'un bout de code encore inactif dans la version Android d'Instagram était prévu à cet effet :

Nous préparons un outil pour que la communauté IG en apprenne davantage sur le temps qu'elle passe dans Instagram — chaque moment passé doit être voulu et positif. Comprendre comment le temps passé en ligne a une influence sur les gens est important, il en va de la responsabilité de toutes les entreprises d'être honnêtes à ce propos. Nous voulons contribuer à apporter une solution. Je prends cette responsabilité avec beaucoup de sérieux.

Photos, vidéos, commentaires, messagerie instantanée, stories et bientôt appels vidéo… les ressorts sont nombreux dans Instagram pour que l'utilisateur y passe plus de temps que de raison.

Il n'est pas impossible que la décision d'Instagram soit suivie par d'autres apps dont le principal moteur jusqu'à présent était plutôt de tout faire pour que leurs utilisateurs restent aussi longtemps à l'intérieur de leurs écrans. Android va proposer cette fonction mais seulement sur sa prochaine grande version cet automne. Pour les Android plus anciens, l'initiative doit venir des apps elles-même.

Les éditeurs et les responsables de réseaux sociaux, dont les logiciels et services sont utilisés à toutes heures par les 7 à 77 ans, doivent affronter la critique récurrente que trop de temps passé dans leurs contenus devient du temps perdu avec des conséquences nocives. Cet attrait pour les écrans mobile est allé croissant, entretenu aussi bien par l'absence d'autorégulation des utilisateurs que par les sollicitations qu'ils reçoivent de ces apps.

La notion de "bien être" numérique a peu à peu fait son apparition en tentant de compenser les conséquences de notre addictions aux mobiles. Les OS se sont d'abord dotés de fonctions "Ne pas déranger" pour réguler l'affichage des notifications. Puis ce fut le tour des écrans qui peuvent virer au jaune pour atténuer la diffusion d'une lumière bleue peu recommandée avant de s'endormir.

Puisqu'il semble illusoire de pouvoir couper complètement la connexion, reste la piste de proposer des tableaux de bord et des fonctions qui vont chiffrer et encadrer notre activité en ligne et celles des enfants. Dire que l'on « passe trop de temps » dans Facebook ou même simplement sur son téléphone est une première prise de conscience et le poids des chiffres aidera à mieux illustrer cette réalité.

Le prochain Android P rendra compte du temps passé chaque jour dans chaque app et le temps cumulé sur son smartphone. Il y aura le nombre de notifications reçus quotidiennement ainsi que le nombre de fois où on a déverrouillé son téléphone. Pour chaque app il sera possible de régler une minuterie.

Le tableau de bord du temps passé dans les apps sur Android P, le minuteur pour les apps et la fonction qui passera l'écran en niveau gris pour dire qu'il commence à se faire tard

Apple va faire de même, elle l'a révélé en janvier à la suite d'une lettre ouverte publiée par deux de ses actionnaires, dont l'un est la caisse de retraite des enseignants de Californie.

La Pomme n'a pas détaillé ni montré une ébauche de ce qu'elle prépare pour compléter ses fonctions de contrôle parental déjà existantes. Au moins l'intention est là et l'objectif est défini : « Nous avons de nouvelles fonctions et améliorations prévues à l'avenir, afin d'ajouter des fonctionnalités et rendre ces outils encore plus robustes ». La grosse mise à jour de printemps d'iOS étant déjà derrière nous, rendez-vous pour iOS 12 début juin.

Les informations de batterie dans iOS peuvent donner une première idée du temps que l'on passe dans telle ou telle app, en attendant un tableau de bord mieux adapté

Pour les parents dont les enfants utilisent régulièrement des tablettes voire des smartphones, ces fonctions seront certainement bien accueillies. Reste le cas des adultes eux-même, est-ce que la vue de ces valeurs sera de nature à entrainer des évolutions dans leurs comportements ?

avatar Liena | 

On va bientôt nous dire quoi manger et quoi penser.... oh wait ! 🤔

avatar PiRMeZuR | 

@Liena

Deux choses :
- tu es déjà influencé de toutes parts pour passer le plus de temps possible sur ton téléphone et dans ces apps.
- il s’agit ici avant tout d’informer avec des données objectives. C’est ensuite sur la base de ces infos que tu prends les décisions que tu veux.

avatar Liena | 

@PiRMeZuR

On m’aurait menti alors ?? Bah zut alors 😂

avatar C1rc3@0rc | 

@Liena

Qu'est ce que tu crois que sont les smartwatch?

C'est similaire a un bracelet electronique a la cheville d'un prisonnier, mais a la difference qu'en plus de l'espionage, le bidule est actif et coercitif avec des notifications... Une prochaine version pourrait etre equipée d'un condensateur qui balance une decharge pour punir et conditionner le porteur... pour son bien évidement.

En anglais le verbe watch c'est regarder avec attention, de maniere focalisée, observer spécifiquement mais ça a aussi le sens de surveiller...

Avant la fusion du telephone et de l'agenda electronique il y avait 2 termes, définissant ces appareils, les uns etaient des telephones mobile et les autres des PDA (Personal Digital Assistant). Les deux etaient passif, leurs actions étaient contrôlées par l'utilisateur.
La frontiere entre le PDA et le "maton" est fragile et poreuse.

On peut vouloir doter le PDA d'une "intelligence" automatisant le plus possible de choses afin de réellement "assister" l'utilisateur. Tant qu'on garde la nature optionnelle et passive ça va. Des que le PDA devient directif et coercitif ça va plus du tout... Or le smartphone a non seulement acces a beaucoup d'informations (qui sont analysées et croisées par le Cloud), mais il est de plus en plus actif et interventionniste, voire fait preuve d'ingérence.

Le gros probleme vient aussi de ce que sert le PDA/smartphone: l'utilisateur, le developpeur, ou un interet tiers (annonceur, autorité, administration,...)

Si le modele economique de l'editeur c'est faire du pognon avec la pub alors il est evident que l'objectif du produit c'est de satisfaire le besoin de l'annonceur.

Si l'objectif du produit c'est d'assurer la captivité de l'utilisateur, l’intérêt n'est pas celui de l'utilisateur...

Aujourd'hui le smartphone est un outil de contrôle et d'influence de son utilisateur.

avatar psavoyaud | 

Ensuite., il faudra s’attaquer à la consommation excessive des séries télé de Netflix avec son expression la plus dingue qu’estle binge watching qui coupe le client de son environnement social pendant des semaines.

Le futur fléau.

avatar Florian Innocente | 
Vivement qu'Amazon livre du frais en France pendant les séances de binge watching devant Netflix.
avatar C1rc3@0rc | 

@psavoyaud

Je vois absolument aucun problème dans la pratique qualifié de «binge watching»
C'est un comportement d'immersion dans une histoire, certes, mais il est plutôt rationnel. On le retrouve dans toute consultation d'un récit, histoire, lecture...

L'art du conte (et ses dérivés littéraires ou cinématographiques) visent justement a captiver et emmener dans une expérience imaginaire l'auditeur/lecteur/spectateur.

C'est la nature même de ces arts et leurs qualité et réussite c'est justement leurs capacités a faire se plonger la personne dans un univers qui n'est pas le sien, a experimenter virtuellement des points de vue et hypothèses divergentes de sa realité, de parcourir des territoire avec une culture et des cartes qui sont celles d'autres...

Comme partout il peut y avoir des bascule dans l'obsessions bien evidemment, mais si l'obsession peut se servir du «binge watching», le «binge watching» n'est pas l'expression de l'obsession.

Le seul qui souffre du «binge watching» systematiquement c'est l'annonceur…
Car l'idee pour l'annonceur c'est de detourner le principe d'immersion qui est lie a l'apprentissage pour inserer des phases de programmation - conditionnement - a visee consommatoire, et cela en jouant sur le temps d’intégration (mémoire a long terme) et la répétition (fractionnement des immersions ) permettant d'installer une confusion entre realité (la pub est une retro-projection dans le reel) et l'univers artificiel de l'oeuvre...
Des qu'on passe au «binge watching», les episodes s'enchainent sans coupure, l'experience est immersive et lineaire, pas de confusion, pas de conditionnement, et la pub est exclue le plus souvent dans le cas des diffuseurs comme Netflix...

avatar Hebus720 | 

Les parents pourront plus facilement gérer le temps passer par leur enfant dans « le monde numérique » certes. Et ça peut être intéressant d’avoir ces données pour les adultes.. mais ça ouvre encore des problèmes de sécurité !
Un futur employeur pourra t’il bientôt savoir facilement notre temps passer sur tel ou tel réseau ? Comment sécuriser ces nouvelles mesures ?

avatar Florian Innocente | 
Je dis peut-être une bêtise mais les gros systèmes d'administration utilisés pour gérer les flottes d'appareils mobiles ne peuvent pas déjà renseigner sur ces choses là ?
avatar psavoyaud | 

@innocente

Je n’ai pas connaissance d’un MDM qui monitore le temps passé par app. En revanche, on peut suivre le volume de data consommé par chaque app. On peut ensuite extrapoler un poil, mais sur du chat, ce ne sera bien entendu pas significatif.

avatar C1rc3@0rc | 

@Florian Innocente

«Je dis peut-être une bêtise mais les gros systèmes d'administration utilisés pour gérer les flottes d'appareils mobiles ne peuvent pas déjà renseigner sur ces choses là ?»

Effectivement ce n'est pas une betise. Et cela est meme inscrit dans la loi pour beaucoup de situations.

Il y a plusieurs niveau de surveillance existants. D'abord il y a l'appareil dont l'OS conserve des "log" de connexion, mais aussi d'usage des applications. Ces "log" sont exploitables a distance dans le cas des appareils administrés.

Ensuite il y a les infrastructures du réseau local.
Le routeur/switch/DNS/... (ça peut etre un ou plusieurs appareils) enregistrent les IP et adresse MAC de chaque appareil et leurs acces aux IP internes et externes.

C'est valable pour une université, une entreprise, mais aussi pour un réseau domestique (si l'utilisateur savait tout ce qu'une box Internet enregistre...)

Il me semble me souvenir d'ailleurs d'un articles ici meme qui demontrait la consultation majoritaire de site comme Facebook, Twitter, etc par les etudiant a travers le reseau local des université... Evidement les IP internes etaient liées aux sites consultés avec le temps...

Et puis il y a aussi le niveau applicatif. Certaines applications d'entreprise sont conçues pour renseigner de l'usage et de la consultation que l'utilisateur en fait.

Sans parler des differents outils de surveillance installes (keylogger, moniteur d'activité) dans les appareils de flotte par les IT et dont l'utilisateur ignore tout meme si cette surveillance etait stipullé dans son contrat de travail en petits caracteres.

Il faut savoir par aussi que les Unix disposent d'outils de monitoring d'a peu pres tout et sont accessibles par SSH, donc a distance.

Parlons aussi de la synchro "cloud" qui permet a l'IT (ou plus generalement le fournisseur du service) d'avoir acces aux log internes de la machine ou meme a l'historique du navigateur de maniere automatique...

avatar Florian Innocente | 
D'ailleurs, un truc un peu HS mais marrant quand même, Instagram analyse la manière dont défile la timeline et comment sont fait les taps à l'écran pour vérifier si c'est un humain ou un robot qui utilise l'app (et prévenir les fraudes à la consultation des pubs).
avatar Yoskiz | 

« la critique récurrente que trop de temps passé dans leurs contenus devient du temps perdu avec des conséquences nocives. »

Oui c’est pas faux mais c’est aussi au gens de se discipliner.

Moi personnellement j’ai coupé la majorité des notifications pour pas être dans la tentation d’aller voir l’info, du coup parfois c’est juste le soir que je lis tout ça.

C’est aussi paradoxal de la part des réseaux sociaux c’est leur fond de commerce de drainer du trafic en permanence.

avatar Florian Innocente | 
C'est peut-être aussi une manière d'anticiper des critiques plus vives, au moins là ils peuvent dire : les outils sont là, à vous de vous en servir. Nous on a fait notre part du boulot.
avatar Yoskiz | 

@innocente

Oui c’est vrai après on ne pourra pas leur reprocher de n’avoir rien fait.

avatar pao2 | 
avatar Matbooker | 

Déjà, le "bien être numérique" devrait passer par une détox des notifications.
J'ai désactivé toutes celles qui polluent l'esprit (likes FB, followers Insta et Twitter...) , et gardé uniquement celles qui me sont personnellement adressées (imessages, Whatsapp, mail, appels...). Ainsi, moins de pollution d'esprit par tout et n'importequoi, on se sent plus au calme.

avatar rua negundo | 

@Matbooker

Je suis d’accord. En étant très sévère sur les autorisations de notifications accordées au compte goutte et en utilisant la fonction ne pas déranger, il y a déjà de quoi bien limiter les effets néfastes évoqués

avatar CorbeilleNews | 

@Matbooker

Le plus simple est de ne pas les installer ces app !!! Comme ça moins de place sur la mémoire, conso reduite, plus écologique et pas de temps perdu a les paramétrer ... 😂🤣

avatar Matbooker | 

Tout à fait !
Je n'utilise que leurs webapps et les notifications par mail.
Gain de mémoire et de batterie, et pas d'espionnage de FB entre autres.

avatar pagaupa | 

Je me méfie d'emblée de ceux qui veulent mon bien-être...

avatar Grizzzly | 

Toujours le meme amalgame: smartphone = reseaux sociaux.
Le probleme n’est pas le smartphone mais ce qu’on en fait.
Suffit de se libérer du boulet facebook et de bien paramétrer ses notifications.

avatar tbr | 

C’est curieux mais quand « on » veut mon bien, c’est comme m’inviter à la Fistinière sans que je ne l’ai sollicité

avatar xDave | 

@tbr

😄

avatar gela | 

Excellent dossier ce mois-ci dans Science et vie à propos de l’addiction des cervaux aux écrans et leurs corollaires.

avatar pat3 | 

C’est quoi cette icône de MacGermost qui ressemble à celle de Mattermost mais en orange? Vous vous êtes installé une instance de Mattermost rien que pour vous? On préfère à Slack, chez MacG?

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