Les réactions de la presse face au premier iPhone

Anthony Nelzin-Santos |

Dix ans d’iPhone, c’est dix ans de couverture médiatique de l’iPhone, sans compter les années de rumeurs qui ont précédé. Dix ans de polémiques inutiles et d’avis mal informés, mais aussi dix ans à documenter les formidables avancées technologiques et à s’interroger sur leurs effets sur notre monde. Mais aussi à s’avancer un peu vite, et ainsi prêter le flanc à la critique, dix ans plus tard.

L’iPhone « sans mobile apparent » titrait Libération le 29 juin 2007. « De l’avis des analystes », expliquait le quotidien, « l’iPhone ne va pas bousculer le jeu. » Après avoir (mal) expliqué le principe de l’écran tactile capacitif, les journalistes de Libération font le choix de citer le patron du laboratoire d’essais de la Fnac : « j’ai essayé comme tout le monde de taper un petit bout de texte, mais cela n’a pas bien marché. »

S’il est plus difficile d’épingler Le Monde et Le Figaro, c’est que les deux quotidiens se sont « couverts » en se reposant sur les dépêches des agences. L’AFP assurait tout de même que l’iPhone « était attendu depuis des semaines par les fans de la marque », rendez-vous compte, quand Reuters se fourvoyait en décrivant « un module de “voicemail”, pilotable depuis l’écran, permet d’écouter ses messages écrits. »

Le JT de France 2 du 27 novembre 2007, lors du lancement de l’iPhone en France.

Quelques mois plus tard, lors du lancement de l’iPhone EDGE en France, Madame Figaro parlait de « phénomène » :

Nul besoin de stylet ou de loupe pour s’y retrouver, et on s’habitue très vite à la navigation et au toucher. Tout a été calculé pour un maniement dans toutes les positions, sans problèmes de reflets. L’appareil détecte le sens d’utilisation et adapte automatiquement son affichage, en largeur ou en longueur. Et l’écran s’autoactive quand on l’approche de l’oreille.

L’Express insistait sur les mêmes points forts : « l’apparence est surprenante. Et notamment l’écran totalement tactile qui permet, sans stylet, la commande de toutes les fonctions. Gare aux traces de doigts ! » Mais l’hebdomadaire s’intéressait aussi au modèle économique d’Apple :

Le produit n’est pas tout. Apple compte profiter de ce lancement pour percevoir une dîme supplémentaire. De la même manière que l’iPod lui a permis de grappiller quelques centimes d’euros sur chaque chanson vendue sur iTunes, le site qui lui est consacré, l’iPhone lui offrira la possibilité de capitaliser sur la vidéo.

Oui, « vidéo », vous avez bien lu. Il faut dire que l’iPhone avait été présenté aux côtés de l’Apple TV, et que l’App Store n’existait pas encore. Le Nouvel Observateur parlait « d’un téléphone portable à écran tactile inspiré de l’iPod », allez savoir pourquoi, et citait l’analyste Ed Snyder : « les écrans tactiles sont peu fiables et je ne connais que peu de téléphones qui en possèdent un fiable. » On connaît la suite.

Mais l’hebdomadaire avait aussi ouvert ses colonnes à Judikael Hirel, rédacteur en chef de MyTech Magazine, qui avait bien compris l’importance stratégique de l’iPhone :

C’est un mobile tactile, et c’est aussi un iPod. Et voilà justement le côté révolutionnaire de cet appareil, cette double facette. En effet, les baladeurs numériques sont devenus des objets courants. De même, il existe déjà des téléphones tactiles, mais aucun n’est en même temps un baladeur. La prochaine étape va être, à mon sens, de fusionner le lecteur MP3 avec le téléphone mobile. C’est logique, vu que l’iPod est actuellement le produit phare de la marque. En un mot, l’iPhone est l’iPod de demain. Ce qui expliquerait la prise de position de Steve Jobs en faveur de la suppression des DRM. Il serait alors possible aux utilisateurs de télécharger directement les morceaux sur un iPhone, sans avoir à utiliser d’ordinateur.

La presse spécialisée avait évidemment fait ses choux gras du lancement de l’iPhone, même si SVM n’a pas jugé bon de le mettre en une avant le mois de décembre, et alors seulement dans un coin de page. En présentant en février « tout ce qui va vous faire craquer en 2007 », le mensuel spécialisé ayant préféré mettre en avant le Nokia N95 et la PlayStation 3. Au même moment, son petit frère SVM Mac étalait l’iPhone en une avec cette phrase très juste : « Apple met le Mac dans la poche ».

La une du SVM Mac de février 2007.
La une du SVM Mac de février 2007.

Et nous, alors ? Nous parlions d’une « nouvelle ère », où Apple serait « le Sony du XXIe siècle », la force dominante d’une industrie informatique élargie. Nous comparions le lancement de l’iPhone à celui du Macintosh : « en concevant le logiciel et le matériel, Apple est arrivée à un niveau d’intégration inégalé à ce jour. Il faudra du temps avant qu’un constructeur parvienne à s’approcher de l’iPhone. »

Et puis patatras, est venue cette « foire aux questions » sur l’iPhone : « on ne serait pas surpris que l’iPhone gère le format Flash dans un avenir plus ou moins proche. » Pas que nous ayons retenu la leçon : quelques années plus tard, en testant les premiers smartphones à écran de 4 pouces, je mettais en doute le confort d’utilisation de ces appareils. J’utilise maintenant un iPhone 7 Plus.

avatar Bigdidou | 

Sinon, ça n'est pas français donc hors sujet de la news, mais tout de même, ça n'était pas rien : http://content.time.com/time/specials/2007/article/0,28804,1677329_16785...

avatar Giloup92 | 

@Bigdidou
Excellent article qui, à l'époque, avait bien saisi le sujet.

avatar jackhal | 

Effectivement... en plein dans le mille.

avatar Crunch Crunch | 

Message à Apple: Attention à ne pas se reposer sur tes lauriers ;-)

Bravo pour l'Apple Watch, même si l'interface n'est pas parfaite. C'est quand même une super montre, que je ne quitterais pour rien au monde ???

avatar macinoe | 

Ce qui m’a étonné, c’est le fait que l’apple tv est plus vieux que l’iPhone !

Curieusement ses dix ans n’ont pas été fêté de la même manière.

avatar Ali Baba | 

Ah ces analystes.

avatar macfredx | 

Histoire de rire, il ne serait pas possible de revenir sur les commentaires des pleureuses de MacGé à l'époque ? ???

avatar reborn | 

@macfredx

À l'époque déjà c'était "Apple n'est plus l'entreprise du mac, elle se lance dans la téléphonie" ?

Eh oh, Apple computer c'est terminé depuis janvier 2007, depuis c'est Apple inc

avatar Giloup92 | 

@macfredx
Ça devait être comme maintenant : c'est trop cher, tout est fermé... Mais à l'époque ils ne pouvaient pas dire qu'Apple n'inventait rien (quoi que..).

avatar Bigdidou | 

@Giloup92

J'ai souvenir de gens qui hurlaient qu'il n'avait aucun avenir faute de 3G, et de critiques moins virulentes à propos de l'absence d'apps.
Mais je me rappelle d'un accueil plutôt très positif, beaucoup pariant à juste titre sur l'arrivée rapide des apps et de la 3g dès le prochain modèle.

avatar jurisensei | 

@macfredx

C’est exactement ce que je me disais...😂

avatar Applesoft | 

Pour ma part, en 2007, je n'étais pas plus fanboy que cela. Je découvrais à peine mon premier iMac (avec grand plaisir).
Je ne doutais pas de la qualité de l'Iphone, notamment de l'efficacité du clavier tactile (que de mauvaises langues ont pendant des années vanté la supériorité du clavier Blackberry). Non, il était évident que l'écran plus grand, l'écran tactile et l'OS d'Apple était largement devant la concurrence. C'était d'une évidence biblique pour moi.

Les autres fabricants de smartphones nous laissaient sur notre faim. L'expérience était largement en-dessous des promesses : pages web pourris, mails à chier etc. Il n'y avait que Blackberry et sa messagerie qui représentait une vraie concurrence. Mais l'Iphone s'est mis à leur niveau tout de suite, les a dépassé, et puis le clavier tactile ... ! Et surtout "it just works" ! On oublie qu'avant Apple, un smartphone buggait bien souvent.

Cependant, je n'aurais jamais parié sur un tel phénomène de nos usages sur les appareils nomades. Je me disais "ok l'Iphone est vraiment cool et devant les autres, mais a-t-on vraiment besoin de tout cela ? Va-t-on vraiment vouloir s'enchaîner à nos appareils ?". La réponse est oui finalement. J'avais sous-estimé le potentiel de ce nouveau marché. Comme beaucoup de gens d'ailleurs :)

Jobs lui-même n'aurait jamais parié sur un tel succès. Il visait entre 1 et 5% du marché des smartphones. 5% faisait rêver les analystes et on le prenait pour un fou.

avatar anonx | 

Le debut de la fin de la belle époque ?

Quelle idée d'avoir inventé le smartphone...

avatar toketapouet | 

@anonx

Personne ne t'oblige à en utiliser un. Tu es libre aller à cheval déposer des lettres écrites à la plume chez tes correspondants ?

avatar Phoenixxu | 

@toketapouet

Je ne suis pas tout à fait sûr mais je pense qu'il était sarcastique en fait...

avatar Sir Rendal | 

En vérité. Le succès de l'Iphone à explosé avec l'arrivée de l'app store. L'année suivante.
Ça a tout changé

avatar toketapouet | 

@Sir Rendal

Pas faux ?(même si le terreau était déjà révolutionnaire)

avatar moilechiennoir | 

Il y a un argument qui n'est repris nul part et qui pourtant me paraît primordial, c'est la facilité d'utilisation par rapport aux téléphones de l'époque avec tous ces réglages et menus compliqués.

avatar KimoMac | 

Commercialisé en exclusivité chez les voleurs, euh, pardon, Orange, l’iPhone était proposé avec des forfaits spécialement taillés pour lui :

« 49, 59, 79 et 119 euros/mois pour respectivement 2h+2h (soir et week-end) et 50 SMS, 3h+3h (soir et week-end) et 100 SMS, 5h+5h (soir et week-end) et 150 SMS et 8h+8h (soir et week-end) et 1000 SMS ».

avatar loupsolitaire97 | 

@KimoMac

Cette époque où on comptais les SMS... ça paraît tellement loin maintenant :o

avatar iPop | 

@KimoMac

Il me semblais que Bouygue était le premier client mais qui refusa les conditions et donc de vendre l'iPhone. Par la suite il le regretta, clama même au boycott via sa chaîne TF1.

avatar jeserkrugger | 

Je me rappelle ma grand mère (équipée depuis le cube en mac... et qui m'a converti) qui sortait son iPhone en juin 2008 à mon mariage et qui scotchait tout le monde avec....
D'ailleurs mon premier mac, un PowerBook 15" que je lui ai racheté!!!

avatar iPop | 

@jeserkrugger

J'ai bien ris

avatar webHAL1 | 

Merci à MacG pour cette retrospective. :-)

Qui aurait pu prédire à l'époque que l'iPhone allait à ce point démocratiser les smartphones ? Comme avec le Macintosh, Apple a trouvé sur bien des aspects la formule adéquate pour en faire un appareil vraiment réussi à équilibré ! Formule que la concurrence va bien souvent reprendre tel quel, parfois avec quelques légères améliorations, mais souvent en gardant le même concept. Bref, un sacré succès (aussi bien conceptuel que commercial) pour la Pomme !

Cordialement,

HAL1

avatar TristamRabbit | 

Sans vouloir me moquer, même d'illustres spécialistes d'Apple n'ont pas anticipé l'arrivée de l'iPhone.
Quand Florian Innocente est interviewé par MacGé en 2005 (ça date hein ?) on retrouve ces phrases historiques, pleine de bon sens pour l'époque, mais un peu décalées aujourd'hui.
"Et, à mon très humble avis, c'est très bien qu'ils n'essaient pas de faire de mobiles comme beaucoup le souhaitent. Qu'est-ce qu'Apple pourrait faire contre Nokia, Motorola, Sony Ericsson et les Taïwanais qui débitent tous 15 nouveaux modèles par mois ?"
https://www.macg.co/2005/02/interview-de-florian-innocente-26268

avatar pat3 | 

@TristamRabbit

Excellente interview !! Elle fait remonter les souvenirs de Kernel Panic !!! De Tidbits !!! L'époque où être fan d'Apple, c'était avoir une seconde famille.
À la décharge de Florian, en 2005, personne ne pouvait croire qu'Apple inventerait un téléphone révolutionnaire. Même pas Apple, qui allait sortir un RoKR Motorola que Steve Jobs présentera avec des pincettes.

avatar AKZ | 

Nostalgie : à l'époque, utilisateur de Mac mais pas spécialement fanboy, j'avais pressenti le truc génial à tel point que j'avais ouvert une boîte aux lettres à New York (comme les américains expatriés) pour pouvoir le commander dès sa sortie et puis me le faire envoyer en Europe. J'avais payé la double taxe (celle de New York + notre chère TVA) mais le taux de change Dollar/Euro était tellement intéressant qu'il ne m'avait couté que 450€ au final.
Jailbreaké, bien sûr, pour pouvoir fonctionner sur un réseau français, c'est le seul modèle que je n'ai jamais revendu et il me servit de second téléphone jusqu'à ce que je l'oublie sur un comptoir en 2015 à la poste…

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