Apple Music : trop de choix tue le choix… surtout quand ce n'est pas mon choix

Anthony Nelzin-Santos |

Apple Music ? « C’est un tsunami de musique », me disait un ami. J’aime bien l’image : on vient de se prendre une vague de 30 millions de morceaux sur le coin de la gueule. Je suppose qu’en pleine canicule, c’est rafraîchissant. Mais ça fait quand même un peu mal.

Ma bibliothèque iTunes, créée en 2003, compte plus de 25 000 morceaux. Une grande partie provient de la collection familiale de CD, importés une première en fois en AAC, et une deuxième fois en ALAC, quelques années plus tard. Plus de 1 200 ont été achetés sur l’iTunes Store et un bon millier chez Qobuz, quelques centaines proviennent de l’excellente Society of Sound et le reste de ma propre collection de disques(*).

Bref, j’ai passé quelques centaines d’heures à prendre soin de ma bibliothèque, et quelques milliers d’heures à l’écouter. Elle occupe pourtant moins de la moitié d’un des cinq écrans de la nouvelle application Musique d’iOS 8.4.

En blanc, les albums directement issus de ma bibliothèque. Les deux albums de la section « Ajouts récents », au-dessus, proviennent d’Apple Music. Je ne sais pas ce que l’enregistrement d’une interview réalisée au printemps vient faire là.Cliquer pour agrandir

À vrai dire, l’écran Ma musique n’affiche même pas vraiment… ma musique. Je possède plus de morceaux qu’Apple Music veut bien en importer : je m’attendais donc à recevoir un message d’erreur, et je n’ai pas été déçu. « Les récents ajouts effectués sur cet ordinateur dépassent cette limite », dit-il, « et ne seront pas transférés. » Je me disais, aussi, que je n’aurais dû acheter ces albums.

Je n’aurais pas dû acheter les autres non plus, puisqu’ils n’ont pas été transférés non plus. L’onglet Ma musique comporte en fait ma bibliothèque telle qu’elle existait l’automne dernier, lorsque j’ai arrêté d’utiliser iTunes Match ! J’ai du mal à comprendre qu’Apple ait conservé cette base de données alors que je ne suis plus abonné, encore moins qu’elle ait jugé bon de l’utiliser.

Il manque plus de 100 albums au compteur : la version de ma bibliothèque que possède Apple Music a huit bons mois de retard. Il ne s’agit pas des 25 000 premiers morceaux de ma bibliothèque actuelle, puisque cette bibliothèque ne compte que 23 992 morceaux : il ne devrait manquer qu’une douzaine d’albums. Au passage, Apple Music s’est permis de mélanger une nouvelle fois les jaquettes, parce que je n’avais pas perdu assez de temps avec iTunes Match sur ce point.
Il manque plus de 100 albums au compteur : la version de ma bibliothèque que possède Apple Music a huit bons mois de retard. Il ne s’agit pas des 25 000 premiers morceaux de ma bibliothèque actuelle, puisque cette bibliothèque ne compte que 23 992 morceaux : il ne devrait manquer qu’une douzaine d’albums. Au passage, Apple Music s’est permis de mélanger une nouvelle fois les jaquettes, parce que je n’avais pas perdu assez de temps avec iTunes Match sur ce point.

Me voilà donc avec une bibliothèque qui n’est pas tout à fait ma bibliothèque, qu’il faut aller chercher dans un bout d’onglet… et que je ne peux pas toujours écouter ! De nombreux morceaux sont sautés à la lecture, sans apparaître grisés comme certains morceaux des listes de lecture Apple Music. iTunes Match avait ses travers, mais il ne m’a jamais empêché d’écouter ma propre musique.

À l’inverse, je dispose d’une myriade d’options pour écouter une bibliothèque qui n’est pas la mienne… mais aucune ne me convient vraiment. Puisque j’ai indiqué que j’aimais le blues, Apple Music me propose de découvrir Muddy Waters, Son House, et Eric Clapton. Une bonne sélection, me direz-vous. À ceci près que je n’ai besoin de découvrir aucun de ces artistes, et surtout pas Slowhand, dont j’ai écouté la discographie complète en boucle pendant des années.

En somme, Apple est capable de déterrer une vieille bibliothèque iTunes Match, mais pas d’exploiter les données Genius qu’elle a collectées sur ma bibliothèque ces sept dernières années. Ou, sans même aller chercher aussi loin, de simplement récupérer les données de lecture dans la bibliothèque. Last.fm, qui est loin de disposer du même volume de données qu’Apple, me fournit des suggestions bien plus pertinentes.

Mes suggestions Last.fm, qui ne dispose que de mes deux dernières années d’écoute. J’ai déjà écouté Art Tatum et Guitare Shorty, mais j’ignorais l’existence de Walter Trout avant d’écrire cet article. En voilà, de la découverte ! Remarquez, je suppose que linsistance dApple Music à me proposer des listes des rares genres que je nécoute pas est une manière de mouvrir à de nouveaux horizons.
Mes suggestions Last.fm, qui ne dispose que de mes deux dernières années d’écoute. J’ai déjà écouté Art Tatum et Guitare Shorty, mais j’ignorais l’existence de Walter Trout avant d’écrire cet article. En voilà, de la découverte ! Remarquez, je suppose que l’insistance d’Apple Music à me proposer des listes des rares genres que je n’écoute pas est une manière de m’ouvrir à de nouveaux horizons.

Je ne peux donc pas écouter ma bibliothèque iTunes, et je ne peux pas facilement faire le tri dans l’immense catalogue proposé par Apple Music. Les deux partagent une même interface bien encombrée, mais ne communiquent pas ni ne s’enrichissent. Combien auront abandonné Apple Music avant que ce problème ne soit réglé, si tant est qu’Apple veuille le régler ?

(*) Avant que vous ne le demandiez : oui, comme tout le monde ou presque, j’ai piraté quelques albums. J’ai toutefois « régularisé ma situation » ces deux ou trois dernières années — je me vois mal vous demander de ne pas pirater mes livres tout en piratant moi-même.