Stephen Elop et les 5 défis des Windows Phone Nokia

Florian Innocente |

Stephen Elop, le président de Nokia s'est exprimé lors d'une conférence Qualcomm et il est revenu sur la situation de son groupe et de ses nouvelles ambitions depuis l'accord avec Microsoft. Il a raconté qu'au tout premier jour de sa prise de fonction chez Nokia, en septembre dernier, il a discuté avec le patron du fabricant de processeurs. Et en février, peu après l'annonce conjointe avec Microsoft, le patron de Qualcomm est revenu vers lui avec une liste de 10 choses que Stephen Elop devait changer s'il espérait relancer Nokia. Elop pour sa part en a listé 5 durant cette conférence.

Le big bang iPhone
Fondamentalement, a-t-il d'abord expliqué, il y a eu ces deux dernières années une bascule, le monde du mobile est passé d'une bataille entre des téléphones à une guerre entre des écosystèmes. “Historiquement, nous avons été en concurrence avec Samsung ou HTC mais aujourd'hui on se serre la main tout en restant en compétition, car il y a eu l'émergence de ces écosystèmes. Cela a véritablement commencé avec Apple, en 2007, lorsqu'ils ont lancé l'iPhone avec des services compagnon comme iTunes. Ils ont débuté ce processus visant à fournir une expérience utilisateur complète et ils l'ont fait à un niveau bien supérieur à ce que quiconque avait vu ou fait jusque-là dans l'industrie mobile. Mais Apple étant Apple ils l'ont fait à leur manière en gardant cet écosystème pour eux. Les développeurs peuvent y participer, mais encadrés par certaines limites. C'est un écosystème assez fermé.

Stratégiquement cela a eu une conséquence assez intéressante poursuit Elop “En faisant cela Apple a provoqué la création d'Android. Comment ? En ayant une formidable expérience utilisateur qui a inspiré tout le monde. Chacun a voulu créer quelque chose qui puisse concurrencer l'iPhone, que ce soit HTC, Samsung, Motorola, LG… Tout le monde voulait faire la même chose. Apple a créé un vide que Google est venu remplir. Google a dit, on va proposer une autre approche, une approche ouverte et vous aussi vous pouvez participer à cette révolution autour du mobile. Et on s'est retrouvé avec deux écosystèmes concurrents”.

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Elop a mis en doute la volonté d'ouverture de Google sur le long terme, en présentant un logo Apple sur une boîte fermée, illustration de son propos précédent et celui d'une boîte Google ouverte “Aujourd'hui les rabats sont ouverts, mais je remarque qu'ils y sont toujours et il reste à voir s'ils le resteront ainsi et combien de temps encore.

Symbian : out
Par conséquent Elop estime qu'il y a une place pour l'émergence d'un troisième écosystème, sous réserve de suivre un plan précis. Mais avant de le détailler, il s'est arrêté sur la situation qui était celle de Nokia à son arrivée. Le cas de Symbian tout d'abord. Le plus important des OS mobiles en terme d'unités vendues, quelques dizaines de millions par trimestre. Mais il devenait de plus en plus malaisé à le faire évoluer, chaque changement le fragilisant alors qu'il avait besoin de révisions d'ampleur (lire aussi Nokia cède Symbian à Accenture et supprime 7 000 postes).

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MeeGo : out
Il y avait aussi MeeGo, réalisé en partenariat avec Intel. Un OS plein d'innovations, mais avec son lot de problèmes également “Nous avons établi que nous ne pourrions pas lancer toute une gamme de produits couvrant plusieurs échelles de prix dans un délai assez court pour répondre aux dangers auxquels nous faisions face”. Cet OS avait aussi comme défaut de ne pas permettre à Nokia - numéro un mondial - de proposer des modèles d'entrée de gamme. Alors que cette entreprise se doit de pouvoir vendre des téléphones des plus chers aux plus abordables. MeeGo n'aurait pas pu descendre en gamme assez vite.

Face à ce constat de quasi-impuissance des options internes, Nokia a évalué ses autres options stratégiques et les a considérées sous l'angle de ces écosystèmes : soit rejoindre celui d'Android, soit participer à celui tout juste naissant de Windows Phone.

Nokia a étudié de près l'option Android. Elle avait des avantages, cette plateforme était en croissance rapide et elle permettait de remettre un pied aux États-Unis où Symbian n'a jamais vraiment pris. Seulement, Nokia a jugé qu'il aurait été trop difficile de marquer sa différence “En résumé, il y avait moins d'opportunités avec Android pour se différencier”. Pire, rejoindre Android aurait donné l'impression que Nokia raccrochait les gants “Nokia est une entreprise qui a une grande histoire, une longue période, 146 ans à passer par d'importants bouleversements, à réaliser des changements pour être à nouveau leader. Il y a donc un sentiment très fort dans la société qui veut que l'on n'abandonne pas, mais qu'on se batte encore plus.”

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Tout en considérant Android, Nokia était en discussion avec Microsoft, lequel présentait une “remarquable symétrie entre nos forces et nos faiblesses respectives. Ils avaient ce dont nous avions besoin et inversement”. À Microsoft la compétence en système d'exploitation et des services de divertissement et de média et à Nokia celles en fabrication et production à grande échelle de matériels, en plus de quelques services aussi comme ceux de navigation.

Le plus important était l'idée fondamentale, posée dans le cadre de notre accord avec Microsoft, que nous pouvions nous différencier, que l'on aurait une situation unique vis-à-vis d'Android, vis-à-vis d'Apple et que nous avions quelque chose permettant de véritablement changer les choses du point de nos clients

5 principes pour renverser la vapeur

Stephen Elop a alors détaillé cinq grands points qui doivent permettre à Nokia d'occuper toute sa place dans ce nouvel écosystème. D'abord “combler" les utilisateurs. Il a pris l'exemple des capacités photo, vidéo et HDMI du Nokia N8 (12 mpx avec optique Carl Zeiss), qui ne représenteraient pourtant qu'une fraction de ce qui sera proposé avec les prochains Windows Phone Nokia. Il a aussi loué l'expérience utilisateur proposée par l'OS de Microsoft et apparemment, selon des études, bien accueillie par les premiers clients.

Le second point tient à l'écosystème qu'il s'agit de compléter pour le renforcer. Nokia va apporter ses services de navigation, de cartographie et de géolocalisation et en faire profiter les autres fabricants de Windows Phone. Même s'ils sont par ailleurs engagés avec Android sur d'autres de leurs terminaux (par exemple HTC). Car du point de vue d'Elop, la principale concurrence ne vient pas de ces protagonistes, mais d'Android “Au bout du compte on est dans une compétition entre écosystèmes. On apporte donc des services au profit de tout le monde dans l'écosystème Windows Phone”. Comme autres exemples de ces apports mutuels, il a cité Bing ou le rachat de Skype que Microsoft entend intégrer dans sa plateforme mobile.

Le troisième enjeu réside dans les relations avec les opérateurs. Il veut que Nokia et Microsoft soient les meilleurs interlocuteurs vis-à-vis des opérateurs. Apple et Google leur menant chacun la vie dure. Le premier par ses exigences, le second par sa volonté de monétiser ses services de recherche sans que les opérateurs ni l'écosystème dans sa globalité n'en profitent. Nokia entend utiliser ses relations avec les opérateurs pour par exemple les associer aux achats de logiciels réalisés par leurs abonnés, mettre en place des stores spécifiques et personnalisés ou les laisser proposer des applications sur mesure répondant à leurs besoins et leurs marchés.

En quatrième point Elop a évoqué les tablettes, un marché où il constate qu'un seul modèle mène la danse et 200 autres n'arrivent pas à décoller et à se distinguer les un des autres. Nokia veut élargir cet écosystème Windows, notamment par ce type de matériel, ajouté des services de nuage et des contenus orientés professionnels et loisirs. Mais il ne le fera pas avant d'avoir quelque chose sortant du lot à montrer.

Enfin le cinquième point vise à séduire les développeurs et là Nokia veut jouer la carte de sa présence mondiale, ce qui a aussi intéressé Microsoft “Avec Symbian nous avons 200 millions d'utilisateurs enregistrés. 60 millions actifs dans notre store et 30 le sont de manière quotidienne et ils téléchargent 5 millions d'applications par jour.” Il a aussi tendu comme carotte cette relation de proximité avec les opérateurs qui assurait des niveaux de téléchargement et donc de ventes possibles bien supérieurs. Car le paiement se fait au travers de la facture d'abonnement, un gage de simplicité et de sécurité pour certains clients, et plus encore ceux n'ayant pas de cartes de crédit. Les services logiciels apportés par Nokia se traduiront aussi par de nouvelles API, un système de régie publicitaire ou encore l'accès gratuit aux programmes et outils développeurs Windows Phone.

Elop a conclu sur une phrase d'Henry Ford “Se réunir est un début. Rester ensemble est un progrès. Mais, comme nous le faisons aujourd'hui, travailler ensemble est un succès.”.

[via MyNokiaBlog]

avatar snark | 
@Graigi A la base je crois que Nokia c'est une banque finlandaise. Ils ont fait des pneus, des satellite, du papier, des machines industrielles très complexes (genre qui fabrique des fibres optiques, ou des câbles électriques) et aussi des téléphones... Sinon je crois pas 2 secondes que l'alternative Android était à l'étude chez Nokia... Le PDG vient de chez Microsoft... Et pour eux Google c'est LE MAL ! Y'a qu'à voir comment il charge Google dans la suite de ses propos. Sinon sa stratégie, à l'instar de HP/WebOS, semble prudente et intelligente... On sortir des tablettes que quand ça en vaudra vraiment la peine... Motorola, Samsung et autre Acer ferait bien d'en prendre de la graine... Car sur le long terme je suis persuadé que Android avec tous ses soucis de jeunesse (fragmentation, surcouches, multiples stores, produits très bas de gamme nuisant à l'image du haut de gamme, quasi tous les dev qui développent en langage managé; Java...) se fera doubler par WinPhone.
avatar alexmab | 
@ BennyLaMalice : Tu te trompe sur Android vu sa progression fulgurante, c'est comme ceux qui prévoit tous les ans la chute d'iOS pour ses défauts. Enfin c'est mon avis.
avatar Marksanders | 
C'est une bonne stratégie. Du bon matériel Nokia et un bon OS quoiqu'un peu jeune, et ils se différencient d'Android.
avatar macarthur01 | 
iOS et android trop loin
avatar denisbook | 
C'est un discours aberrant pour moi "pour pouvoir se diffèrencier nous allons utiliser la plateforme non diferenciable de Microsoft que nos concurrents vont utiliser aussi" Il suffit. Nokia est juste devenu un énième fabricant de pc (mobile) standard.
avatar master_bate | 
En effet bonne article, ce que dit ce monsieur est réfléchi est je pense qu'il na pas tord, maintenant a voir si le duo Microsoft/Nokia va marcher, ce que j'espère pour eux.
avatar JonathanMds | 
pas moi, c'est vache, mais nokia va mourir à tout petit feu ... je pense la même chose que oomu au final
avatar bmxeur91 | 
Excellent article, merci. J'espère qu'OviMaps sera aussi offert aux possesseurs de WinPhone HTC, Samsung,...
avatar JackOne | 
Son discours est quand même surréaliste : - il déplore presque l'écosystème d'Apple soit disant fermé mais ils ont fait un partenariat avec Microsoft qui copie les fondements de l'écosystème d'Apple. - il fait exprès de voir que le système de Microsoft WP7 ne marche pas. - je trouve super de continuer ou même renforcer l'attitude "on baisse notre froc devant les opérateurs"
avatar redchou | 
Oui. La technique du "on se retire mais on va exploser les scores" on la connait. Et c'est la technique dite "de Palm". Au final ils se sont faits gobés par Hewlett. Remarquez. Etant donné qu'on prête volontiers à MS l'intention de racheter Nokia, c'est peut être la bonne technique. Bon, allez, back to mon iPad 2...
avatar marcoleman | 
On a droit à une superbe prose du loup qu'on a fait entrer dans la bergerie, qui nous explique que non, c'est pas lui qui a mangé les poules... "On a tout étudié mais le système fait par mon ancienne boite et malgré un début mitigé est vachement mieux / les points fort de nokia (comme la navigation) on les file à tous les concurrents qui proposent du windows phone / avec android on ne peux pas se différencier (ah bon?) alors windows phone c'est mieux (vu qu'il est encore moins possible de se différencier... espérons que ça change quand même un jour)." ouais bon, n'en jetez plus la coupe est pleine. En dehors de ça, les accords avec les opérateurs pour payer les app, pourquoi pas, c'est un point différenciant et qui peut etre pratique. Un peu déçu par le meego out, mais je peux comprendre... par contre, penser fourguer du windows phone en entrée de gamme plutot que du symbian, j'y crois pas trop... Au contraire en laissant la partie smartphone et phone évolués à windows phone, ça pourrait permettre de renvoyer symbian à un peu plus de simplicité et moins de fonctionnalités afin de le rendre un peu plus léger qu'il n'est, ce qui en ferait un bon système entrée de gamme. Sinon, je suis assez d'accord avec ses remarques sur l'ecosystème, c'est vraiment devenu très important. et c'est pourquoi je suis loin de m'intéresser aux systèmes windows phone (enfin ça et l'interface que je n'aime globalement pas trop malgré certains concepts que je trouve très bien pensés, et puis des désillusions avec les anciens systèmes windows mobiles...) et que je m'intéresse de plus en plus à android depuis assez peu (sinon, j'aime bien manipuler l'iphone de ma femme, mais pas au point de complètement adhérer et de m'en prendre un pour remplacer mon sony ericsson aino sous symbian... ce sera plutot un androphone en fin d'année)
avatar Krynn | 
Encore un très bon article macgé, et un beau discourt, cohérent et cortiqué. Seul hic, c'est que du point de vu de l'utilisateur, sa seule ambition est d'arriver à proposer (à quel horizon ?) ce qu'apple propose déjà. Un role de suiveur donc, et même si c'est peut être leur seul option aujourd'hui, pas facile aune boite finlandaise de concurrencer les asiatiques dans ce rôle...
avatar iFred-is-a-widget | 
Faire confiance aux opérateurs ? Je ne suis pas sur que ce soit la stratégie la plus pertinente... Les impliquer dans la distribution des applis pour qu'ils touchent leur eco, non merci... Et on fait comment quand on change d'opérateur?
avatar FabienR. | 
C'est maintenant qu'ils se bougent après avoir perdu pas mal de leurs clients partir chez Apple ? Et encore ils n'en sont qu'a la planification de la stratégie, leur énorme retard les feront couler.
avatar manu1707 | 
J'ai apprécié tout ce que j'ai lu... jusqu'au passage sur les opérateurs. Putain les gars, déconnez pas quoi.
avatar JonathanMds | 
Ouais par contre jai pas compris le passage avec les applications et les stores ??
avatar florianhenna | 
Il suffit de lire deux autres articles de MacGé publiés depuis 24 h pour espérer voir Nokia se planter en beauté ! Les opérateurs bloquent Face Time et les opérateurs empêchent Apple de faire disparaître la carte SIM pour faciliter la vie du client... Alors, entendre le PDG de Nokia dire qu'il va tout faire pour aider les opérateurs, quand on est un client ça donne vraiment envie d'aller voir ailleurs...
avatar RaZieL54 | 
En fait c'est un discours marketting visant a tenter de soustraire à la vue la réalité de la situation catastrophique dans laquelle se trouvait Nokia et qui ne fait qu'empirer depuis que Microsoft a racheté l'activité production de matériel de téléphonie de Nokia. Si le discours contre Google est significatif de la marque de Microsoft et ne laisse guere planer de doute qu'il n'y ait jamais eu une réelle intention de s'y associer... il ne laisse pas moins en filigrane transparaître que c'est bien le vrai concurrent à abattre tellement Apple est hors de porté. Le fait de ne pas évoquer HP/WebOS ni RIM est tout autant significatif de la nature marketting à destination des marchés. Lorsqu'il parle des developpeurs, peut être evoque t'il le financement consenti par Micorsoft de ceux ci pour qu'ils prennent (perdent) le temps d'adapter leurs produits phares (sur iOS) à WP7? Quant au discours par rapport aux opérateurs, c'est la un exercice de funambule des plus périlleux, car avec le rachat de Skype il s'agit ni plus ni moins d'une déclaration de guerre aux intérêts de ceux-ci, sans évoquer Bing en plus... La politique le Micorsoft copie donc celle de Google et d'Apple, c'est à dire remettre les operateurs à leur place de fournisseurs de "tuyaux" en les délestant des services sur lesquels ils s'engraissaient... Finalement la citation d'Henri Ford est des plus comique: le fordisme n'est il pas l'antithèse absolue de la notion de collaboration intelligente et le parangon de l'exploitation mécaniste des ressources humaines au bénéfice d'une oligarchie financière? Comme le dit Oomu, le secteur téléphonie de Nokia racheté par Microsoft n'est plus qu'un constructeur de PC mobile standard parmi les autres... Et Microsoft tente de copier le modéle Apple, encore une fois, mais a la différence que cette fois ci, Apple est un poids lourd installé -le leader- et que Microsoft a parasité le mauvais cheval: Nokia moribond n'est pas l'IBM omniprésent et référence des années 70...
avatar Titov | 
Un bien beau discours qui nous assure que Nokia est hors jeu pour un bon moment vu le degré zéro de l'analyse présentée par son patron. Déjà commencer par l'explosion d'Android en réaction à la fermeture supposée d'Apple avec Windows Phone comme solution, ça annoncait la couleur !! Bref, il ne faut rien attendre d'eux et se tourner vers les vrais concurrents d'Apple : RIM, HP et bien sûr Google.
avatar cadou | 
Si Nokia sent sors, ce sera grâce à WP7, si il ne sent sort pas aussi. C'est ce qu'il dit d'ailleurs et il a bien raison. Je vois pas pourquoi WP7 s'imposerait pas sur le long terme, mais ça va mettre un peu de temps. Android sera toujours devant, mais IOS va saturer au bout d'un moment.

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