Le Fire Phone ne met pas le feu

Mickaël Bazoge |

C'est dans une relative discrétion qu'Amazon va lancer ce vendredi son tout premier smartphone, le Fire Phone. S'il est vrai que les premières impressions sont les meilleures, alors le mobile a raté son entrée dès son annonce, où il avait été étrillé par les journalistes présents à l'événement (lire : Fire Phone : le pari qu'Amazon pourrait ne pas tenir). L'appareil aurait créé la sensation il y a deux ou trois ans, mais en 2014, il a été accueilli très froidement par les testeurs américains qui ont eu l'occasion de jouer avec durant quelques jours.

Le résultat n'est en effet guère encourageant pour Amazon. Les deux fonctions principales mises en avant par le constructeur sont jugées par la plupart des testeurs comme des gadgets dont il reviendra aux développeurs tiers d'imaginer des usages innovants. La fameuse interface 3D, baptisée Dynamic Perspective, a provoqué chez la femme de Brad Molen le même mal de mer que l'effet Parallax d'iOS 7. Il est possible de le désactiver (ce qui sera un réel soulagement pour la batterie), mais en ce cas l'appareil perd beaucoup de son intérêt.

Si les écrans d'accueil animés ont été appréciés, pour le reste la plupart des usages de Dynamic Perspective n'ont pas montré de très grand intérêt. Farhad Manjoo a ainsi qualifié l'Auto Scroll (qui permet de passer d'une page de livre à une autre d'un mouvement) d'« ennuyeux ». Le fait de pouvoir jeter un œil « autour » des icônes n'apporte rien selon David Pierce; dans l'app Maps, il n'est pas plus rapide de bouger la tête que d'utiliser ses doigts, rapporte t-il encore.

Frustrant, c'est un des qualificatifs donnés au Fire Phone par Walt Mossberg qui estime que les principales fonctions de l'appareil sont « moins pratiques » qu'espéré. Les fonctionnalités basiques d'un smartphone ne sont pas au point, ce qui est un peu embêtant quand en face, on trouve des mobiles doués comme l'iPhone ou les Galaxy.

L'autre fonction exclusive au Fire Phone est Firefly : celle-ci dispose de son propre bouton physique (en tandem avec l'appareil photo) et permet d'identifier à peu près tout ou presque. Ce service nécessite encore un peu de travail, David Pierce indiquant par exemple que tous les objets n'ont pas été bien reconnus. En revanche, ce qu'Amazon a parfaitement accompli, c'est la possibilité d'acheter ces items sur la boutique du distributeur ! Le même Pierce s'est ainsi retrouvé avec une commande inattendue de… papier toilette. Il en avait acheté pour une quarantaine de dollars sans prendre garde.

Il y a pourtant quelques bonnes idées, à l'instar du panneau « Delighters », qui affiche du contenu contextuel suivant l'application ouverte (vue « aujourd'hui » avec l'écran d'accueil, les paroles des chansons dans le lecteur musical, etc.) Le service Mayday, qui permet d'appeler au secours le SAV d'Amazon (avec un vrai humain qui répond aux questions et peut même prendre la main sur le smartphone), est aussi sympathique.

Le Fire Phone ressemble en fait plus à une vitrine qui permet d'acheter plus rapidement et plus efficacement sur Amazon qu'à un smartphone en bonne et due forme. Si le shopping mobile peut être un atout sur un téléphone, c'est loin d'être un argument décisif. Ce d'autant que le Fire Phone est très loin d'offrir le même écosystème qu'iOS ou Android alors qu'il est proposé au même prix que les porte-étendards d'Apple, de Samsung ou d'HTC.

Tous ou presque regrettent également le choix d'Amazon de partir à la conquête du marché avec un partenaire exclusif, AT&T, qui n'a pas la meilleure réputation qui soit, et qui exige un forfait de deux ans (une version sans boulet est cependant proposée à 650$, mais le réseau reste limité à celui de l'opérateur). Tout cela n'augure pas vraiment d'un gros succès pour ce terminal, ce qui aura pour corollaire des développeurs peu intéressés pour tirer profit des capacités du Fire Phone.


avatar Henri_MTL | 

Quand Firefox vont créer leur propre smartphone, ils vont l'appeler AmazonPhone?

avatar Hari-seldon | 

alors c est bizarre mais je suis pas surpris du tout.

avatar Timekeeper | 

Hum, et sur l'animation, avec l'avion, c'est un jeu ? Il existe sur iOS ?

avatar Mickaël Bazoge | 
Non, c'est une des pages de verrouillage avec l'heure.
avatar Arth | 

Comme quoi l'argent et la notoriété ne suffisent pas pour créer un bon produit !

avatar minimat | 

C'est incompréhensible, Apple fait le R&D pour Samsung et les autres, et pourtant les concurrents courent derrière et ne proposent rien de spécial. Je veux bien qu'Apple ait plus de moyens (les news du jour à propos de leur R&D le prouvent), mais a-t-on besoin de milliards pour avoir des idées innovantes et utiles?

avatar Neufouad | 

« mais a-t-on besoin de milliards pour avoir des idées innovantes et utiles? »

Et c'est là que la distorsion a pris.
« Normalement » ; c'est l'inverse. C'est parce que tu as eu une ou plusieurs idées innovantes que tu deviens milliardaire. Faire l'inverse est ridicule. Les milliards ce sont des chiffres, du vent. Les idées ne s'achètent pas ; elles germent dans des cerveaux géniaux (qui eux, s'achètent, n'est-ce-pas Luckey/Oculus ? :) ).

À ce point que dans la Valley ; des gens ne sont payés (et très très bien) uniquement pour pondre des idées. On ne leur demande pas de compétences techniques particulières ; les ingénieurs et développeurs sont là pour ça (rien de réducteur ou péjoratif hein ; c'est le principe du « chacun à sa place »). Non ; ils doivent imaginer le monde de demain ; les outils nécessaires pour y arriver ce sera la part de la technique. ;)

Par exemple ; beaucoup oublient que SteveJobs n'était absolument pas informaticien. Pas même électronicien. Non ; il était artiste, ou tout du moins étudiait l'art ; son dada, c'était la typo et sa mise en page. Comme quoi ; y'a une logique à la prédominance des pommes dans les industries graphiques… :)

Et que certains « riches » ont cru (ou croient encore) que leur fric leur avait fait pousser des neurones créatifs, les aurait rendu visionnaires…
Ou ils se foutent ouvertement du monde (jusque de leurs actionnaires, parfois)…
Et franchement je ne le leur souhaite pas ; les prospects ont souvent une bonne mémoire, sélective comme il se doit et ils ont la dent dure.
Combien ici croient encore qu'IBM est l'ennemi historique d'Apple ; malgré tous leurs rapprochements depuis 84 ?
On se parle de Microsoft ensuite ?
Ou même de Samsung qui conjugue à merveille les rôles d'ennemi et de fournisseur privilégié (que l'on omet si facilement)… :) )

Bref ; un vaste sujet que tu lances là ! =D

Et tu n'es pas obligé de rendre Apple « coupable » (indirectement) du manque d'idée de ses concurrents… C'est un peu facile de croire que seul le fric d'Apple permet les innovations. Ils n'ont pas toujours eu des centaines de milliards en réserve ; et ça ne les a pas empêchés de sortir des II-e-c-gs, des Macintosh, des iMac, des iPod, des iPhones, et putain que j'en passe. Et avant 2007 ; ils étaient où les Amazon, les Facebook, les Firefox ???

C'est culturel l'innovation chez Apple. :)

avatar brunitou | 

Ils sont un peu durs je trouve...
Mais dans le fond, c'est quoi ce FirePhone? Un android avec surcouche Amazon? Donc ça ne va rien révolutionner, mais why not celui là plutôt qu'un Samsung ou autre?

avatar marc_os | 

@minimat :
'C'est incompréhensible, Apple fait le R&D pour Samsung et les autres, et pourtant les concurrents courent derrière et ne proposent rien de spécial. Je veux bien qu'Apple ait plus de moyens (les news du jour à propos de leur R&D le prouvent), mais a-t-on besoin de milliards pour avoir des idées innovantes et utiles?'

Il y a des différences essentiels entre tous ces acteurs : Leur cœur de métier.
Pour Apple et Amazon il est clair : Apple est à la base et des ses origines un constructeur d'ordinateurs (Mac, iTrucs) ET de l'OS qui va avec. Amazon est un marchand, un commerçant. Samsung est un fabriquant de matériels informatiques et électroniques en général (j'ai un four micro-ondes Samsung).
Qui fait les meilleurs produits globalement ?
Celui qui reste le plus fidèle à son cœur de métier.
Les autres qui s'attaquent à un marché hors de leur cœur de métier avec pour priorité exclusive de faire du fric, font fatalement moins bien. C'est comme si votre boucher se mettait à produire des voitures. S'étonnerait-on si ces voitures étaient moins bien pensées que celles fabriquées par les constructeurs dont c'est le métier depuis toujours ? Feriez vous confiance a votre riche boucher s'il ouvrait une clinique et s'attaquait à la médecine ?
On voit qu'avoir des milliards ça ne suffit pas pour tout,

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