Test de l’iPhone 13 Pro : un téléphone, c’est fait pour photographier

Anthony Nelzin-Santos |
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Comment aborder le test du nouvel iPhone ? Après treize générations, l’exercice est devenu vaguement répétitif. Nous avons déjà parlé d’« appareil photo qui téléphone », nous avons déjà disserté sur le sens du mot « pro », et voilà qu’il faut tester un nouvel appareil photo qui téléphone dont le nom finit par « pro ». Ce n’est pas l’usine, mais ça ressemble au travail à la chaine.

L’iPhone 13 Pro dans le coloris « bleu alpin ». Image iGeneration.

Pour ne rien arranger, il faut supporter les plumitifs paresseux qui écrivent « vous ne devriez pas acheter le nouvel iPhone si vous aviez acheté le précédent iPhone » chaque année depuis plus d’une décennie, et ont déjà écrit la conclusion du test de l’an prochain. Comme si les Français ne laissaient pas passer quasiment trois ans entre deux achats, et que cet argument pouvait impressionner les lecteurs de la presse spécialisée. Quel ennui !

Alors nous avons eu une idée folle : et si nous testions l’iPhone 13 Pro… comme un téléphone ? Après tout, un téléphone, c’est fait pour photographier ! Sérieusement : Apple vante son « système photo nettement plus puissant », sa puce A15 Bionic qui porte le traitement des clichés « vers de nouveaux sommets », son écran Super Retina XDR assurant une « incroyable fidélité de la couleur », et sa puce 5G qui permet de synchroniser photos et vidéos plus rapidement.

Trois capteurs tout nouveaux tout gros

Parlons photo, donc. Sans avoir les téléphones en main, les différences entre l’iPhone 13 Pro de l’iPhone 12 Pro ne sont pas évidentes. Avec ses objectifs en diagonale, l’iPhone 13 se distingue plus nettement de l’iPhone 12. Pourtant, le bloc photographique de l’iPhone 13 Pro est nettement plus imposant, car il renferme trois nouveaux objectifs :

  • le très-grand-angle de 13 mm à six éléments, entre le flash True Tone et le scanner Lidar, ouvre désormais à ƒ/1,8 ;
  • le grand-angle de 26 mm à sept éléments, qui échange sa position avec le téléobjectif, ouvre maintenant à ƒ/1,5 ;
  • le téléobjectif à six éléments, en haut, voit un peu plus loin (77 mm) mais un peu moins clair (ƒ/2,8).
Les caractéristiques des appareils de l’iPhone 11 Pro, de l’iPhone 12 Pro, et de l’iPhone 13 Pro.

Ces trois objectifs chapeautent trois capteurs affichant la même définition de 12 Mpx, et appariés à l’usine pour limiter les variations colorimétriques, mais sensiblement différents. Le capteur du très-grand-angle est un peu plus rapide et un peu plus sensible, et intègre pour la première fois un système de mise au point par détection de phase (PDAF), mais profite surtout que l’objectif laisse passer presque deux fois plus de lumière.

Le capteur du téléobjectif est similaire à celui du très-grand-angle, mais n’a reçu aucune modification substantielle. Apple communique uniquement sur la taille des photosites, et n’a pas voulu nous confirmer celle des capteurs, mais il ne fait aucun doute que l’appareil grand-angle est doté d’un « grand » imageur de 1/1,7". Et pour cause : il s’agit du capteur principal de l’iPhone 12 Pro Max.

Voilà qui explique que l’épaisseur soit la seule dimension qui bouge de l’iPhone 12 Pro à l’iPhone 13 Pro. Apple assure qu’elle augmente « d’un quart de millimètre seulement », pour atteindre 7,65 mm, et ce n’est pas faux… au point le plus fin. Sauf qu’au niveau des objectifs, l’épaisseur atteint 1,12 cm ! Les précédentes housses sont naturellement incompatibles, mais aussi quelques accessoires taillés au plus près.

Le rebord du bloc photographique de l’iPhone 13 Pro, et plus encore la lèvre entourant la découpe des housses, empêchent le téléphone de reposer à plat sur le chargeur MagSafe Duo. Les aimants retiennent à peu près l’appareil, et le petit écart n’empêche pas complètement la recharge, mais pour un accessoire conçu par Apple elle-même, ça la fout plutôt mal. D’autant qu’il est toujours vendu pour la rondelette somme de 149 € et présenté comme compatible avec l’iPhone 13 Pro.

Un grand-angle avec du style

Disons que c’est pour la bonne cause : ce capteur a montré ses grandes qualités. Les fabricants asiatiques se rengorgent de leurs capteurs dotés de dizaines et de centaines de mégapixels, mais douze-millions de gros photosites bien exploités valent mieux que soixante-quatre-millions de minuscules photosites piètrement utilisés. Or de l’optique deux fois plus lumineuse au processeur de traitement du signal toujours plus puissant, Apple tire la substantifique moelle de ses capteurs.

L’iPhone 13 Pro (à droite) retransmet mieux l’ambiance de cette fin d’après-midi ensoleillée, au fond d’une cour intérieure, que l’iPhone 11 (à gauche). Remarquez surtout la différence de piqué sur le bas des tables et sur la texture du mur, qui résulte autant des progrès de l’optique et du perfectionnement des traitements que de l’agrandissement des photosites.
Un exemple plus subtil : l’iPhone 11 (à gauche) produit un cliché très plaisant, mais la texture du flou produit par l’iPhone 13 Pro (à droite) est plus crémeuse. La définition brute importe moins que la taille du capteur, similaire à celle des capteurs des appareils compacts « experts », et les caractéristiques de l’optique, particulièrement l’ouverture à ƒ/1,5.

Le logiciel transcende les capacités du matériel. Smart HDR, le système de fusion d’expositions et de mappage tonal dynamique exploitant les capacités du Neural Engine, simule une dynamique largement supérieure aux capacités réelles du capteur. Je dois donner deux à trois diaphs supplémentaires à mon appareil photo compact, dont les photosites sont pourtant un tiers plus gros que ceux de l’iPhone 13 Pro, pour obtenir la même exposition !

Smart HDR prête un soin particulier aux visages. L’iPhone 13 Pro inaugure la quatrième génération du système de fusion d’expositions, qui peut traiter jusqu’à quatre visages séparément.

Deep Fusion prend le relai quand la lumière vient à manquer : il analyse neuf expositions, pixel par pixel, pour améliorer la netteté et réduire le bruit numérique. Avec Smart HDR comme Deep Fusion, les douze millions de photosites produisent des milliards de pixels, qui sont recombinés pour produire le cliché final. Ce n’est pas la photographie de papa, c’est la « photographie computationnelle » qui abolit les frontières entre le logiciel et le matériel.

Alors que le soleil commence à décliner dans cette ruelle, l’iPhone 13 Pro déclenche à ISO 32, comme s’il était midi sur la place Bellecour. Même dans les zones sombres au second plan, le bruit numérique reste contenu, le processeur de traitement du signal combinant plusieurs expositions pour obtenir le meilleur résultat possible.
Grâce à son objectif grand-angle ouvrant à ƒ/1,5, l’iPhone 13 Pro peut séparer naturellement les plans. Le capteur reçoit 2,2 fois plus de lumière, et Deep Fusion fait le reste. En début de soirée, l’appareil déclenche à ISO 100 seulement. Il y a quelques années, dans les mêmes conditions, la photo aurait été pleine de bruit… ou floue.

Cela étant dit, le logiciel ne peut pas transcender le matériel. Les « points verts » apparus avec l’iPhone 6 sont souvent gommés, mais les reflets au sein du bloc optique peuvent difficilement être corrigés, notamment lorsque la source lumineuse est placée plein axe. Même Apple ne peut tordre les lois de la physique à sa volonté. Dans un autre registre, le mode nuit ne serait rien sans un système de stabilisation performant.

Or l’appareil grand-angle de l’iPhone 13 Pro récupère le système de stabilisation du capteur de l’iPhone 12 Pro Max (IBIS pour in-body image stabilization). La position du capteur peut être ajustée jusqu’à cinq-mille fois par seconde pour contrer les mouvements parasites enregistrés par l’accéléromètre et le gyromètre. Ce système très performant permet de déclencher deux fois plus longuement à sensibilité équivalente, et donc de capter plus de lumière sans augmenter le bruit.

Comme l’iPhone 12 Pro Max, l’iPhone 13 Pro se repose volontiers sur les capacités matérielles du capteur, et recourt plus tard aux traitements logiciels du mode nuit. Les ombres sont complètement bouchées, mais l’intérieur du hangar est parfaitement exposé, et le cliché est très contrasté. À 640 ISO, le bruit est bien présent, mais pas disgracieux. Chaque source lumineuse directement pointée vers l’appareil produit un reflet, un défaut qui est désormais une signature de l’iPhone.

L’IBIS compense des mouvements plus amples et plus brusques que le système de stabilisation optique du téléobjectif, mais n’est pas infaillible, puisqu’il travaille sur des distances somme toute minuscules. Reste que l’appareil grand-angle de l’iPhone 13 Pro déclenche généralement à sensibilité moindre, et produit donc des clichés généralement moins bruités, même si la différence n’est jamais flagrante.

Disons qu’il est loin de forcer son talent — je n’ai jamais réussi à déclencher à la sensibilité maximale. Il est moins enclin à recourir au mode nuit, qui produit des photos encore très artificielles et parfois très molles, et n’hésite pas à boucher les ombres, pour produire des clichés très contrastés. Lorsqu’il recourt au mode nuit néanmoins, il permet d’exposer nettement plus longtemps, même à main levée.

La même scène, cette fois avec le mode nuit. Apple n’enregistre toujours pas la durée d’exposition réelle dans les métadonnées du fichier. Alors que l’appareil déclenche à ISO 500, le bruit n’est pas beaucoup moins présent, et certains détails manquent de définition. Ni l’une ni l’autre des photos ne retranscrit correctement les conditions, la vérité est quelque part entre les deux.

Comment faire la part des choses entre les capacités propres au matériel et les possibilités offertes par le logiciel ? Pas avec la capture ProRAW ! Malgré son nom, il ne s’agit pas vraiment d’une sortie brute de capteur. Avant d’être enregistrées sous la forme d’un fichier DNG encodé sur 12 bits, les données passent toujours par la moulinette de Smart HDR, de Deep Fusion, ou du mode nuit.

Cette sortie moins compressée permet toutefois de récupérer un peu de dynamique à la marge, et de sauver une photo dont les ombres seraient complètement bouchées. Lorsque l’on sait que les fichiers DNG sont dix à douze fois plus lourds que les fichiers HEIF ou JPEG, et qu’ils doivent être développés dans Photos pour garantir un traitement optimal, il n’est toutefois pas sûr que le jeu en vaille la chandelle.

Dans cette scène très contrastée, Smart HDR montre ses limites (à gauche), et crame complètement le ciel en voulant préserver l’exposition des immeubles. La capture ProRAW (à droite) conserve une partie des informations, qui peuvent être partiellement restaurées dans Photos. Le capteur de l’appareil grand-angle est plus grand que les deux autres, mais pas autant que le capteur d’un reflex, et ne possède donc pas une dynamique hors du commun.
Cette scène, moins difficile que la précédente, montre l’intérêt de la capture ProRAW. Le fichier compressé (à gauche) n’est pas déplaisant, mais peut-être un peu sombre. Le fichier « brut » (à droite) est plus dynamique, et se prête mieux à un traitement plus musclé.

Au final, mieux vaut embrasser les limites de la photographie computationnelle, d’autant qu’Apple semble progressivement s’ouvrir à l’idée que l’on puisse influencer les choix du logiciel. Ainsi, les styles photographiques influent sur le résultat des traitements opérés par Smart HDR. Ce ne sont pas des filtres, puisqu’ils ne s’appliquent pas uniformément, mais ils changent le « look » des photos produites par l’iPhone.

Dès la première utilisation de l’application Appareil photo, Apple propose de choisir entre un style « Vif » qui privilégie la saturation et le clinquant, des styles « Chaud » et « Froid » qui influent sur la colorimétrie, ou encore un style « Contraste intense » qui bouche les ombres et crame les blancs. Bien sûr, le style « Standard » traditionnel reste disponible.

Le choix d’un style photographique.

Vous pouvez créer votre propre style en réglant les curseurs de tonalité et de température — « Vif » peut devenir « Chaud vif », et « Froid » devenir « Froid intense », par exemple. S’il est toujours possible de changer de style, la manipulation est assez pénible, certes parce que l’application Appareil photo croule sous les fonctions accessoires, mais aussi et surtout parce qu’il s’agit plutôt d’en choisir une fois pour toutes.

Vous bénéficierez toujours du travail de Smart HDR sur l’exposition des différents plans, la balance des blancs, l’ajustement des couleurs des différents éléments, mais vous pourrez y mettre un peu de personnalité. Voire retrouver vos habitudes si vous venez de la concurrence : le style « Contraste intense » rappelle les choix effectués par Google, et le style « Vif » évoque immanquablement les traitements de Samsung.

Le style « Standard ».
Le style « Contraste intense », qui rappelle les choix effectués par Google.
Le style « Vif », qui rappelle plutôt les traitements de Samsung. J’utiliserai probablement ce style : il applique automatiquement la courbe en « S inversé » que j’ajoute à la plupart des photos prises avec mon iPhone. C’est là tout l’intérêt des styles, dont l’approche est naturellement opposée à celle de la capture au format ProRAW.
Le style « Chaud ».
Le style « Froid ».

Du très-grand-angle au très-grand-zoom

L’appareil très-grand-angle n’est plus un gadget destiné à amuser la galerie. Oh, il prend toujours quelques libertés avec la définition du mot « netteté », et son petit capteur d’environ 1/3,6" n’est pas le plus dynamique. Mais comme son objectif laisse passer presque deux fois plus de lumière, vous pouvez maintenant l’utiliser dans toutes les conditions sans craindre la bouillie de pixels.

L’appareil très-grand-angle permet de « dézoommer » quand on ne peut plus reculer avec les pieds. Sur un trottoir étroit, il permet de cadrer une porte originale (à gauche), avec suffisamment de marge pour redresser la perspective après coup (à droite).
En contrepartie, l’appareil très-grand-angle manque de piqué (seule la partie centrale est nette — et encore) et de dynamique (le ciel est complètement cramé au fond).

Surtout, le très-grand-angle est devenu indispensable à la compréhension des trois appareils comme un système photographique. Avec son champ élargi, il fournit les « éléments hors du cadre » exploités par l’appareil grand-angle et le mode Cinématique. Avec son système d’autofocus à détection de phase capable de faire la mise au point à 2 cm, il compense le recul progressif de la distance minimale de mise au point du grand-angle (15 cm) et du téléobjectif (60 cm).

À cette distance, il faudrait parler de « proxiphotographie » plutôt que de « macrophotographie », puisque la taille du sujet sur le capteur reste plus petite que sa taille réelle. Apple parle toutefois de « macro », et ce terme désigne maintenant toutes les photographies prises de très près. Or le très-grand-angle peut capter de très-petits-détails avec une profondeur de champ très-réduite.

Un exemple emprunté à Apple : l’appareil très-grand-angle peut reproduire les plus petits détails d’un billet, comme les « micro-lettres » apparaissant sur le pont au verso du billet de 10 € de la série Europe. La partie nette est cependant très réduite.
L’application Appareil photo passe automatiquement au très-grand-angle à moins de 15 cm du sujet, mais continue d’indiquer que le grand-angle est sélectionné, pour maintenir l’illusion d’un système intégré. À moins d’un centimètre, lorsqu’aucun appareil ne peut plus mettre au point, elle tend à repasser sur le grand-angle, et casse cette belle illusion. Apple est encore loin du compte, puisqu’elle n’a pas jugé bon d’appliquer le même système de commutation automatique à tous les modes, ni d’utiliser le très-grand-angle pour améliorer la loupe !
Mais ne boudons pas notre plaisir : le très-grand-angle peut produire des photos et des vidéos « macro » fort plaisantes. (Photo recadrée et retouchée.)
Jusqu’ici, l’appareil très-grand-angle était dépourvu d’autofocus. L’iPhone 11 (à gauche) ne peut pas mettre au point sur un détail que l’iPhone 13 Pro (à droite) voit nettement.
Le making-of de la photo précédente : l’iPhone 13 Pro est à moins d’une phalange du sujet !

La sélection automatique du très-grand-angle, lorsque le grand-angle ne peut plus effectuer la mise au point, donne l’illusion que les trois appareils n’en forment qu’un. Mais la ficelle est un peu grosse : Apple permet de faire la mise au point à deux centimètres, puis de sélectionner le téléobjectif, pourtant incapable de faire la mise au point à moins de soixante centimètres. Ce n’est pas de la magie, c’est juste du (gros) zoom numérique.

Une photo « macro » censément prise avec le téléobjectif. Les métadonnées révèlent la supercherie : la distance focale de 77 mm correspond bien à celle du téléobjectif, mais le cliché a été pris avec l’appareil très-grand-angle. Lorsque la luminosité décline, et que Deep Fusion prend le relai de Smart HDR, ce genre de clichés est affecté par une réduction de bruit à ce point enthousiaste qu’elle gomme tous les détails. (Mais pas la poussière entre les touches de mon clavier…)

S’il devient difficile de voir où commence le très-grand-angle et où finit le grand-angle, le téléobjectif détonne clairement. Alors que l’iPhone 11 Pro et l’iPhone 12 Pro utilisaient une focale « normale » de 51 mm que des générations de photographes peuvent cadrer sans viser, l’iPhone 13 Pro embarque un véritable téléobjectif, dont la distance focale de 77 mm se prête merveilleusement bien aux portraits.

Puisque le scanner Lidar est censé assister la mise au point des portraits avec le mode nuit, et que la distance focale de 77 mm se prête particulièrement à cet exercice, allons faire un tour. Avec toutes ces sources lumineuses éparses, le flou d’arrière-plan est étonnamment réaliste. Le détourage est imparfait, et le bruit d’autant plus présent que l’appareil doit compenser la réduction de l’ouverture en montant la sensibilité, mais le résultat est assez convaincant.
Avec l’aide du mode nuit, ici déclenché pendant quatre secondes, le téléobjectif peut surmonter la baisse de son ouverture.

Mais le trou entre le grand-angle et le téléobjectif est maintenant un fossé. La « molette » de zoom progressif permet certes de retrouver le zoom 2x de l’iPhone 11 Pro, et même le zoom 2,5 x de l’iPhone 12 Pro Max, mais ces étapes intermédiaires sont obtenues par zoom numérique. Pire : le zoom 3x lui-même n’est pas toujours un zoom matériel.

Du très-grand-angle au grand-angle…
…en passant par le zoom numérique 2x et 2,5x…
…jusqu’au zoom 3x, et même un zoom numérique 15x correspondant à une distance focale de 406 mm !

Dès que la luminosité baisse, le grossissement est assuré par recadrage du grand-angle. Or comme l’ouverture du téléobjectif passe de ƒ/2,0 à ƒ/2,8, quelques nuages suffisent maintenant pour que l’iPhone 13 Pro privilégie le zoom numérique au zoom matériel. La distance focale permet de voir plus loin quand on ne peut pas zoomer avec les pieds, ou que l’on veut compresser la perspective, mais le téléobjectif donne parfois l’impression de faire de la figuration.

Le téléobjectif manquait-il de lumière, ou était-il trop près du sujet ? Toujours est-il que cette photo résulte d’un zoom numérique sur le capteur grand-angle.
La même photo, prise avec un Canon Powershot G5X, un appareil compact « expert » doté d’un capteur 1". Les smartphones ont encore de la marge…

Face ID : le quatrième mousquetaire

L’iPhone 13 Pro ne possède pas trois, mais quatre appareils photo ! Le quatrième se cache dans l’encoche, à l’avant du téléphone, aux côtés du système TrueDepth utilisé par Face ID. Si l’encoche n’avait pas été légèrement rabotée, on pourrait aisément ignorer sa réorganisation, sous l’effet de la fusion du projecteur de points et de l’illuminateur infrarouge. D’abord parce qu’Apple n’a pas profité de l’agrandissement des « oreilles » pour restaurer l’affichage du niveau de batterie ou du type de réseau cellulaire employé.

Ensuite parce qu’il faut toujours tenir le téléphone à la verticale, ni trop près ni trop loin, et surtout pas trop penché, pour le déverrouiller avec son visage. Les cycles de conception des produits sont ce qu’ils sont, mais à ce stade de l’évolution de la pandémie de coronavirus et des technologies de reconnaissance faciale, Apple serait bien inspirée de généraliser le bouton Touch ID de l’iPad mini 6 et de l’iPad Air 4.

L’encoche de l’iPhone 13 Pro. Vous excuserez la présence d’un film de protection, mais le verre « Ceramic Shield » est aussi résistant aux chutes que susceptible aux rayures.

Enfin parce que l’objectif grand-angle de 24 mm et le capteur de 7,2 Mpx n’évoluent pas. Les selfies ne sont plus une bizarrerie, et si le mot groufie est heureusement relégué aux oubliettes, la pratique revient aussi vite que la distanciation sociale disparait. Un capteur plus performant, et une optique cadrant beaucoup plus large, justifieraient la présence continue de l’encoche.

Un mode cinématique très cinématographique

Le mode Cinématique, aussi appelé mode Cinématographique au Canada, est aux vidéos ce que le mode Portrait est aux photos, puisqu’il simule la profondeur de champ pour séparer les plans. Grâce aux « éléments hors du cadre », il anticipe l’entrée d’un visage dans la scène, l’accroche et le suit lorsqu’il se déplace, et bascule le point selon la direction du regard ou la présence d’un objet au premier plan.

Le mode Cinématique privilégie le visage le plus proéminent. Dans cet exemple, il passe automatiquement d’une personne à l’autre.
Reste à savoir quel visage est le plus proéminent. Lorsque les plans sont moins bien définis, le mode Cinématique patine : le visage du jeune homme à la chemise rose est net, mais pas son corps !

Le mode Cinématique opère dans une gamme de distances réduite — disons entre soixante centimètres et une dizaine de mètres. En dessous, la distance n’est pas suffisante pour assurer la mise au point du téléobjectif qui se prête particulièrement au mode Cinématique avec sa perspective compressée. Au-dessus, il est difficile de séparer les plans et de percevoir le flou.

Le mode Cinématique détecte les personnes présentes dans la scène, et peut suivre les déplacements, mais opère dans une gamme de distances réduite. Le flou d’arrière-plan est imperceptible, alors qu’un véritable objectif ƒ/2,8 aurait nettement séparé les plans.

Le mode Cinématique privilégie le visage le plus proéminent, mais rien ne vous empêche de changer la mise au point pendant l’enregistrement, et même après coup. Vous pouvez utiliser Photos et iMovie sur iOS 15, ou Photos sur macOS Monterey, pour ajouter et supprimer des « points clés » changeant la mise au point. Vous pouvez sélectionner une personne, suivre un élément mouvant, et même verrouiller la mise au point à une distance fixe.

La mise au point est verrouillée à une distance fixe, et le mode Cinématique se charge du reste. Si les bords de l’iPad mini 6 ne frémissaient pas, on pourrait croire que cette vidéo a été tournée avec un reflex ou une caméra à grand capteur.
L’interface d’édition du mode Cinématique est un petit miracle : elle indique les éléments reconnus, permet d’ajouter et de supprimer un point clé, et met à la portée de chacun le travail complexe d’un pointeur. Sur iOS 15, vous pouvez aussi modifier la distance focale simulée. Comme pour le mode Portrait, le mieux est souvent l’ennemi du bien. En simulant une focale de ƒ/2,8 par exemple, vous provoquerez des erreurs de détourage, alors qu’une focale de ƒ/5,6 assurerait un flou plus naturel et un meilleur découpage des plans.
Sur macOS Monterey malheureusement, il n’est pas (encore ?) possible de modifier la simulation de distance focale.
Ces outils sont nécessaires pour affiner les transitions sur des plans fixes. Ce n’est pas l’usage le plus évident du mode Cinématique, mais cela fonctionne parfaitement.

Comme la séparation des plans et la simulation du flou demandent des calculs intensifs, dont les résultats sont conservés, le mode Cinématique tourne « seulement » en 1080p à 30 i/s. Mais c’est toujours le réglage par défaut pour la capture de toutes les vidéos ! Il faut bidouiller les réglages pour activer la capture en 4K, et les fréquences PAL que nous utilisons en Europe ne sont pas accessibles avant d’avoir activé une option annexe.

Qui le fera ? Ceux qui seront agacés par les défauts du détourage avant d’être amusés par les changements de plan. Ceux qui étudieront les vidéos sur un grand écran avec un œil critique alors qu’elles sont faites pour être regardées sur un petit écran avec un œil affectueux. Ceux qui farfouillent dans les options de partage pour préserver les données de profondeur quand d’autres ont déjà repeint leur compte Instagram grâce au mode Cinématique.

Cette première version du mode Cinématique rappelle la première version du mode Portrait, aussi amusante que frustrante, et pas franchement indispensable. Il vous laisse de marbre ? Rien ne vous oblige à utiliser ce mode. Il vous intrigue ? Vous ne perdrez rien à essayer : vous pourrez corriger les éventuelles erreurs après coup, voire le désactiver entièrement, pour retrouver une vidéo 1080p à 30 i/s.

Et le ProRes ?

À l’heure de la rédaction de ces lignes, l’enregistrement de la sortie brute de capteur au format ProRes n’est pas encore disponible, et ne le sera probablement pas avant iOS 15.2. Vous pourrez alors filmer jusqu’en 1080p à 30 i/s avec un exemplaire doté de 128 Go de stockage, et devrez passer à un exemplaire doté d’au moins 256 Go de stockage pour filmer jusqu’en 4K à 30 i/s. Une minute de vidéo enregistrée en ProRes 422 HQ avec une profondeur de 10 bits pèse environ 1 Go en 1080p et 4 à 5 Go en 4K. Si vous vous demandiez pourquoi Apple propose jusqu’à un téraoctet de stockage…

Pro comme ProMotion

Après avoir pris quelques centaines de photos et de vidéos, il est évident que l’iPhone 13 Pro tient mieux en main que l’iPhone 13 Pro Max. Les tranches plates, qui permettent de caler le téléphone au creux de la main, sont plus confortables qu’il n’y parait. En venant de l’iPhone 11, c’est finalement la position des boutons de réglage du volume qui surprend. Comme ils sont décalés vers le bas, il n’est plus aussi commode de les utiliser pour prendre une photo.

Alors que l’iPhone 12 Pro était resté sous la barre des 200 grammes, l’iPhone 13 Pro la franchit allègrement. Dans le même temps, la capacité de batterie augmente de 11 % pour atteindre 11,97 Wh. La balance penche du côté de l’autonomie : même en multipliant la prise de photos et la lecture de vidéos, les coups de fil et les parties de Mini Metro, l’iPhone 13 Pro arrive au bout de la nuit sans l’aide du mode « économie d’énergie ».

Avec un chargeur à induction de 7,5 W, la recharge est aussi lente que la décharge. Comme l’iPhone 13 Pro n’est pas fourni avec un chargeur, vous pourrez choisir le modèle le plus adapté à vos besoins. L’adaptateur secteur USB-C de 20 W permet de charger le téléphone en 90 minutes avec le câble USB-C vers Lightning fourni. Si vous utilisez un chargeur MagSafe, préférez l’adaptateur secteur USB-C de 30 W pour compenser les pertes et remplir la batterie en deux petites heures.

L’écran de l’iPhone 13 Pro (à gauche) aux côtés de celui de l’iPhone 13 mini (à droite).

Lorsque l’on sait que l’écran représente jusqu’à 80 % de la consommation énergétique d’un téléphone, l’intégration de la technologie ProMotion de rafraichissement de l’affichage à 120 Hz peut effrayer. La consommation de l’écran Super Retina XDR baisse pourtant d’un quart, alors même que sa luminosité maximale augmente dans les mêmes proportions !

Apple gère finement l’affichage : la fréquence de rafraichissement peut maintenant atteindre 120 Hz, mais peut aussi tomber à 10 Hz, en passant par dix paliers intermédiaires1. Lorsque vous faites défiler une liste, la fréquence de rafraichissement passe immédiatement à 120 Hz, puis baisse progressivement, en même temps que l’animation ralentit.

Lorsque vous regardez une vidéo, l’écran se cale sur sa fréquence, qu’elle ait été tournée à 30 ou 60 i/s, ou même à 24 i/s. Enfin lorsque vous regardez une photo ou que vous revenez à l’écran d’accueil, et de manière générale partout où l’affichage est statique, la fréquence de rafraichissement tombe à 10 Hz seulement.

Les animations fournies par le système sont immédiatement optimisées. Les applications utilisant des animations personnalisées doivent déclarer explicitement leur intention d’utiliser toute la gamme de paliers intermédiaires. Apple espère ainsi trouver un compromis entre la vitesse de rafraichissement et la préservation de l’autonomie.

L’écran Super Retina XDR avec ProMotion filmé à 240 i/s. Le mouvement du « défilement élastique » est bien décomposé. L’interface ne colle pas complètement au doigt, mais presque. Et oui, le bruit que vous entendez est bien celui du téléphone bancal qui tape contre la table.

Qu’il est difficile de juger cet écran ! Dans un sens, les téléphones Android avaient besoin d’un écran à 90 ou 120 Hz pour accélérer une interface pataude. Mais l’interface d’iOS n’a jamais été particulièrement lente. Ainsi, ProMotion peut sembler clinique, car il décompose le mouvement du « défilement élastique » et gomme le flou qui accompagnait les animations.

Le doublement de la fréquence de rafraichissement de l’écran Super Retina XDR n’est pas aussi évident que le doublement de la définition de l’écran Retina. Si l’on en croit ma cinétose, d’ailleurs, il fait moins d’effet sur le petit écran de l’iPhone 13 Pro que le grand écran de l’iPad Pro. Mais il fait son effet, c’est certain.

Si vous êtes du genre à faire doucement défiler les contenus que vous lisez, ou jouer aux jeux les plus rapides, vous ne pourrez probablement plus vous en passer. Si vous lisez avant de faire défiler l’écran, et que vous ne jouez pas, vous ne verrez peut-être pas la différence. Disons que ProMotion mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour vous faire un avis.

Un téléphone sert aussi à téléphoner

De la même manière, il est de plus en plus difficile de juger des performances. Les processeurs de la puce A15 Bionic sont « seulement » 10 à 15 % plus rapides que ceux de la puce A14 Bionic — la belle affaire ! Apple n’a d’autre concurrence dans le domaine qu’elle-même. À trop se concentrer sur ce chiffre, on oublierait que les performances du « moteur neuronal » augmentent de 30 à 40 %, avec un effet disproportionné sur les fonctions infusées à l’intelligence artificielle.

Il faut surtout souligner la fantastique progression des circuits graphiques. Alors que leurs performances ont augmenté de 20 % par an en moyenne ces cinq dernières années, elles bondissent de 50 % cette année. Les appareils qui en profiteront le plus ne sont ni des iPhone, ni des iPad… Apple préfère d’ailleurs insister sur l’« efficacité » des composants, et reparlera de puissance dans quelques semaines.

Ce qui nous ramène à l’écran. Si l’affichage à 120 Hz entrainait une hausse sensible de la consommation, on pourrait discuter ad infinitum de sa pertinence. Mais puisqu’il est débrayé avec le mode « économie d’énergie », qui permet de passer un weekend entier loin d’une prise, puisqu’il est ajusté finement tout le reste du temps, c’est la cerise sur le gâteau. La meilleure dalle OLED du marché, dont la colorimétrie est tout simplement parfaite, est encore meilleure.

Qui l’eût cru ? L’iPhone 13 Pro peut aussi téléphoner. Les quatre microphones2 travaillent de concert pour réduire les bruits parasites. Même si la compression des appels téléphoniques reste insupportable, et qu’il faut utiliser FaceTime pour en profiter pleinement, le hautparleur déporté au bord du bord de l’appareil fait son office.

Comme le « bleu alpin », le coloris « or » change subtilement selon les conditions, et peut sembler blanc. La densité de l’appareil et la douceur du verre donnent vraiment envie de l’utiliser sans étui… jusqu’à la première rayure sur le cadre en acier poli.

L’iPhone 13 Pro est finalement l’iPhone des gains marginaux. Les photos sont un peu plus belles. L’affichage est un peu plus fluide. L’autonomie est un peu plus grande. La somme des nouveautés fait une sacrée révision, et Apple demande une sacrée somme en retour. Mais c’est précisément le calcul que vous devez faire à l’heure du choix — une somme.

Si vous retranchez le mode macro, ou bien le téléobjectif, ou même seulement le ProMotion, alors rien ne justifie l’achat d’un iPhone 13 Pro. Ou, du moins, rien d’autre que l’envie du joujou le plus perfectionné que vous puissiez vous offrir. Si l’ensemble de ces fonctions vous semble indispensable, alors cet appareil est incontournable.

Vous cherchez un téléphone qui prend des photos ? L’iPhone 13 n’a rien à envier à son grand frère. Vous cherchez un appareil photo qui téléphone ? On peut difficilement faire mieux que l’iPhone 13 Pro. À 1 159 € avec 128 Go de stockage, c’est le moins que l’on puisse lui demander.

Toutes les photos et vidéos de ce test sont mises à disposition par Anthony Nelzin-Santos/iGeneration sous la licence CC BY-SA 4.0. Vous pouvez télécharger une archive des fichiers originaux ici.


  1. 80 Hz (toutes les 12 ms), 60 Hz (16 ms), 48 Hz (20 ms), 40 Hz (25 ms), 30 Hz (33 ms), 24 Hz (41 ms), 20 Hz (50 ms), 16 Hz (62 ms), 15 Hz (66 ms), 12 Hz (83 ms). Les sous-pixels sont toujours rafraichis toutes les 8 ms.  ↩︎

  2. Une paire de part et d’autre du port Lightning, le troisième dans la grille de l’oreillette, et le quatrième à côté du scanner Lidar.  ↩︎


avatar pierre10005 | 

Je suis bien trop puriste sur ce domaine, je dirai que mon appareil photo lui sert à photographier, mon iPhone à capturer des moments, bouffe, lieux, gens..
les deux sont aussi importants du coup mais pas pour la même fonction

avatar becfin | 

😛MACG❤️‍🔥

avatar ian38 | 

Vous allez me prendre pour un fou mais… j’ai revendu mon 13 Pro et repris mon 11 Pro…
Je vais être honnête le 13 Pro est mieux partout mais… la différence est elle notable ? En vitesse clairement non. En qualité d’écran ? J’ai pas vraiment senti la différence (ah si : luminosité maxi) en photo ? Oui c’est mieux (le zoom 3X fait la différence) en autonomie ? Mieux aussi mais pas flagrant…
J’ai surtout considéré qu’avoir un téléphone un petit peu mieux qui pèse très lourd et qui est beaucoup plus encombrant ne valait pas la différence de prix. Le 11 pro est tellement agréable en mains et tellement léger que je le trouve parfait !
Note : j’ai 600 cycles de charge et une batterie à 100%. C’est déjà arrivé à quelqu’un une histoire pareil ?

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