Musique : le streaming qui rit, le téléchargement qui pleure

Anthony Nelzin-Santos |

Entamé au deuxième semestre 2013, le déclin du téléchargement légal aux États-Unis s’est confirmé au premier semestre 2014. Selon Nielsen SoundScan, 53,8 millions d’albums y ont été achetés en ligne ces six derniers mois, contre 60,8 millions l’an passé à la même époque (- 11,6 %). Dans le même temps, 593,6 millions de pistes ont été téléchargées, contre 682,2 millions au premier semestre 2013 (- 13 %).

Image (cc) Luca Vanzella.

Ce recul, qui concerne au premier chef l’iTunes Store qui domine l’offre de téléchargement légal, fait écho à une formidable progression du streaming. Nielsen BDS compte ainsi 70,3 milliards de lectures de flux musicaux au premier semestre 2014, contre 49,5 milliards l’an passé à la même époque. Ce chiffre compte les lectures sur YouTube, mais exclut les services de streaming « passif » comme iTunes Radio, Pandora ou Sirius.

Le streaming ne parvient pas à lui seul à enrayer la chute du chiffre d’affaires du marché, mais il pourrait finir par y arriver. La mesure étalon est celle du chiffre d’affaires généré par un album « physique », c’est-à-dire 7,5 $. Il suffit de dix téléchargements pour atteindre le même montant : c’est ce que Nielsen SoundScan appelle un TEA, track equivalent album.

En 2013, il fallait 2 000 lectures en streaming pour atteindre ces 7,5 $ : on parle cette fois de SEA, un stream equivalent album. Ce SEA est passé à 1 500 lectures cette année, le revenu moyen d’une lecture étant passé de 0,00375 $ à 0,005 $. Même si ce revenu arrêtait de progresser, la simple augmentation du nombre des lectures devrait permettre au streaming de compenser le repli des ventes d’albums.

Il y est parvenu ce semestre, du moins en ce qui concerne le téléchargement : le streaming a gagné 22,1 millions de SEA quand le téléchargement a perdu 15,9 millions de TEA. Mais il a encore fort à faire pour prendre la relève du sacro-saint CD, dont les ventes ont certes baissé de 19,6 % après une chute de 14,5 % en 2013, mais représentent tout de même 62,9 millions d’exemplaires.

Le streaming est aussi responsable de la première progression du marché français de la musique en douze ans. En forte progression, il représentait 10 % du chiffre d’affaires du marché en 2013, même si l’essentiel de sa croissance est réalisé sur les offres financées par la publicité plutôt que sur les abonnements. Reste à savoir si cette tendance se confirmera ici aussi en 2014.


avatar Anonyme (non vérifié) | 

Après le téléchargement légal et le streaming ne correspondent pas aux mêmes usages.

avatar nono68200 | 

Effectivement ! Avec le streaming, je trouve qu'on ne prend plus le temps d'apprécier la musique malheureusement... Je préfère aujourd'hui encore le téléchargement légal, et j'ai acheté mon dernier album avant hier encore.

avatar Anonyme (non vérifié) | 

Puis le streaming c'est rentable que si t'écoutes beaucoup de morceaux différents.

avatar C1rc3@0rc | 

Rentable pour qui?
Ce que ces chiffres indiquent de manière assez claire c'est que le prix du streaming est en augmentation.
Ce qui fait son succès c'est certainement la notion d'abonnement qui donne l'illusion (temporaire) a l'utilisateur de pouvoir consommer tout ce qu'il veut en payant très peu. Mais de fait l'utilisateur est malheureusement contraint de ne consommer que ce que le marchand decide ce qu'il peut consommer et pour quel prix…
Et il ne faut pas s'y tromper la tendance au streaming va revenir a la tendance de la diffusion radio, autrement dit a pousser le client a consommer plus de morceaux et donc a raccourcir ceux-ci, empêchant le compositeur a proposer des expériences musicales non formatées…

Au moins avec le téléchargement, ce risque est beaucoup plus limite du fait que le client choisi un fichier musical et pas un brouillard forfaitaire…

On le voit a chaque nouvelle tentative de l'industrie du divertissement d'optimiser ses rentes phénoménales, la principale victime reste encore et toujours la démarche artistique et la créativité, au profit d'un formatage marketing…

La seule solution pour permettre a la création artistique et a la culture de se développer c'est la licence globale...

avatar Ast2001 | 

Je ne comprends pas du tout ton argumentaire qui oppose streaming et licence globale. Pour moi, c'est la même chose (un abonnement pour une écoute illimitée de _tous_ les morceaux).

avatar redchou | 

Au final, la musique en streaming, c'est possible...
Ce sont les gens comme le PDG d'Universal qui empêche la musique d'avancer, avec leur concept dépassé et/ou leur bonus/intérêt indexé sur les ventes d'album...

avatar debione | 

Oui, c'est possible... Au détriment complet de la rénumération des petits labels et groupes.

avatar softjo | 

En même temps, c'est soit streaming, soit autre chose... A 1.8€ le morceau faut pas pousser.

Je supporte plus facilement les indépendants. Notamment parce que ils ne poussent pas les tarifs au maximum sur les plateformes. 1.20€ au min, 1.8€ au max. (iTunes suisse)

Et eux, quand ils voient quelqu'un sur youtube qui a fait une belle vidéo avec leur musique, ils ne suppriment pas la video, mais ils mettent un lien vers la video sur leur page facebook.

avatar Bigdidou | 

@debione
"Au détriment complet de la rénumération des petits labels et groupes."

Oui, on lit ça partout. Y a des données sérieuses derrière ces affirmations ?
On peut de toute façon refuser de faire partie des offres de streaming (je le,vois de temps en temps sur Qobuz ou Spotify). Quelque chose m'échappe.

avatar misc | 

Que les major ne paient pas convenablement les petits artistes n'es pas la faute au streaming de toutes façon. Que les contrats et la distribution de l'argent soit revu, le problème n'es pas technologique.

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@Bigdidou : de nombreux indés, et pas uniquement des inconnus, s'en sont plaint. Je te laisse calculer la différence de revenu entre un album et dix écoutes de streaming, il y a un gouffre. Pas étonnant que même les plus gros artistes sortent exclusivement sur CD et DL et interdisent l'écoute en streaming pendant des mois : le streaming c'est la nouvelle radio, ça peut faire découvrir collectivement mais ça ne paye rien individuellement.
avatar misc | 

@Anthony Nelzin
"Je te laisse calculer la différence de revenu entre un album et dix écoutes de streaming, il y a un gouffre"

Ce sont des choses complètement différentes, qqn qui n'aurais écouté chaque piste qu'une fois n'a aucune raison d'acheter l'album. Donc pas de vente ou deception de l'acheteur.

Le problème n'est pas autant le concept que la remuneration par écoute.

avatar Anthony Nelzin-Santos | 

@misc : la première partie de ta réponse n'a aucun fondement. En ce qui concerne la deuxième, je n'ai jamais dit le contraire.

avatar misc | 

@Anthony Nelzin

Aucun fondement toi meme, je t'interroge sur ta propre affirmation. Tu dis donc que quelqu'un qui aurais fait dix ecoutes en streaming aurais acheté un album? Parce que tu entends qu'il y a un manque a gagner "gouffre" entre les deux.. Sinon c'est quoi ce "gouffre"? Je ne demande qu'a être éclairé.

Parce que Bigbidou te comprends de la meme manière..
Enfin peut importe, on a pas besoin de causer pour causer.

Pour ce qui es des revenus de streaming il faudrait une économie d'échelle sur les morceaux les plus écoutés, et inversement. (IMO) Il faut croire que c'est l'inverse qui se passe, grace aux muscles des gros vendeurs.

avatar huit8 | 

Moi je préfère encore acheté mes albums sur itunes plutôt que d'utiliser le streaming perso.

avatar misc | 

Pareil, mais "les gens" savent a peine ce qu'es un fichier..

avatar albanet | 

Par contre, seulement 63milions de cd vendus ? Je ne pensais pas que les vente physiques avaient diminuées de cette manière..

avatar Bigdidou | 

@Anthony
"Je te laisse calculer la différence de revenu entre un album et dix écoutes de streaming, il y a un gouffre"

Je conteste pas ça.
Ce que je ne trouve pas, c'est des études/articles de référence qui me démontrent que des artistes perdent réellement de l'argent à cause du streaming.
Combien d'écoutes en streaming correspondent à un achat non réalisé ?
Combien d'utilisateur du streaming renoncent à l'achat en raison du streaming, et quelle est alors la,différence de revenus pour l'auteur ? Etc, etc..

Parce que juger de la perte de revenus en comparant ce que rapporte le streaming d'un morceau par rapport à son achat, ça me parait bien léger et bourré de biais.

avatar loloeroket | 

Et une nouvelle bêta de Xcode 6. Espérons qu'elle soit moins buggée que la bêta 2.

avatar aleios | 

@iPotable

Euh... Bah si quand même. J'écoute beaucoup de musique de styles très variés et que je l'achète ou que je me serve de qobuz en streaming ce sont les mêmes usages. C'est juste que y'a de très nombreux albums que je vais écouter moins d'une dizaine de fois (streaming) et d'autres que j'écouterai encore dans 30 ans (achat)... D'ailleurs ceux là je les achète en vinyle.
Ne pas dénigrer le streaming qui est le futur de la musique! L´achat d'une oeuvre dematerialisée est une aberration qui ne devrait plus durer longtemps. Pour ce qui est de l'achat de musique sur support physique par contre il suffit de voir le nouvel essor du vinyle pour se dire que le cd, lui aussi, a encore de beaux jours devant lui.

avatar hdam59 | 

@aleios :
« D'ailleurs ceux là je les achète en vinyle. »
Aïe! Je sens qu'on ne va pas être d'accord. Pourquoi les acheter en vinyle? C'est un format de distribution de musique objectivement moins bon.
Il peut évidemment y avoir des raisons subjectives d'apprécier l'expérience du type «cérémonie du thé japonais» associée au vinyle: nettoyage du disque , lubrification, soin général dans la manipulation et le rangement, etc., mais quand même…

avatar misc | 

@hdam59
Suis bien d'accord, mais Il y a un avantage au vinyl qui es la durabilité dans le temps.

avatar Anonyme (non vérifié) | 

@aleios :
Quand t'achètes un morceau ou un album, c'est pas aberrant de le payer que ce soit en dématérialisé ou en cd/vynil. C'est pas les molécules qui font le support que t'achètes. Ce que tu payes c'est le travail d'un artiste.

avatar jeserkrugger | 

Pourquoi télécharger légalement et non acheter un vrai cd? Ça j'ai jamais compris. Quand j'achetais c'était physique ou rien
Si demain je laisse tourne mon deezer en boucle que un morceaux, est ce que l'artiste sera Reelement payer aux nombre d'écoutes réelles? J'en doute. Sinon je suis artiste je prend un abonnement a 10€ et je met mon album en boucle toute la journée.
J'ai deezer et iTunes Match (cd rippés). Et souvent je passe via deezer car plus rapide d'accès. Si en plus ça permet une petite rémunération aux petits artistes indépendants...

avatar Jean-Jacques Cortes | 

Vu le faible niveau de l'offre musicale en ce moment, cette baisse est logique.

avatar FahirN | 

Tout pareil qu'Alieos. Spotify pour le choix, la commodité. Et le format vinyl pour mes LP chouchou. Et c'est vrai qu'il y a ce côté cérémoniel. Mettre un bon Ben Frost ou Nils Frahm dans la platine, attraper un bon bouquin, me rouler un bon petit...

avatar brunitou | 

+22,1 millions de SEA et -15,9 millions de TEA et un total de 62,9 millions d'albums physiques. C'est moi où on ne peut rien comparer avec ces chiffres ??

avatar brunitou | 

Correction : "ou"

avatar pat3 | 

@C1rc3@0rc

Bien d'accord avec la conclusion, et bien éclairé par le raisonnement.

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