Procès des DRM d'iTunes : c'est la faute des majors, pour Steve Jobs

Mickaël Bazoge |

Le procès contre les DRM d'iTunes qui se tient actuellement à Oakland (Californie) nous réserve son lot de surprises et de rebondissements. Ainsi, une des deux plaignantes sur laquelle reposait le recours collectif, a été sortie du jeu : elle avait acquis son iPod en dehors de la période visée par la plainte… Des doutes sont toujours présents quant à la sincérité de l'autre « victime » dans cette procédure vieille de dix ans. La juge a d'ailleurs réservé sa réponse concernant la poursuite du procès. En attendant, les débats se poursuivent et la cour a pu assister à la retransmission de la déposition de Steve Jobs, dans une vidéo tournée en 2011, six mois avant sa mort.

Les réponses du fondateur d'Apple suivent l'argumentaire d'Eddy Cue, passé à la barre il y a quelques jours : les DRM implémentés dans les morceaux vendus sur l'iTunes Store ont été une exigence de l'industrie du disque. Apple n'avait pas l'intention d'empêcher la concurrence ni de heurter les consommateurs, mais l'entreprise avait pour obligation de protéger ses contrats avec les majors et boucher les failles de sécurité éventuelles — un argument martelé par un autre responsable d'Apple à l'ouverture du procès.

Les obligations d'Apple étaient marquées « noir sur blanc » avec les maisons de disques, assure Steve Jobs. Les contrats stipulaient que si des gens enfreignaient la technologie de verrou numérique FairPlay, « cela serait considéré comme une violation claire des licences que nous avions avec les labels et qu'ils pouvaient cesser de nous donner leur musique à tout moment ».

Quant à Harmony, le système développée par Real Networks permettant aux iPod de lire de la musique (protégée par un autre DRM que FairPlay) vendue sur la boutique de Real, il était de nature à dégrader l'écosystème mis en place par Apple. In fine, Harmony pouvait détériorer l'expérience utilisateur des possesseurs d'iPod.

« Nous nous inquiétions que quelqu'un comme Real promette aux consommateurs qu'ils bénéficieraient de la compatibilité [des morceaux de musique], alors que dans l'avenir, peut-être pas. Ce n'est pas quelque chose que nous pouvions garantir. Donc nous pouvions être poursuivi par tous ces gens », explique Jobs dans sa déposition vidéo. Casser le logiciel de la concurrence était perçu comme un « dommage collatéral », tandis que les exigences des majors sont qualifiées de « contradictoires ». D'un côté, elles demandent à Apple d'ouvrir son écosystème à la concurrence, de l'autre elles réclament de la Pomme qu'elle renforce la sécurité de sa technologie DRM afin d'empêcher le piratage. D'ailleurs, en interne, Real Networks était comparé à un « pirate » par Apple.

« Nous avions peur » de perdre les contrats avec les maisons de disques. C'est pourquoi Apple a « cassé » Harmony à plusieurs reprises, notamment au travers d'iTunes 7.0 et 7.4, comme l'accusent les avocats de la partie adverse.

La vidéo de Steve Jobs montre également que le fondateur d'Apple ne prenait pas nécessairement au sérieux la concurrence à iTunes. « Nous étions la plus grande société impliqué dans ce truc [la vente de musique numérique] à l'époque, la seule avec des poches aussi profondes ». Une déclaration qui contredit l'argument selon lequel iTunes était en compétition sur ce marché : les représentants de la Pomme ont ainsi expliqué à la cour qu'Apple faisait face à des « iPod killers », notamment le défunt Zune de Microsoft.


avatar Doctomac | 

Ce qui est vrai. En se rappelant des circonstances de l'époque, on se souvient très bien que les Majors voulaient casser la distribution de la musique et notamment bloquer la possibilité d'avoir de la musique sur des baladeurs. Apple a alors pris l'initiative de proposer et de faire l'effort de développer une boutique en ligne mais avec la contrepartie de proposer le catalogue avec les DRM demandées par les Majors.

avatar C1rc3@0rc | 

A part les naifs convaincus par la propagande des lobbies de l'industrie du divertissement, tout le monde sait parfaitement que les DRM sont de la responsabilité des rentiers de l'industrie du divertissement.

Ca n'a rien a voir avec les droits d'auteurs, c'est uniquement une dégradation de la fonction informatique pour qu'une poignée de rentiers qui se foutent de l'art et des artistes, puissent se garantir un engraissement continu.

Bien evdement Apple qui était on ovni très minoritaire sur le marché de la musique a été contraint de supporter des DRM des maisons de disques. C'etait une condition sans négociation possible pour obtenir le droit de vendre des morceaux...

avatar John Maynard Keynes | 

@C1rc3@0rc

A part les naifs convaincus par la propagande des lobbies de l'industrie du divertissement, tout le monde sait parfaitement que les DRM sont de la responsabilité des rentiers de l'industrie du divertissement.

Ho la jolie posture de rebelle à la petite semaine, si seulement le monde pouvait être aussi simple que tes visions manichéennes.

avatar finaleSportivo | 

Les DRM vont à l'encontre du consommateur. Point.

avatar John Maynard Keynes | 

@finaleSportivo

Bien des dispositifs vont à l'encontre de la liberté des individus car ceci ne sont pas des anges.

Si derrière bien des consommateurs ne se cachait pas un voleur il n'y aurait pas eu besoin de DRM.

Avec ou sans DRM, la question du pillage de la propriété intellectuelle à l'ère de la dématérialisation reste hélas sans réponse.

Que sera un monde resté marchand où les oeuvres de l'esprit auront fini par être totalement démonétisées ... grande question.

avatar C1rc3@0rc | 

Pillage de la propriété intellectuelle => majors de l'édition musicale.
Pillage de la culture et de l'art et privatisation de leurs accès => major de l'édition musicale.
Pillage de la liberté artistique et des droits de l'artiste => major de l'édition musicale.

avatar John Maynard Keynes | 

@C1rc3@0rc

C'est tellement confortable de s'enfermer dans ce type de manichéisme.

Les réalités et les implications de ces questions sont hélas bien plus complexes et graves que cela.

avatar Splinter | 

Les droits des consommateurs sont à mettre en balance avec les droits des auteurs. Le consommateur est un utilisateur comme un autre, et en cela il doit respecter le contrat de licence qui fixe ses droits et ses obligations.

avatar John Maynard Keynes | 

@Splinter

Yep ;-)

avatar patrick86 | 

"Nous nous inquiétions que quelqu'un comme Real promette aux consommateurs qu'ils bénéficieraient de la compatibilité"

Je commence à croire que Mickaël Bazoge tape le mot "consommateur", malgré lui, pris d'une force intérieure incontrôlable…
Bref. Le propos d'origine parle de "customers", donc "clients", en Français. :)

La nuance est d'autant plus présente qu'il s'agit d'une communication par un dirigeant d'entreprise dans une affaire sensible, dont le but et d'éteindre les foudres des plaignants.

Quand vous voulez plaire aux clients, vous les nommez ainsi. Les consommateurs sont la "masse d'informe d'individus écervelés à qui ont refourge des produits dont ils n'ont pas besoin en échange de leur pognon".

avatar patrick86 | 

Les DRM…

La raison de l'existence des DRM, c'est une industrie incapable de s'adapter à un nouveau modèle de commerce. C'est les moines copistes de CD qui prennent peur en voyant leur potentielle future inutilité venir à grand pas.

L'histoire se répète. Avant l'imprimerie, on aller voir les moines copistes si on voulait la copie d'un livre. L'essor de l'imprimerie a permis de s'affranchir de leur services. Vous pensez qu'ils ont sauté de joie ? L'histoire se répète, ou plus exactement, des schémas se reproduisent. Avant Internet, quand on voulait écouter de la musique chez soi — sans faire venir l'orchestre —, on allait acheter une copie d'un enregistrement sous forme de Vinyle ou de CD — principalement. En quelques sortes, on allait voir les "moines copistes de CD". Avec Internet, on a plus besoin d'eux. La musique peut-être stockée sur un serveur d'où le public pourra télécharger des copies. Un artiste qui s'auto-produit peut distribuer tout seul s'il a envie. Un petit studio d'enregistrement n'a plus besoin des maisons de disque pour vendre les copies. Etc. On a plus besoin de moines copistes. Il va falloir qu'il arrêtent de graver des petits CD dans leurs ateliers, ça n'est plus nécessaire.

Vous pensez que ça les réjouit ? Qu'il sont super contents de devenir inutiles ?

Ça ne les réjouit d'autant moins que le système de distribution sous forme de disques, a permis aux maisons de disques de jouir d'un monopole, du fait de la quasi-nécessité de passer par elles.

Internet court-circuite ce système. Internet CHANCE le système de distribution de la musique.

Vous ne pouvez PAS changer un système frontalement, en espérant que ceux qui sont les puissants dans ce système se laissent faire. Ils feront tout pour essayer de garder leurs places, leur importance, leurs privilèges.

Le problème est d'autant plus complexe, que l'arriver d'Internet, engendre aussi un basculement fondamental, en permettant de passer de l'économie de la RARETÉ, à une économie de l'ABONDANCE.

Quand vous achetez un CD en boutique, prenez un exemplaire du produit. C'est un exemplaire en moins de le stock. Si il n'y en a plus, il faudra en fabriquer d'autres pour les clients suivants.
Quand vous achetez un albums sur iTunes — ou Qobuz, on s'en fout —, vous ne prenez pas un exemplaire dans un stocke. Vous téléchargez une copie du fichier original qui ne bouge pas et reste sur le serveur. Votre exemplaire est créé à cet instant, mais il n'y a AUCUN impact sur le "stock".

La conséquence importante de ce changement, c'est que sur Internet, le coût marginal de production d'un exemplaire supplémentaire est extrêmement RÉDUI (il l'est tellement que la plupart des boutiques vous permettent de retélécharger autant que vous voulez vos achats). C'est-à-dire que, que moi je télécharge une 2e fois un album ou qu'un autre client le télécharge, le coût pour iTunes, de la production d'un "exemplaire" supplémentaire, est le MÊME. Ben ouais mais alors, pourquoi dans un cas faut payer et pas dans l'autre ?

Une boutique en ligne de contenu Numérique, dont les copies sont échangées uniquement par le réseau*, fonctionne sur une économie de l'ABONDANCE. Vous pouvez télécharger 1 ou 100 fois votre achat, le vendeur ne voit pas son stock se réduire.

Sur une boutique comme iTunes, la seule différence de coût en fonction des volumes distribués, est due au dimensionnement de l'infrastructure. Evidemment que si vous avez quelques millions de clients (chiffre au pif), il faudra un serveur un peu plus gros que si vous en avez 10. Cependant, on pourrait répondre à cette question par le P2P : un serveur modeste lance la copie initiale, puis les premiers clients redistribuent, etc. C'est pas pour rien que les logiciels libres se téléchargent souvent plus vites en torrent que depuis le dépôts centraux.

--

L'autre gros morceaux, c'est le droit d'auteur.

Le droit d'auteur n'est pas adapté à l'économie de l'abondance qui règne dans le Numérique. Il doit être REPENSER.

Que l'auteur puisse vivre de son œuvre est parfaitement compréhensible. Mais faut pas non plus prendre les gens pour des lapins de 3 semaines. Le pirate ne tue pas l'artiste, qui touche un pourcentage ridicule de la vente d'un CD, mais l'INDUSTRIE du disque.

Bourrer la musique vendue en ligne de DRM tout en continuant à vendre des millions de CD non protégés contre la copie est une absurdité. Le DRM, en verrouillant les systèmes, réduit les possibilités de diffusion et n'incite pas le public à acheter la musique. Il est contre productif. Il TUE l'artiste.

Seul un système de diffusion pensé pour Internet et le respect du travail de l'artiste peut-être profitable à lui-même ainsi qu'à son public.

Tout porte à croire que le solution ne viendra pas des ténors de l'industrie du disque, qui seraientt très certainement contraints de changer en profondeur leur fonctionnement.

--

*Certains diraient "dématérialisation", mais ce terme tend à créer une illusion. La dématérialisation — dans le cas du numérique — est un fantasme. L'information a toujours été IMMATÉRIELLE, mais stockée, transportée et affichée sur des support MATÉRIEL.
Qu'il s'agisse d'un texte écrit au crayon sur une feuille de papier, ou d'un PDF sur un disque dur, c'est toujours un contenu immatériel stocké sur un support matériel qu'est la feuille de papier ou le disque dur.

L'informatisation de dématérialisée pas. Elle n'est qu'un changement de technique de stockage, de transmission et d'affichage.

Le seul endroit où il est possible de débattre de l'absence de support matériel, c'est l'Esprit de l'Homme.

avatar John Maynard Keynes | 

@patrick86

Tout cela n'explique pas comment rémunérer correctement les oeuvres de l'esprit dans le futur.

Rien de ce qui a été proposé n'offre de réelles perspectives pour bien des cas, hélas.

Les enjeux de société sont très important, toute une vision issue des lumière est entrain de s'éteindre :-(

avatar jojo5757 | 

@patrick86 :
Excellent vraiment j'ai adoré votre explication !

avatar BeePotato | 

@ patrick86 : « Le seul endroit où il est possible de débattre de l'absence de support matériel, c'est l'Esprit de l'Homme. »

Ben non. Même pour ça, on a bien un support matériel.

avatar CorbeilleNews | 

@C1rc3@0rc :
Et grâce à eux je ne me souviens plus du dernier cd ou musique ou film que j'ai acheté et c'est pas près de s'améliorer si ils continuent dans ce sens ! Un peu comme pour la guerre blueray contre HD-DVD : contre productif !!!

avatar kevin14600 | 

Je me rappelle il y a un peu plus de 10 ans j'acheté des albums sur Virgin dans le lecteur Windows média player et je ne pouvais même pas faire ce que je voulais de mes musiques (les mettres dans un baladeur ou mon téléphone ) c'est comme cela que l'ont apprend a télécharger illégalement car la vous faisiez ce que vous vouliez de vos musiques ,heureusement que sa a changer sinon tout le monde téléchargerai illégalement et je pense que les prix sont à revoir entre les copies numériques et les physiques c'est pareil pour les console de salon les jeux en numériques arrive à être plus chère qu'en physique !

CONNEXION UTILISATEUR