Aperçu de Tidal, un nouveau service de streaming lossless

Anthony Nelzin-Santos |

Tidal continue son expansion européenne avec un lancement en France. Ce qu’est Tidal ? Un des deux services de streaming d’Aspiro, petite société suédoise que Jay-Z essaye d’acheter pour en faire son Beats Music. Sa particularité ? Il concurrence moins Spotify que Qobuz avec son immense catalogue de titres diffusés sans perte. Ce que cela donne ? La réponse dans notre aperçu.

Un service de streaming audiophile

Le catalogue de Tidal compte 25 millions de morceaux et 75 000 vidéos. Les habituels reclus du streaming mis à part, il est bien difficile de ne pas trouver ce que l’on cherche — y compris du jazz suédois, du blues des années 30, et de la country de la Saskatchewan. Si ce catalogue souffre d’un défaut, c’est peut-être d’être trop imposant : pris au jeu de celui qui a la plus grosse, Tidal propose d’innombrables singles, compilations, best of officieux et reprises de karaoké dont le public visé n’a cure.

Le public visé, c’est celui des audiophiles qui ne peuvent pas se contenter des services de streaming diffusant de la musique compressée. Tidal diffuse en FLAC (sur PC et Android) ou en ALAC (sur Mac et iOS) à 16 bits et 44,1 kHz. Qobuz diffusera bientôt en 24 bits, mais cela ne servira pas à grand-chose de plus qu’à gâcher de la bande passante : l’offre de Tidal est irréprochable sur ce point…

L'interface du lecteur sur iPhone, avec la mention « HIFI » qui indique une source lossless. Les boutons supplémentaires permettent de créer une radio, d'ajouter le morceau à une liste de lecture ou encore d'afficher des informations complémentaires.
L'interface du lecteur sur iPhone, avec la mention « HIFI » qui indique une source lossless. Les boutons supplémentaires permettent de créer une radio, d'ajouter le morceau à une liste de lecture ou encore d'afficher des informations complémentaires.

…ou presque : pour profiter d’une telle qualité, il faut absolument utiliser les applications sur iOS et Android, ou Chrome 38+ sur Mac et PC. L’interface web fonctionne aussi sur Safari 6+ et Firefox 33+, mais elle ne diffusera alors qu’en AAC 320 (on le remarque à l’absence de la mention « HIFI » sur le lecteur). On peut aussi choisir d’écouter en HE AAC 96, mais on se demande qui voudrait bien s’infliger un tel supplice.

Vous l’aurez compris, Tidal ne propose pas de client Mac, ou du moins rien de plus qu’une coquille entourant son site web. Ce n’est pas un drame, puisque l’on peut parcourir le catalogue tout en écoutant de la musique, la navigation étant fluide et rapide. Tout au plus peut-on regretter l’absence de synchronisation entre le web et les apps : il n’est pas possible de reprendre sur un appareil la lecture commencée sur un autre. Tidal s’intègre par contre à de nombreux systèmes sonores, dont ceux de Sonos, de Linn, de Mirage, ou encore de Meridian.

L'écran d'accueil fait la part belle aux listes et sélections, mais propose aussi des albums. Tidal offre par ailleurs d'autres modes de navigation, plus classiques.
L'écran d'accueil fait la part belle aux listes et sélections, mais propose aussi des albums. Tidal offre par ailleurs d'autres modes de navigation, plus classiques.

Des systèmes haut de gamme pour une écoute sans perte demandant une solide connexion. Pour éviter de passer son quota de données cellulaires dans la journée, mieux vaudra télécharger les morceaux à l’avance, passer en AAC 320, ou privilégier une connexion Wi-Fi. Même avec une connexion fibrée, le chargement du premier morceau demande quelques secondes ; la suite est préchargée pour éviter les interruptions.

La différence entre l’ALAC et l’AAC est d’autant plus sensible que l’on peut facilement passer de l’un à l’autre. Cela étant dit, la diffusion en lossless ne garantit pas que la musique soit toujours d’une excellente qualité. Un master repris à la truelle, du grunge enregistré à travers trois compresseurs, ou de la pop mixée pour les autoradios et YouTube, ne « sonneront » pas mieux en lossless qu’en MP3 192. Ils « sonneront » souvent moins bien.

Un service fortement « éditorialisé »

Un casque quelconque branché sur la sortie audio d’un iPhone, les bénéfices de l’ALAC ne sont pas non plus évidents. Bref, les conditions pour profiter au mieux de Tidal sont très particulières, et demandent un investissement certain en amont. Mais quand elles sont réunies, l’écoute est tout simplement jouissive. D’autant qu’elle peut durer des heures et des heures et des heures, grâce aux nombreuses sélections effectuées par l’équipe d’éditeurs et de journalistes de Tidal.

À gauche, un exemple de sélection (celle-ci est particulièrement bonne). À droite, sa description, peut-être un peu maigre.
À gauche, un exemple de sélection (celle-ci est particulièrement bonne). À droite, sa description, peut-être un peu maigre.

Si la page d’accueil de Tidal laisse une place aux derniers albums sortis, elle se concentre d’abord et avant tout sur des sélections thématiques. Cette approche rappelle celle de Beats Music, et permet de mitiger la surabondance du catalogue tout en élargissant les horizons de l’auditeur. Tidal propose ainsi un « magazine », qui permet de (re)découvrir des artistes, des albums et/ou des genres. Après quelques jours d’utilisation, force est de constater que cette approche est efficace.

Les 75 000 vidéos ne sont pas mises en avant et les interviews ne sont pas traduites en français, mais les sélections sont pertinentes. La plupart surfent sur l’actualité, comme cette étonnante liste de lecture célébrant l’anniversaire de la bière en canettes, ou celle-ci autour du film Whiplash. D’autres tournent autour d’un genre, comme cette playlist sur le bluegrass. Chaque jour ou presque, l’équipe propose aussi une sélection éclectique de dix morceaux plus ou moins récents.

D'autres exemples de sélections, qui mettent en avant des artistes indépendants et peut-être moins connus.
D'autres exemples de sélections, qui mettent en avant des artistes indépendants et peut-être moins connus.

Tout l’intérêt de ces sélections est qu’elles peuvent servir de point de départ à une exploration du catalogue. On peut lancer une « radio » à partir d’un morceau, ou ajouter toute une sélection à ses listes de lecture, qui prennent place dans l’onglet Ma musique. Ces fonctions ne sont pas spécifiques à Tidal, bien sûr, mais elles y sont particulièrement bien réalisées (on peut, par exemple, ajouter aussi bien un morceau qu’un album à la file d’attente de lecture).

Tidal offre bien sûr des modes de navigation plus traditionnels, par album ou par genre par exemple, et propose un moteur de recherche simple mais efficace. Il faut seulement remarquer que les sélections dédiées aux artistes français et/ou en français ne sont pour le moment pas légion. « Pour le moment », car Tidal promet de multiplier son offre dans les prochaines semaines. Ainsi, le catalogue du label Because Music, l’un des principaux labels français indépendants, sera intégré au service dans les prochains jours.

On peut télécharger de la musique en local, ce qui est heureux vu le poids des morceaux. L'application iOS de Tidal intègre aussi un système de reconnaissance audio à la Shazam.
On peut télécharger de la musique en local, ce qui est heureux vu le poids des morceaux. L'application iOS de Tidal intègre aussi un système de reconnaissance audio à la Shazam.

De manière générale d’ailleurs, Tidal met beaucoup l’accent sur les artistes indépendants et moins connus. Il n’y a qu’à mettre sa page d’accueil à côté de celle de l’iTunes Store pour comprendre : quand Tidal fait la promotion de Sannhet et de Simone Dinnerstein, Apple célèbre Madonna et Texas. On retombe vite sur les mêmes albums, sorties obligent, mais ce genre de choix est révélateur de l’approche de Tidal. Il propose de la musique un peu plus sophistiquée que la moyenne, dans une bien meilleure qualité que la moyenne, pour des auditeurs payant un peu plus que la moyenne.

Un service attractif et attachant, mais cela suffit-il ?

Car Tidal ne propose pas d’offre gratuite financée par la publicité. Non, c’est un service premium facturé 19,99 € par mois. À ce prix, on peut utiliser un appareil en ligne en même temps que trois appareils hors-ligne : cela ne remplace pas une offre famille, mais permet de relativiser un peu le prix qui n’est après tout que celui d’un bon disque. Dans ces conditions, Tidal est comme un buffet à volonté dans lequel on pourrait piocher en qualité CD, le temps de l’abonnement.

Eu égard à l’ampleur de l’offre, la qualité sonore et le travail éditorial, ce prix paraît justifié. Mais encore faut-il désirer une telle qualité sonore et apprécier d’être pris par la main et les oreilles. L’offre de Qobuz, similaire en qualité et en prix, compte moins de 20 000 abonnés ; Deezer réserve son offre Élite aux propriétaires de matériel Sonos. Tidal peut-il faire mieux ? Pas sûr. Et c’est dommage, parce que c’est un service particulièrement plaisant.

[Mise à jour du 31 mars 2015] Désormais propriété de Jay-Z, Tidal a été relancé avec de nouvelles offres :

  • Tidal Premium, qui propose de la musique en qualité AAC 320 pour 9,99 € par mois ;
  • et Tidal HiFi, qui propose du lossless pour 19,99 € par mois.

Les deux offres puisent dans le même catalogue et bénéficient des mêmes services — seule la qualité audio les distingue. L’offre la moins chère, issue de l’absorption de Wimp, concurrence directement Spotify.

Auréolé du soutien de nombreux artistes — parmi lesquels Daft Punk, Coldplay, Rihanna, et Beyoncé bien sûr — Tidal promet désormais de se battre pour obtenir plus d’exclusivités que ses concurrents. Il a déjà réussi à attirer Jack White, pourtant amateur de vinyles devant l’éternel.

Note

Les plus :

  • Catalogue très fourni
  • Sélections pertinentes
  • Qualité sonore irréprochable

Les moins :

  • Pas de client Mac/PC
  • Peu de contenu français/en français
  • Pas de véritable offre familiale
8.5
10

Prix :
19,99 € par mois

Tags
avatar Yohmi | 

J'ai du mal à croire qu'avec autant de morceaux, la qualité soit réellement au rendez-vous, quand on sait à quel point Qobuz peut être tatillon à ce sujet et lutte pour obtenir le meilleur des maisons de disque. Lossless c'est juste l'encodage du fichier, ça ne veut pas dire qu'il est de qualité. Y'a qu'à voir l'album posthume de Michael Jackson, retiré temporairement de la vente pour cause de son pourri, et remis après entretien auprès de la maison de disque qui révélât que c'était la production qui était pourrie, pas les fichiers. C'est noble de la part de Qobuz d'avoir osé remettre en cause la qualité du transfert et d'avoir engagé le dialogue pour être sûr de proposer la meilleure qualité possible.
Mais ne connaissant pas Tidal, ce n'est peut-être qu'une appréhension qui ne se traduit pas dans les faits…

avatar mikmak | 

J'aurais aimé tester un mois gratuit comme les autres...

avatar vicento | 

J'ai reçu un mail proposant un mois gratuit de la part de Tidal.
Je m'étais inscris pour avoir des infos sur leur site.

avatar Jean Claude Dusse | 

Je trouve hallucinant que nous en soyons arrivés là.

Se réjouir de la possibilité de jouissance de morceaux en qualité CD.

Alors que depuis le début, nous n'aurions jamais dû faire l'impasse sur cette qualité.

avatar vicento | 

Tidal a été monté de toute pièce (à la va vite) pour essayer de contrer Qobuz.
On verra bien ce que ça donnera.

avatar jeanpaulbertrand | 

Votre article a été réalisé à la va-vite et ne correspond guère à un test sérieux, si je peux me permettre. Tidal manque de répertoire (le nombre de millions de titres est une grosse daube que personne ne peut vérifier), Tidal contrairement à ce que vous dites a un rédactionnel et de la documentation famélique, Tidal est tout juste traduit. Et surtout c'est un service qui est très peu spécialisé, une sorte de Spotify en vraiment moins bien, avec le Lossless en plus. Pour le prix en France on a la chance d'avoir Qobuz, à tous égards incomparable. certainement le meilleur service de musique au monde. Et le 24 bit en plus pour ceux qui aiment, et des newsletters très bien faites etc. Il faudrait en etre fiers plutôt que de servir la soupe à cette pale imitation.

Moi je mets 5/10 !

avatar bnonyme | 

Oui mais le catalogue de Qobuz est ultra limité au classique et au jazz. Pour ceux qui aiment (aussi) d'autres musiques c'est la misère. Si Qobuz avait un catalogue plus complet j'y aurais souscrit, même si je trouve leurs prix assez prohibitifs (quand on additionne tous les abonnement style Canal+, Evernote, etc., cela commence à faire lourd par mois...). Certes, ce n'est pas de leur faute, mais bon. Et puis les abonnements il ne faut pas les oublier (je me fais une liste que je tiens à jour de tous les abonnements que j'ai), ce d'autant que la grande majorité sont renouvellés "tacitement". Il est donc très facile de ne plus utiliser un service...tout en continuant à payer son abonnement, si on ne fait pas attention. Moi je commence vraiment à en avoir marre des abonnements, ce sont des fils à la patte.

avatar bnonyme | 

Une question à Macg et Igen, pourquoi les messages du site sont-ils en anglais, style "Your comment has been posted" ? :-)

avatar Simeon | 

Cela tombe bien, avec les musiques traditionnelles / du monde, ce sont les seuls types de musiques qui font preuve d'originalité et de diversité.
Oui, oui, ma mauvaise foi prend la porte. Et je sors avec elle.

avatar abccba | 

J'ai du mal à lire que le catalogue de Qobuz est limité au jazz et au classique. Ce n'est plus vrai ! En ce qui concerne le test de MacG, je trouve ça limite de parler de "son irréprochable" pour Tidal en dégommant presque l'offre de Qobuz... Ils proposent la même chose et Qobuz promet de faire mieux dans quelques temps ! J'ai l'impression que MacG aime bien dégommer Qobuz. D'ailleurs, l'un des points négatifs donné par MacG, le fait de ne pas avoir d'application dédiée, donne donc l'avantage à Qobuz qui en a une... Si on vous suit, Qobuz aurait 9,5/10 non ?

avatar pascalg21 | 

Eh bien pour mon premier soir d'essai avec tidal c'est desastreux ; que de coupures permanentes inécoutable; i n'y a pas que qobuz qui rencontre des soucis

avatar oomu | 

je ne suis pas intéressé par un abonnement juste pour accéder à de la musique ni à "streamer".

Je préfère payer un prix plat pour un fichier débarrassé d'un bridage nécessitant de se connecter à un "serveur".

Idéalement donc, je voudrais pouvoir acheter via itunes store ou quobuz ou autre, des fichiers alac/flac, issu de bons masters bien sur, et les télécharger, et les engranger tel un dragon sous la montagne.

C'est ce que je fais avec les aac d'itunes (depuis la suppression du drm), et les millions d'indépendants, amateurs, semi-pros, pros que j'accumule en flac/alac/mp3/acc/autre (très rare le autre).

avatar Erravid | 

Je n'ai pas vraiment la culture streaming non plus.

En revanche, les deux sont possibles sur Qobuz et streaming haute qualité et achat des fichiers alac / flac y cohabitent dans la plus grande harmonie.

avatar Charleon | 

À mon avis, chez nous, autant s'abonner chez Qobuz pour la même offre, voire meilleure ...

avatar God_Schizo | 

Je suis curieuse de voir leur modèle de répartition des revenus et comment ils comptent se différencier de la concurrence avec un premium à $29,99 !

Ma synthèse sur le sujet ici : http://bit.ly/1xvQiJw

avatar AliceKo | 

il y a trop de solutions gratuits qui font le meme et miex. je parle de youtube et last.fm. ils offrent toutes les musique gratuit! https://itunes.apple.com/app/id784497741 est aussi une bonne appli avec des chansond gratuits

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