Quand le MWC de 2007 ignorait l'iPhone

Christophe Laporte |

Aussi curieux que cela puisse paraitre au premier abord, l’une des grandes tendances du MWC 2017 aura été la nostalgie (lire : Téléphonie : l’appel de la nostalgie). Parfois, la technologie a besoin de reculer pour mieux sauter. Un certain nombre de technologies encore en gestation pourraient cependant bien révolutionner l’usage que nous faisons de nos téléphones dans les années prochaines. Cela va de la recharge par induction (qui se généralise petit à petit) à la 5G, en passant par les écrans pliables et la réalité augmentée.

Quitte à regarder derrière, que se passait-il au MWC en février 2007, à quelques mois à peine de la commercialisation du premier iPhone qui avait été présenté au mois de janvier ? Le salon était alors plus connu sous le nom de 3GSM World Congress et se tenait pour la deuxième fois seulement à Barcelone. Auparavant, il avait lieu à Cannes.

On a déjà eu l’occasion par le passé d’évoquer les smartphones qui faisaient face au tout premier iPhone et qui ont pris un sacré coup de vieux (lire : À quoi ressemblaient les smartphones avant l'iPhone de 2007 ?) . On peut dire d’ailleurs qu’Apple a en quelque sorte figé le design des smartphones, tant on avait le droit à un peu tout à cette époque.

Non seulement le marché des smartphones était loin d’être mature, mais il était aussi loin de représenter la majorité des ventes. De nombreux constructeurs n’avaient qu’une idée : reproduire le succès qu’avait connu Nokia avec le 3310, qui n’était déjà plus commercialisé en 2007.

Pour de nombreux utilisateurs de Mac, l'enjeu était de parvenir à synchroniser le carnet d’adresses du système avec celui du téléphone, grâce à iSync ou un logiciel tiers (notamment les fameux The Missing Sync). On était encore loin des smartphones et de la synchronisation des données avec un service en ligne.

La télévision débarque sur mobile !

En 2007, la plupart des téléphones classiques étaient déjà passés à la couleur. Ce qui est intéressant de constater, c’est que même sur des petits téléphones comme le Nokia N77, on tâtonnait sur des usages qui allaient devenir courants sur un iPhone.

Le N77 permettait, comme de nombreux téléphones d'alors, de prendre des photos, sans doute de mauvaise qualité. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il permettait aussi de regarder la télévision à l’aide d’un tuner DVB-H (on appelait cela la TNT mobile). Ce téléphone proposait même une fonction de timeshift pour mettre en pause les programmes.

Alors, pourquoi passer par un tuner pour regarder des vidéos ? Il n'y avait aucun autre moyen, en vérité !

Les services de streaming existaient bien. Dailymotion et YouTube ont été lancés respectivement en 2005 et 2006 et beaucoup pensaient alors que cela allait être la prochaine révolution. À l’époque, Silicon.fr citait une étude de OC&C Strategy Consultants qui estimait que ce marché allait atteindre les 500 millions d’euros en 2013.

Néanmoins, si l’on utilisait encore une réception par un tuner intégré, c’est parce que les réseaux n’étaient pas encore à la hauteur. Lancée en 2005, la 3G peinait à décoller. En 2007, c’était l’avènement de la HSDPA, que les opérateurs en France ont poussé sous l’appellation 3G+ et qui permettait d’avoir plus de 1 Mb/s sur son mobile.

Malgré ces promesses, on estimait que 100 millions de personnes seulement avaient souscrit à une offre comprenant la 3G. Il faut se souvenir que personne ne savait encore trop quoi faire de cette technologie, il n'y avait pas encore d'usages.

Il est intéressant de noter à quel point les technologies prennent parfois du temps à atteindre leur maturité. En 2007, la société Inside Contactless, en partenariat avec Crédit Mutuel, NRJ Mobile et SFR, faisait la démonstration d’une solution de paiement sans fil. Elle était déjà présentée comme plus sûre que la bonne vieille carte de crédit.

On espérait alors que ces expérimentations déboucheraient sur une exploitation commerciale dès l’année suivante. Dans les faits, il faut attendre 2011 pour voir cette technologie poindre le bout de son nez, avec peu de succès. Le paiement par mobile n’a commencé à vraiment se démocratiser en France qu'en 2016 avec le lancement d’Apple Pay, et il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Les écrans pliables pourraient à terme révolutionner les smartphones, c'est l'une des technologies qui intéressent le secteur aujourd'hui. Il y a dix ans, c’est une autre technologie qui avait beaucoup impressionné. Il s’agissait d’un lecteur eBook dont la particularité était d’avoir un écran enroulant.

Le concept était alors prometteur, le produit a même vu le jour quelques mois plus tard, mais le Readius de Polymer Vision n’a jamais réussi à décoller. Il faut dire que la même année, un certain Amazon s’est lancé sur le marché avec le Kindle.

À Barcelone en 2007, il était également question de Flash, dont la déclinaison pour téléphones portables allait se mettre à la vidéo. Question aussi de PlayReady, le système de DRM de Microsoft qui allait faire son arrivée sur Symbian et Windows Mobile 6. Ou encore de voix sur IP avec Skype, dont les plans pour le mobile avaient été dévoilés un an plus tôt, qui reconnaissait que la tâche était plus ardue que prévu. De nombreux concurrents débarquaient eux aussi sur ce marché promis à un bel avenir.

Et Apple dans tout ça ?

Au vu de toutes ces annonces, on a l’impression que les affaires dans le monde de la téléphonie mobile se passaient comme si de rien n’était. Business as usual, comme disent les Américains. Dans ce long papier publié à l’époque par nos confrères de Silicon.fr sur les enjeux de cette édition, le mot iPhone n’est jamais prononcé.

Comme toujours, Apple s’était bien gardée d’être officiellement présente à ce salon. Tout au plus, certains acteurs se permettaient de faire quelques commentaires. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’était loin d’être la panique générale.

Jim Balsillie, codirecteur général de Research In Motion (RIM, à l'origine des BlackBerry), affirmait qu’il ne voyait pas du tout Apple comme une menace. « C’est un acteur de plus dans un marché déjà très encombré qui offre au consommateur une multitude de choix », avait-il alors expliqué. Chez Symbian également, on ne considérait pas le Californien comme un danger. C’était même une bonne chose pour l’éditeur qui voyait Apple comme un « éducateur » qui pourrait faire comprendre aux Américains qu’un smartphone ne se limite pas à l’envoi de courriels.

Le danger pour ces deux acteurs auparavant incontournables était pourtant bien réel…