Pebble Time : une brève histoire du temps

Mickaël Bazoge |

Il y avait quelque chose de fascinant à suivre le compteur Kickstarter de la Pebble Time lors de son lancement : de mémoire de backer, on l’a rarement vu filer à une telle vitesse. Et c’est loin d’être terminé : le cap du premier million de dollars a été franchi en 20 minutes, celui des 8 millions en 18 heures.

La première génération de la montre connectée a atteint le score de 10,2 millions de dollars, une somme qui place le produit monochrome dans le top 3 des campagnes Kickstarter les plus fructueuses, devant le jeu de cartes Exploding Kittens (8,8 millions) et derrière la glacière Coolest (13,2 millions).

Au rythme où les investisseurs continuent de financer la Pebble Time, cette dernière pourrait bien passer devant tout ce petit monde d’ici la fin de la semaine… même s’il est probable que le flot des investissements va se tarir après la folle séquence du lancement de la montre. L’enthousiasme de ce début de campagne est en tout cas à la hauteur de l’affection que portent les early adopters à Pebble.

Mais même si le nombre de dollars est impressionnant, il faut raison garder : à l’heure actuelle, ils sont moins de 40 000 à avoir pré-commandé une montre. Et si le succès des montres Pebble s’est largement reposé sur l’incapacité de la concurrence, notamment d’Android Wear, de s’imposer sur le marché bourgeonnant de la montre connectée, rien ne dit que l’avenir continuera de sourire pour Pebble.

Car en avril, soit un mois avant que la Pebble Time ne soit livrée à ses premiers acheteurs, le mastodonte Apple va jouer le rôle de l’éléphant dans le magasin de porcelaines. La commercialisation de l’Apple Watch débutera en effet, et le bulldozer marketing de la Pomme ne laissera plus vraiment de place à la concurrence, au moins durant quelques mois. Que va-t-il rester à Pebble ?

Pebble Time : du temps et de l’argent

En face de l’Apple Watch, la Pebble Time a quelques arguments à faire valoir. D’une, son prix : à 199$ prix public (elle est actuellement proposée à 179$ sur Kickstarter après avoir débuté à 159$), elle est toujours 150$ moins onéreuse que la montre d’entrée de gamme d’Apple. Certes, on peut toujours objecter que question design, on peut préférer le travail de Jony Ive à celui de Pebble, qui conserve avec la Time le look « geek » qui caractérisait la première génération.

La Pebble Time ressemble toujours à une montre en plastique, mais qu’on se le dise : la bordure autour de l’écran est en métal, ce qui lui donne un air un peu plus distingué (même si le reste du châssis reste en plastique). Le boîtier, de 9,5 mm d’épaisseur, est 20% plus fin que le précédent modèle et légèrement courbé pour mieux épouser la courbure du poignet. Autre raffinement bienvenu, l’écran est protégé par du Gorilla Glass 3, un standard de l’industrie que l’on retrouve sur bon nombre de smartphones actuels. Pour le prix demandé, ces caractéristiques sont une bonne surprise.

Au mieux, on dira donc que la Pebble Time la joue incognito, alors que la première génération annonçait clairement la couleur nerd. On retrouve sur cette nouvelle montre les quatre boutons permettant de naviguer dans les menus de la nouvelle interface. Au dos, vient se positionner le port chargeur, qui se double d’une sortie qui permet aux accessoires tiers de communiquer avec la montre : Pebble, dont les ressources restent limitées à celles d’une start-up, veut laisser aux fabricants le soin de concevoir des modules additionnels comme un cardiofréquencemètre ou un GPS. L’espoir ici est que se développe un écosystème matériel autour de la Pebble Time (le constructeur livre d’ailleurs les plans 3D pour concevoir des bracelets, docks et autres étuis).

Un dock pour la Pebble originelle.

Le principal argument de vente de Pebble pour s’imposer sur le marché de la montre connectée est l’autonomie. Celle de la Time est annoncée à 7 jours, bien mieux que les montres Android Wear et l’Apple Watch, dont l’autonomie reste encore nimbée de mystère (mais elle ne sera certainement pas capable d’assurer une semaine de fonctionnement sur une seule charge). Comment réussir ce miracle ? Une partie de la réponse tient dans le principal composant de la Pebble Time : son écran.

Au contraire des constructeurs qui ont opté pour des technologies d’écran qui flattent certes l’œil mais qui restent toujours aussi gourmandes, Pebble a fait le choix d’un écran LCD transflectif. « Nous avons jeté un œil à la technologie OLED », explique Eric Migicovsky, le jeune CEO canadien de 28 ans de Pebble. « Nous nous sommes aussi intéressés au LCD. Nous avons regardé les écrans Retina et certains d’entre eux avaient vraiment de la gueule. Le problème, c’est qu’ils pompent la batterie ».

Cette technologie permet de se passer d’un rétro-éclairage interne, un composant indispensable sur les dalles LCD classiques, tandis que la lumière ambiante sert à « éclairer » l’écran. On y gagne non seulement une meilleure visibilité en plein soleil, mais surtout on économise sur l’énergie normalement nécessaire pour alimenter le rétro-éclairage.

Image The Verge

L’écran de la Pebble Time s’offre en plus l’affichage de la couleur, au contraire des précédentes versions de la montre (à l’affichage monochrome). Le constructeur ne peut pas offrir les 262 000 couleurs du nouvel écran présenté par Japan Display (bien que le fournisseur de Pebble soit originaire de Tokyo), mais les 64 couleurs possibles sur la Time seront bien suffisantes pour les jolies animations des cadrans et de l’interface. En bonus, l’écran de la Pebble Time est toujours allumé, alors que pour connaître l’heure sur l’Apple Watch il faut tourner le poignet. En bout de course, Pebble a fait le choix d’une technologie certes low tech, mais qui en retour offre des avantages concurrentiels. Bien sûr, il faudra voir à l’usage si l’autonomie réelle est bien celle promise.

L’autre grande affaire de la Pebble Time est la présence, sur la tranche aux trois boutons, d’un micro. Ce dernier sert à l’enregistrement de mémos vocaux et à répondre vocalement aux notifications d’applications — malheureusement, sur iOS, il faudra se contenter de la seule compatibilité avec l’application Gmail, alors que la fonction est plus ouverte sur Android. Avec le lancement d’un SDK et l’ouverture des API aux développeurs, il est fort probable que l’usage de ce micro aille bien au-delà de ces deux fonctions.

L’heure et bien plus

Si l’effort a porté sur le matériel avec un design affiné et un écran couleur, Pebble a aussi réfléchi au logiciel. Exit les menus et les listes à la iPod, place à la « chronologie personnelle » ! Ce concept, mis au point par l’équipe de Liron Damir (un ancien de webOS), permet de se passer du listing insipide des apps comme la Pebble l’offre dans sa version actuelle, au profit d’un système plus ambitieux.

Sur la tranche de droite, le bouton du haut affiche les notifications reçues : courriels, statuts Facebook, tweets, appels manqués, nombre de pas, calories brûlées… Le bouton du bas a pour mission d’afficher les rendez-vous à venir, les alertes (tel film à telle heure, par exemple). Quant au bouton central, il permet tout simplement de lancer la fameuse chronologie.

Dans le cadre de cette personal timeline, les applications tierces font office de fonctions, plus que de logiciels autonomes. Cela commence à rappeler les fameuses cartes de Google Now pour Android Wear, mais la technologie « prédictive » du moteur de recherche laisse l’utilisateur dans le flou : il ne connait jamais la nature de la prochaine carte. Pebble Time lui offre un moyen simple de naviguer au travers de toutes ces notifications, passées et à venir.

La Time est aussi compatible avec les quelques 6 500 applications et cadrans déjà disponibles pour la Pebble, et qui peuvent être téléchargés depuis le logiciel compagnon sous iOS. Voilà qui assure un solide écosystème pour débuter, une chose dont ne bénéficie pas forcément Android Wear (quant à l’Apple Watch, il faudra attendre avril pour connaître le catalogue d'applications). Bonne nouvelle : le système d’exploitation de la Pebble Time devrait être proposé au téléchargement pour les Pebble classiques.

Le développement de ce qui a été baptisé en interne projet Snowy (le nom anglais de Milou) a débuté en novembre 2013, avec une réflexion sur le lancement du nouveau modèle. C’est finalement Kickstarter qui en a eu les faveurs, car après tout le succès de l’entreprise provient du site de financement participatif et de ses utilisateurs. Le constructeur a pensé son affaire : tout n’a pas encore été dit. Des « surprises » seront dévoilées tout au long de la campagne de financement, qui dure un mois. Et ceux qui ont réservé un exemplaire se verront offrir la possibilité de rajouter au pot pour obtenir un modèle plus premium (un boîtier tout métal, par exemple ?). On n’a pas fini d’entendre parler de Pebble.

crédit : The Verge — 3 Pebble Time à droite

avatar iPoivre | 

Je pense que Pebble a encore quelques années de répit. Finalement c'est l'une des montres les moins chères du marché, tout en offrant un large choix de fonctionnalités. En plus, l'autonomie est bien meilleure que celle de ses concurrentes.

Et puis en attendant la v2 voire la v3 de l'Apple Watch, c'est un très bon compromis.

En plus je pense qu'ils n'auront pas à rougir de leurs chiffres de ventes au bout d'un mois, même face à la déferlante Apple Watch qui arrive.

avatar Mickaël Bazoge | 
Il y a même de la place pour les deux, Apple Watch et Pebble. Android Wear, je suis moins sûr.
avatar iPoivre | 

@MickaëlBazoge :
Chez Android Wear je ne vois pour l'instant que Motorola qui peut sortir du lot, grâce à un design superbe.

avatar PiRMeZuR | 

C'est amusant, il y avait ce même scepticisme avec les tablettes Android, qui seraient écrasées par l'iPad et Windows RT. 4 ans plus tard, on voit le résultat. Rien que la part de marché d'Android sur smartphones et tablettes promet un avenir radieux à Android Wear.

avatar IlanL | 

@PiRMeZuR :
La part de marché d'android est importante c'est indéniable mais elle regroupe autant les smartphones entrée de gamme que milieu et haut de gamme donc pas sur que tout les acquéreurs de smarthphones Android soit éligible pour Android wear.

avatar bonenza | 

Vu le prix j'en ai commandé une à 159$ à l'ouverture. L'OS semble prometteur.

avatar iPoivre | 

@bonenza :
Chanceux, je suis arrivé trop tard et j'ai du me contenter de celle à 179$.

avatar Ast2001 | 

Où avez-vous vu que les montres Android Wear n'ont pas d'écosystème aujourd'hui ? Il commence à y avoir un paquet d'applis dédiées et si on ajoute les applis qui disposent maintenant d'une appli compagnon, ça commence à faire pas mal.

avatar Rigat0n | 

J'en ai commandé une aussi (179$, j'ai trainé). Serai ravi de remettre un peu d'argent sur le tapis pour un aspect plus "premium".

avatar Thegoldfinger | 

IT 'S OVER 9000 !

Une petite référence geek pour dire qu'elle dépasse les 9000K de ventes

PS: ils ont fait pire en mise à jour sur le site kickstarter , l'équipe technique a mît un cat Nyan sur la Peeble Time ^__^

avatar fredG4 | 

C'est vrai la nouvelle Pebble Time n'est pas très séduisante esthétiquement. L'Apple Watch n'est pas non plus un canon du design horloger même si la noblesse des matériaux et de la finition amélioreront sans doute l'aspect général du produit.

Par contre, je trouve que Pebble a vraiment bien pensé son concept d'interface basé sur l'idée de chronologie. Un concept bien plus élaboré que celui d'Apple pour sa watch. Car si Apple a eu la bonne idée de reprendre l'idée (et la technicité) de la couronne horlogère pour naviguer dans l'interface cela reste plus brouillon dans la finalité. On se retrouve perdu dans un maelström d'applications toutes aussi différentes les unes que les autres. On est loin d'un outil simple comme Steve Jobs avait pu présenter le premier iPhone = iPod + safari + mail + téléphone.

Et voilà Pebble qui arrive avec sa Time. Une montre pas particulièrement séduisante mais "Jobs'ienne" dans sa conception. Elle part de l'idée simple qu'une montre sert principalement à se renseigner de l'heure qu'il est. Et quand, généralement on consulte sa montre ce n'est pas juste pour "voir l'heure", c'est pour s'organiser dans un contexte précis : ce que à partir de maintenant, je dois ou je devrai faire... vient ensuite le avec qui, le comment, le où... tout ce qu'une montre connectée peut m'apporter (plan, accès à mes contacts, météo...). Plus je regarde cette Pebble et plus je me dis qu'Apple aurait pu et dû aller plus loin... aujourd'hui malgré ses faiblesses Pebble est beaucoup plus révolutionnaire que l'Apple Watch première du nom.

Un article à lire qui dévoile comment Pebble a travaillé à l'évolution de sa Time : pbl.io/pebbleinshoe

Et vous c'est quoi votre avis ?

avatar petrusleroc | 

Bien dit!

avatar poulroudou | 

Pebble = Games Boy. Android Wear, Apple Watch = Lynx d'Atari. La Game Boy à eu le succès qu'on connaît. La Lynx...

avatar phoenixback | 

Je m'attendais a bcp mieu...

avatar petrusleroc | 

Bonsoir,

Je suis l'actu depuis plusieurs mois... Samsung; bien conçu mis a part l'autonomie, ne sont pas compatible apple et autonomie 2 jours max!

apple ne semble tenir a l'autonomie, la compatibilité ni a l'etencheite!!!

J'ai une pebble depuis plus 1 an, compatible avec android et apple, robuste, autonomie d'une semaine!!!! et résistante a l'eau.

Alors PEBBLE TIME pourquoi pas!

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